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AOP Orléans et Orléans-Clery : le Clos Saint-Fiacre à porte ouverte !

Bénédicte et Hubert Piel, ce couple qui enchante les deux appellations d’Orléans

Bénédicte et Hubert Piel se sont rencontrés sur les bancs du lycée professionnel viticole d’Amboise à la Gabillière. Ici dans leur cave d’élevage avec Syrah, leur magnifique munsterlander. Photo © François Collombet

Existe-t-il dans cette vallée de la Loire, deux appellations aussi rares, aussi discrètes, à la production si limitée et tout cela, si proche de Paris ? la tentation fut forte d’aller voir. Surtout, de rencontrer ce couple de vignerons qui incarne si bien les vins d’Orléans. N’en doutons pas, ils font partis de la grande famille des vins de Loire. Ils partagent leur histoire et surtout leur avenir. Alors, frapper à la porte du Clos Saint-Fiacre à Mareau-aux-Prés (à 13 km d’Orléans), c’est pénétrer dans l’intimité de vins à l’aura un peu mystérieuse mais qui étonnent par leur extrême qualité car élaborés avec passion et savoir-faire. De plus, comment ne pas évoquer les 20 ans (septembre 2026), de ces deux appellations, Orléans (en blanc, rosé et rouge) et Orléans-Cléry (en rouges), attribuées en 2006 dont le classement a apporté reconnaissance et visibilité.

Hubert Piel est un marathonien. Presque chaque jour, il court 20 km dans ses vignes. Peut-on imaginer que ce grand sportif, après un très grave accident où il perdit ses parents et son frère alors qu’il n’avait que 9 ans, fut condamné par la médecine au fauteuil roulant. Heureusement, il se remit sur pieds et tête haute, il prit sa vie en main pour devenir un grand vigneron. Photo © François Collombet

Le Clos Saint-Fiacre, 18 ha sur les deux appellations

Sur les 150 ha plantés* que revendiquent les deux appellations, 18 ha de vignes (enherbées, et conduites en viticulture raisonnée), sont rattachés au Clos Saint-Fiacre. Bénédicte et Hubert Piel vignerons indépendants ont repris le domaine familial en 2001, à la suite de Daniel Montigny (le père de Bénédicte) qui œuvra pendant 25 ans à la tête du syndicat viticole pour l’obtention des appellations Orléans et Orléans-Cléry. Ce domaine, cet héritage est chargé d’histoire dont les origines remontent à1635. Depuis, la famille et ses descendants, les Montigny-Piel cultivent la vigne sur les meilleurs terroirs de l’Orléanais.

*Sur les 2000 ha que couvrent en réalité ces deux aires d’appellation, seuls 150 ha sont plantés. C’est donc une appellation ouverte à de nouveaux entrants. 

Hubert Piel dans ses vignes en appellation Orléans et Orléans-Cléry. Un vignoble situé au sud d’Orléans, sur le plateau entre Loire et Sologne (Ici, dans une vigne de pinot meunier). Un terroir longtemps partagé avec des cultures fruitières est composé de 3 types de sols : sablo-graveleux sur sous-sol calcaire ; sablo-argileux et argilo-calcaire. Ici, la densité de plantation tourne autour de 6 000 pieds/ha. Photo © François Collombet

Comment ce vignoble orléanais si proche de Paris a pu se rattacher aux grands vins de la vallée de la Loire ?

Grosso modo, l’AOC Orléans s’étend sur une bonne centaine d’hectares allant des communes d’Orléans à Beaugency. La zone d’appellation est limitée au sud par la Sologne et au nord par la Beauce. Mais le vignoble couvre principalement, sur la rive gauche en aval d’Orléans, les communes de Mézières-lez-Cléry, Mareau-aux Prés, Olivet, Cléry-Saint-André et Chécy. Il y occupe les anciennes terrasses d’alluvions sablo-graveleuses qui bordent la Loire ainsi que les rebords du plateau calcaire de la Beauce. Les aires géographique et délimitée de l’AOC Orléans-Cléry s’imbriquent dans celle de l’appellation Orléans, tout en étant beaucoup plus restreintes. L’appellation Orléans-Cléry est uniquement reconnue en rouge.

Un vignoble historique

Les vins d’Orléans remontent à l’arrivée des Romains. Fondée vers 510 par Saint-Mesmin sur un domaine donné par Clovis, l’abbaye de Micy* se signale dès cette époque par l’abondance et la qualité du vin qu’on y récoltait. La viticulture est très présente dans la région, puisque dans le courant du VIe siècle Grégoire de Tours indique que des marchands de vins en quête de gros approvisionnements se rendent à Orléans pour leur commerce. Le vignoble au XIXe siècle alors en plein expansion (le chemin de fer) est frappé de plein fouet, par le phylloxéra et par la concurrence des vins du Midi. Il sera totalement détruit en 1894. Que devint le petit bourg de Tavers qui comptait alors vingt-quatre tonneliers, trois négociants en vins, trois vinaigreries et quatre distilleries ! Aujourd’hui, 6 viticulteurs partagent ce terroir avec les mêmes cépages et la même volonté d’authenticité.

*De l’abbaye de Micy, il ne reste qu’une croix de 10 m élevée en 1858 avec les dernières pierres du monastère. Elle résume quatorze siècles d’histoire monastique, de la fondation en 501 à l’installation des Carmélites en 1939.

