Muscadet (du pays nantais), AOC Muscadet (Loire), vin blanc : plus que jamais, le pays nantais est le fief du Muscadet, le seul vin blanc qui ait acquis une réelle ferveur populaire. Sa simplicité, sa fraîcheur, sa convivialité en font le vin idéal du quotidien et des jours de fête. Ah l’emblématique association plateau d’huitres et Muscadet ! Il n’est pas si loin le temps où, chargé sur des gabarres au Pallet, le Muscadet remontait la Sèvre puis la Loire, empruntait le canal de Briare et parvenait, en six semaines, en région parisienne dans les guinguettes des bords de Marne.

Des territoires plutôt que des terroirs

Son domaine s’étend sur les terres maritimes de l’embouchure de la Loire, au paysage plat, ponctué du reflet ardoisé des villages. Le vignoble s’est stabilisé à 9000 ha. Ici faut-il d’avantage parler de territoires que de terroirs sachant que les délimitations de l’AOC sont assez lâches. Mais, face à la crise, on assiste depuis quelques années à une prise de conscience de la notion de terroirs, voire à leur création par une viticulture de qualité. L’INAO est allée dans ce sens en autorisant* des campagnes d’arrachage régulières pour réduire une appellation qui s’était décidément trop répandue depuis les années 1970 lorsque le marché du Muscadet était alors au beau fixe. On est ainsi passé entre 2010 et 2011, de 10 800 ha à 9000 ha. Comme pour accentuer la crise endémique qu’a connu ce vignoble, s’est ajouté le terrible gel d’avril 2008 qui anéantit plus de la moitié de la récolte et mit en faillite une bonne centaine de producteurs. La production qui était montée jusqu’à  800 000 hl, est redescendue (en année moyenne) à 500 000 hl. En 2011, la production est estimée à 450 000 hl. Elle va encore principalement à des négociants-éleveurs qui écoulent 70 % des volumes destinés à la grande distribution et à l’export.

*Avec des mesures de distillation des stocks.

Le Muscadet est bonne fille

Le Muscadet est bonne fille. Il semble se satisfaire de n’importe quel terrain, qu’il soit granitique, gréseux, gneisseux ou schisteux. Mais il affectionne particulièrement les sols légers et caillouteux des coteaux peu élevés du Massif armoricain. Dans ce climat océanique, à la fois doux et humide, il donne le meilleur de lui-même, fournissant les conditions idéales à la culture qui est d’ailleurs de moins en moins extensive. Le géographe Jean Renard parisien d’origine mais qui a adopté la Loire comme seconde patrie résume ainsi la situation de cette AOC si particulière : le Muscadet semble se satisfaire de tous les sols et de toutes les orientations. Dans certains secteurs précise-il, le vignoble s’étend à perte de vue quel que soit l’exposition ou la nature du sol. Les paysages en témoignent : les vignes couvrent tous les plateaux et coteaux sans orientation.

Enfin, pour conclure, il est intéressant de savoir que l’appellation Muscadet constitue la plus grande surface d’exploitation pour une seule appellation (9000 ha) ; qu’elle a en plus la particularité de donner un vin mono-cépage et que ce dernier a le même nom que l’appellation. Ces trois conditions rassemblées ici, sont uniques en France.

Un seul muscadet mais quatre appellations et trois crus communaux

Le pays nantais offre quatre types de muscadets (ou melon), seul cépage autorisé pour la production de ces  AOC :

  • Muscadet, appellation régionale ou générique,
  • Muscadet Coteaux de la Loire, sous-appellation régionale,
  • Muscadet Sèvre-et-Maine, sous-appellation régionale,
  • Muscadet Côte de Grandlieu, sous-appellation régionale.

Trois crus communaux reconnus en 2011

En 2011, l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine) a reconnu trois crus communaux* dans le Muscadet.  2011 est leur premier millésime. Le terme officiel est Mention communale.

*Après des démarches entamées dès 1990.

Clisson, Gorges et Le Pallet se situent dans le département de la Loire-Atlantique, en bordure de la Sèvre qui remonte vers Nantes.

1/Clisson est appelée la petite Venise à cause de son architecture de style italien et de sa situation à cheval sur la Sèvre. Elle repose sur une faille granitique du Massif Armoricain et ses sols sont caractérisés par la présence de graviers et galets roulés.

2/Gorges, le village voisin également mitoyen de la Sèvre,  donne des vins marqués par leur minéralité et des arômes empyreumatiques atypiques.

3/Le Pallet se situe dans les arrondissements de Nantes, sur la rive droite de la Sèvre. Sa pédologie est marquée par des gneiss et des gabbros peu altérés, avec un sol peu profond. Ce terroir donne des vins aux tonalités florales et fruitées.

Désormais, les vignerons de ces 3 crus ont à respecter un cahier des charges plus sévère. Ainsi, les rendements passent de 65 à 45hl/ha ; les vignes doivent être âgés d’au moins six années au lieu de deux ; l’élevage est de 17 mois minimum pour Le Pallet, et de 24 mois minimum pour Clisson et Gorges, au lieu de 6, normalement établi pour la mention « sur lie ». La surface de production de ces trois crus communaux ne dépasse pas la centaine d’hectares (sur les 9000 ha de l’appellation Muscadet). Ils regroupent 65 producteurs sur 650 au total.

D’autres  communes sont sur les rangs :

  • Mouzillon-Tillières,
  • Château Thébaud,
  • Monnières Saint-Fiacre,
  • Goulaine,

Elles pourraient être les prochaines à bénéficier d’une reconnaissance officielle comme cru communal.

