Roederer (Champagne Louis Roederer)

Champagne Louis Roederer, Reims : lorsqu’ils fondèrent la maison de Champagne en 1776, les Dubois, père et fils, puis Nicolas Schreider ne se doutaient certainement pas qu’elle deviendrait sous le nom de Louis Roederer (en fait un neveu) l’une des plus prestigieuses maisons de Champagne ; que sa célébrissime cuvée Cristal, élaborée pour le tsar Alexandre II, serait le Champagne des rappeurs et des stars de cinéma ; que nombre de romanciers, de Truman Capote à Amélie Nothomb, feront figurer Roederer dans leurs œuvres ; que bien des cinéastes le mettront en scène et last but not least, qu’en 2014, un champagne Brut Nature 2006 (une première chez Roederer) verrait le jour dans l’effervescence créative du génial Philippe Starck. Preuve de cette spectaculaire réussite tout autant que discrète, la famille Rouzaud, propriétaires de la marque (et descendants des fondateurs), pointe à la cinquième place dans le classement des plus grandes fortunes du Champagne et à la 73e position* (avec plus de 630 m d’€ de CA en 2013), des fortunes françaises.

* Source Capital.fr 2014

En précurseur, il investit dans la vigne

Roederer vignoble

Vignoble Champagne Louis Roederer

Cette extraordinaire saga commence réellement quand en 1833, Louis Roederer reprend la maison fondée par son oncle. Louis est un visionnaire. Il décide en 1845, alors qu’à cette époque le raisin ne coûte rien, d’investir dans la vigne en achetant ses 15 premiers ha dans le grand cru de Verzenay et de les exploiter. Son but était de contrôler de A à Z la qualité de son champagne. Depuis, tous les millésimes de la Maison sont issus exclusivement du vignoble Roederer ce qui est unique en Champagne. Il sut également développer les ventes jusqu’en Russie et aux Etats-Unis ce qui représentaient déjà un total d’environ 1 million de bouteilles.

Un vignoble de 240 ha formé de 410 parcelles

En 2014, la maison Roederer possédait 240 ha de vignes utilisées pour ses cuvées dont plus de la moitié provient de ses propres approvisionnements. Roederer est donc essentiellement un Champagne de producteur. Ses vignes sont situées dans les Grands et Premiers Crus, au cœur des 3 principaux terroirs de la Champagne : la Montagne de Reims, la Vallée de la Marne et la Côte des Blancs. 40 ha sont aujourd’hui cultivés en biodynamie dont 10 ha rachetés au domaine Leclerc-Briant (certifiés Ecocert et Demeter) dans la région de Cumières et 30 ha non certifiés. De plus, 70 % des vignes de la maison Roederer sont labourées (et à cheval dans les parcelles en biodynamie).

Louis Roederer II, créateur d’un mythe, la cuvée Cristal

Louis Roederer II qui succède en 1870 à son père marque l’histoire de la Maison. Il meurt très jeune et laisse l’affaire à sa sœur Léonie et à son époux Jacques Olry. C’est à ce dernier que l’on doit la création de la mythique cuvée Cristal. Le tsar Alexandre II, grand amateur du Champagne Roederer demande à la maison de lui réserver la meilleure de ses cuvées sous l’œil expert du sommelier de la cour qui chaque année fait le déplacement jusqu’à Reims pour veiller à sa composition. Le tsar exige aussi que sa cuvée personnelle se distingue des autres par des bouteilles en cristal. La Maison fait donc appel à un maître verrier flamand pour créer une nouvelle bouteille. Pour cette cuvée exceptionnelle, la bouteille traditionnelle verte emmaillotée d’un linge blanc cède ainsi la place à une bouteille de cristal transparente et à fond plat (pour dit-on éviter tout risque de bombe cachée) qui sera évidemment revêtue des armoiries impériales.

Leur fils, Léon Olry-Roederer devra affronter la suite des difficultés entraînées par la perte du marché russe en 1917 et la grave crise du marché américain causée par la politique de prohibition.

Le règne des Rouzaud

Rouzaud père et fils

Le père et le fils, Jean-Claude Rouzaud (à droite) et Frédéric Rouzaud

Quand Léon Olry-Roederer meurt en 1932, Roederer est au bord de la faillite. Sa femme Camille Olry-Roederer reprend la maison et consacre les 40 années qui suivent à la remettre en état. En 1975, elle passe la main à sa fille, Claude Rouzaud. C’est ainsi que le premier Rouzaud à avoir dirigé la maison est le père de l’actuel PDG, Jean-Claude Rouzaud, aujourd’hui Président du Conseil d’Administration. Il a succédé à Camille en 1979. On lui doit la mise en oeuvre de cette politique de château qui consiste à n’offrir que des vins de très haute gamme, des vins rares et en petites quantités.

Œnologue de formation

C’est également lui qui a développé un véritable empire viticole en investissant en Champagne, à Bordeaux, en Provence, au Portugal et en Californie. Il est œnologue de formation (ingénieur agronome/oenologue de Montpellier) et sans doute l’un des seuls à l’être parmi les grands patrons des maisons champenoises. D’ailleurs le magazine britannique Decanter le désigna Homme de l’année en 2001. Il fut aussi l’invité régulier de nombreux chefs d’Etat, dont Ronald Reagan et Bill Clinton.