Ici, sur le domaine du Clos Saint-Fiacre, le travail de la vigne a pour but d’obtenir le meilleur équilibre avec une maturité optimum au niveau des raisins, mais aussi l’expression du terroir. Pour cela, les travaux de la vigne sont manuels : ébourgeonnage, dédoublage systématique sur les cépages rouges, effeuillage selon les années, vendange en vert si nécessaire… Photo © François Collombet

Auvernat blanc et auvernat noir

L’encépagement est très atypique aux vins de Loire. Si l’assemblage du pinot meunier (appelé localement gris meunier), et du pinot noir (auvernat noir) est obligatoire en rouge, le blanc est souvent le fruit d’un chardonnay 100 % appelé localement auvernat blanc, avec quelque fois un peu de pinot gris. Le  pinot meunier dominant constitue l’originalité de cette région à laquelle il est bien adapté. Il est vinifié soit pur, en rosé ou en rouge léger, soit en assemblage avec le pinot noir donnant alors un vin rouge plus complet. Les vins issus de terroirs graveleux avec le cabernet franc (40 % de l’encépagement) sont sans doute les plus intéressants. Les vins blancs sont à boire jeunes. Aujourd’hui, au Clos Saint-Fiacre, 6,5 ha sont exploités en chardonnay, 1,5 ha en cabernet franc, et 5 ha en pinot noir et meunier.

Au Clos Saint-Fiacre, on est peu interventionnistes. Peu ou pas de sulfites ajoutés, pas d’artifices légaux (enzymes, tannins, acidification, désacidification, etc..). Sur les rouges, pas de collage, ni filtration ce qui peut occasionner un dépôt naturel en bouteilles, gage de qualité. Sur les blancs, pas de collage, juste une légère filtration sur terre. Photo © François Collombet
Entre Bénédicte et Hubert Piel, une entente, une complémentarité qui assurent la belle réussite de leurs vins. Photo © François Collombet

Ces cuvées en rouge, en blanc et en rosé présentent sur les tables étoilées de France et d’ailleurs

De gauche à droite, les cuvées emblématiques du domaine : Orléans-Cléry 2022 issu du cabernet franc, Orléans-Cléry 2023 « Cabriole » 100 % cabernet franc, Orléans Rouge 2024 issu du pinot meunier 80 % et 20 % pinot noir, L’Excellence Rouge* 2024 assemblage du pinot meunier et du pinot noir, issus essentiellement d’une des plus belles parcelle du domaine, Les Larris (vigne de plus de 50 ans). Photo © François Collombet

*La vendange est totalement égrappée avant une macération préfermentaire à froid de 48 h. Suit une fermentation alcoolique traditionnelle à 28 °C en cuve inox thermorégulée avec des remontages quotidiens. La macération dure 15 jours avant un écoulage à chaud pour la fermentation malo-lactique et un élevage en demi-muids de chêne de 400 l. La mise en bouteille est faite à la propriété sans collage ni filtration.

Hubert Piel et sa cuvée L’Excellence Blanc 2024, 100 % chardonnay. Des vendanges uniquement le matin pour bénéficier d’une température basse afin de conserver un maximum de fraîcheur aromatique. Suit un pressurage pneumatique puis un débourbage statique à froid à une température inférieur à 10 °C pendant 36 h. La fermentation alcoolique se fait dans des demi-muids de chêne de 400 l où les vins sont ensuite élevés sur lies fines jusqu’à la mise en bouteille à la propriété. Photo © François Collombet

Au Clos Saint-Fiacre ou l’amour du vin bien fait

Bénédicte et Hubert Piel travaillent ces deux appellations aussi rares, aussi discrètes, à la production si limitée et si proche de Paris.

La production du domaine est de 72 000 cols (60 % réalisées dans le réseau CHR), de15 à 20 % à l’export et autour de 20 % en vente directe aux particuliers. Photo © François Collombet
Clos Saint-Fiacre 
560 rue Saint-Fiacre, 45370 Mareau-aux-Prés
Tél. : 02 38 45 61 55

Carte de l’Orléanais, au croisement du patrimoine, du tourisme et de la vigne

Mareau-aux-Prés où se situe le Clos Saint-Fiacre est à 4 km de Cléry Saint-André (Val de Loire), reconnu au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle est restée une commune essentiellement agricole avec ses productions emblématiques, le vin, les fruits, les légumes et particulièrement les asperges. Attestée dès le haut Moyen-Age, la viticulture est toujours très présente sur son territoire. La majeure partie des vins des l’appellations (AOC reconnue en novembre 2006) Orléans et Orléans-Cléry sont élaborés sur la commune.

François

  • 1990 – Les grands vins du monde, préfacé par Gérard Depardieu. 
  • 1992 – Grands et petits vins de France, préfacé par Jean Carmet.
  • 1996 – Le guide des grands et petits vins de France, préfacé par Alain Favereau.
  • 2000 – The Flammarion Guide to World Wines
  • 2013 – Les vignobles mythiques, aux éditions Belin préfacé par Pierre Lurton (Cheval Blanc et Yquem).
  • 2014 – Prix Amunategui-Curnonsky décerné par l’APCIG (association professionnelle des chroniqueurs de la gastronomie et du vin).
  • 2016 – Cépages & Vins aux éditions Dunod.
  • 2020 – Cépages & Vins, nouvelle édition, éditions Dunod.

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