La révolution de 1709

Se souvient-on encore dans le pays nantais de ce terrible hiver 1709 qui devait anéantir tout le vignoble ?L’année commença par deux mois doux et pluvieux auxquels succédèrent cinq semaines glaciales, au point que la mer gela le long des côtes. Les souches gorgées d’eau éclatèrent sous l’effet du gel, à l’exception des quelques plants de melon musqué (notre fameux muscadet). Il était arrivés là au XIVe ou au XVe siècle. La suite est connue : le plant, banni de Bourgogne pour médiocrité trouva sur les bords de l’Atlantique sa terre d’élection et d’excellence.

Muscat or not muscat ?

Ce muscadet, croisement du gouais (cépage disparu aujourd’hui) et du noble pinot noir aurait-il des notes de muscat ? On en discute encore. Les hollandais qui l’exportaient pour le commercialiser y aurait-il ajouter pour le bonifier lors du transport quelques épices dont la noix de muscat? De muscat, muscaté à muscadet, on est pas loin!

Retour aux origines !

On assiste actuellement à une curieuse mutation de ce cépage en découvrant que sur certains ceps, un bras (sarment) portait des raisins blancs (normal) tandis que l’autre portait des raisins noirs. C’est ce qu’on appelle une mutation spontanée du cépage et que ce muscadet ou melon «noir» n’est autre que la résurgence du pinot noir. Un drôle de phénomène qui est en cours d’expérimentation !

Bonheur et malheurs des muscadets

Quant il est bon, c’est-à-dire bonne année et bonne vinification, il est sublime, finement bouqueté, d’une légère presqu’aérienne, avec une pointe d’acidité, délicatement perlant, et une touche musquée, à peine perceptible (d’où son nom peut-être).

Quant il est médiocre, c’est le naufrage : un nez insignifiant, sans bouquet, court en bouche, de la verdeur, un vin neutre et triste.

Vue d’Amérique

Un article du Wall Street Journal du 30 juillet 2011 intitulé Plongé dans le Muscadet fait un constat encourageant pour ce vin en prédisant qu’il pourrait être la grande révélation de ces prochaines années. Mais quand même «une petit pointe d’acidité» : quand on veut se consoler d’un petit malheur écrit le journaliste on s’offre un verre de Muscadet mais pour fêter une réussite, un verre de Chablis. Pour lui et ses amis sommeliers, le Muscadet est encore trop bon marché (!). Autre obstacle, son nom. Muscadet. Il sonne comme Muscat ou Moscato et beaucoup de gens pensent encore que le Muscadet est un vin de dessert. Bref, il y a encore du travail et de la communication à faire outre-Atlantique mais ça vient !

Chaptalisation ?

Ici, dans la pays nantais, la chaptalisation est un défaut dont il est facile d’abuser. Très souvent, les vignerons jouent le degré contre l’acidité naturelle. Aussi le Muscadet s’est-il vu imposer (c’est le seul) une teneur en alcool d’un maximum de 12° degré. Le Muscadet mûrit tôt ; les vendanges sont donc précoces, souvent les premières de France. Le raisin peut-être vinifié comme tous les vins blancs. Il existe une autre méthode qui préserve la fraîcheur, le fruité, la finesse et le bouquet du Muscadet, c’est la vinification sur lie.

Qu’est-ce qu’un Muscadet sur lie ?

Cette méthode traditionnelle consiste à laisser le vin sur ses lies pendant l’hiver, jusqu’à la mise en bouteilles qui s’effectuent en juin. Les lies, sorte de dépôts de tartre laissé par le vin au fond du fût (ou de la cuve), ont le pouvoir d’absorber l’oxygène, évitant ainsi tout risque d’oxydation. De plus, la mise en bouteille se fait sans soutirage préalable, sans collage ni filtrage, mais par simple effet de gravité. Le vin n’étant pas remué, conserve ainsi une partie du gaz carbonique qui, dissous, apporte le perlant si caractéristique des bons Muscadet sur lie (attention, certains sont perlés artificiellement). Mais il va de soi qu’une bonne vinification sur lie se fait à partir d’une vendange saine qui évite tout grain pourri. Cela est indispensable pour obtenir la qualité voulue. Il faut également mentionner le phénomène des cuvées spéciales, des cuvées qui, elles, sont élevées en fût de chêne lors de très grandes années.

A titre de rappel, voici les 4 règles de la mise en bouteilles sur lie :

  • les vins ne doivent passer qu’un hiver en fût ou en cuve ;
  • à la mise en bouteilles, ils doivent se trouver encore sur leur lie et dans leur chai de vinification ;
  • la mise en bouteilles ne s’effectue qu’à une période définie et en aucun cas avant le 1ermars ;
  • la commercialisation est autorisée à partir du troisième jeudi de mars.

Face à la crise, le Muscadet réagit

Le Muscadet, ce  petit  vin de comptoir un brin acide, sans trop de caractère, qu’on associe à un plateau de fruits de mer à défaut d’autre chose ! Auparavant, la plupart des vignerons ne voyaient pas l’intérêt de chercher à produire de grands vins car le Muscadet se vendait en général à perte. Pourtant, les vrais amateurs le savent, jamais ces quatre appellations Muscadet n’ont produit de vins d’une telle qualité. D’ailleurs une charte de qualité signée aujourd’hui par la plupart des vignerons a été mise en place. Mais beaucoup encore se contentent de vendre leur jus de raisin aux négociants, oubliant trop souvent ce qu’attendent vraiment les consommateurs. Des vignerons indépendants se sont mis à produire, dans l’excellence, de vrais vins de gastronomie à des prix il est vrai à la hauteur de ces qualités.

Le Muscadet est membre de l’organisme interprofessionnel Interloire.