Une succession bien préparée

Aux commandes à 38 ans et depuis 2006 du groupe Louis Roederer (société familiale indépendante), Frédéric Rouzaud qui représente la 6e génération (il est né en 1967) est diplômé en gestion de Paris-Dauphine. Il eut la chance d’avoir un père (Jean-Claude Rouzaud) qui sut préparer sa succession. Le fils fut d’abord responsable des transactions viticoles de l’agence immobilière Auguste Thouard, bien placé donc pour convaincre son père de reprendre successivement Deutz, le domaine Ott et en 2006, l’aider dans le rachat de Pichon Longueville Comtesse de Lalande sur le point alors de signer avec les héritiers Hermès.

Le tiercé gagnant : Frédéric Rouzaud, Jean-Baptiste Lécaillon et Michel Janneau

Jean-Baptiste Lécaillon

Jean-Baptiste Lécaillon Chef des caves Louis Roederer

Il faut avouer que l’équipe qui entoure Frédéric Rouzaud est une véritable task force. Elle est constituée par son directeur général adjoint, l’œnologue Jean-Baptiste Lécaillon, d’origine rémoise et diplômé d’œnologie et d’agronomie de Montpellier. Il est chef des caves Roederer depuis 1999. C’est lui l’artisan de la viticulture biodynamique. Il est également responsable de la production de l’ensemble des domaines du groupe tant en France qu’à l’étranger. Michel Janneau, le troisième homme de cette task force a particulièrement développé, depuis une dizaine d’années, les opérations de mécénat de Louis Roederer dont il est le directeur général adjoint chargé notamment de la communication et du marketing.

Michel-Janneau

Michel Janneau, directeur général adjoint

Frédéric Rouzaud a su également par petite touche redynamiser l’image de Roederer par un important mécénat culturel, une fondation, des partenariats avec la Bibliothèque nationale de France et le Palais de Tokyo*, et une présence active sur les réseaux sociaux (blog, Facebook…).

* La Fondation Louis Roederer pour l’art contemporain est partenaire du nouveau Palais de Tokyo réouvert en 2012. Il est devenu Centre d’art contemporain et accueille cinq représentants au sein de son conseil d’administration : Frédéric Rouzaud, directeur général de Louis Roederer, Michel Janneau, directeur général adjoint, Arnaud de Laage de Meux, l’écrivain Michèle Fitoussi, le designer Philippe Starck et le publicitaire Thierry Consigny.

Le Groupe Louis Roederer

En une trentaine d’années le groupe s’est taillé un véritable empire viticole constitué de propriétés gérées d’une manière indépendante mais partageant toute la même philosophie d’excellence insufflée par la maison mère. Selon Frédéric Rouzaud, son PDG, l’objectif est d’être présent dans les plus grands vignobles pour y faire de grands vins.

Outre la production de champagne Louis Roederer et de Cristal, Louis Roederer possède également en attendant la Bourgogne :

  • le champagne Deutz,
  • le Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande (Grand cru classé de Pauillac),
  • les Châteaux Haut-Beauséjour et Pez (Saint-Estèphe),
  • les Domaines Ott en Provence,
  • la Maison Delas Frères dans la Vallée du Rhône,
  • Roederer Estate et Scharffenberger en Californie,
  • le domaine Adriano Ramos-Pinto au Portugal.

Les champagnes Louis Roederer

Honneur au dernier né, un champagne Brut Nature 2006 lancé en septembre 2014

1/Brut Nature 2006 louis Roederer et Philippe Starck

Quand Starck fait son Champagne

Chez Roederer, la gestation d’un nouveau Champagne se fait tous les trente ans. Alors on comprend mieux combien ce Brut Nature 2006, un Champagne non dosé* (une première chez Roederer) était attendu. Il est le fruit d’une incroyable rencontre à trois sous la férule de cet orfèvre en Champagne qu’est Roederer ; la rencontre entre un créateur de génie, Philippe Starck, un terroir historique de la Maison (Cumières) marqué par l’argile et une année 2006 que la nature voulut chambouler au fil des saisons mais qui offrit au final une récolte exceptionnelle.

* On n’y a pas ajouté la liqueur de dosage.

Philippe Starck et Frédéric Rouzaud, Directeur Général de Louis Roederer

Philippe Starck et Frédéric Rouzaud, Directeur Général de Louis Roederer le 18 septembre 2014, Palais de Tokyo à Paris, lors de la présentation de leur Brut Nature 2006

Un terroir historique pour un champagne Brut Nature

Cumières est réputé pour la douceur et la chaleur de son microclimat, ses sols argilo-calcaires peu profonds et parfois de terre noire (dit boudin) bénéficiant d’une exposition plein sud à la luminosité renforcée par la Marne. Conséquence, une maturité phénolique élevée donnant des vins précoces et sucrés à la note bourguignonne et qu’on appelait autrefois vins de rivière. Aujourd’hui, ils offrent à la Maison des pinots noirs d’une grande vinosité (sans fermentation malolactique) intenses, avec des notes légèrement épicées typiques. C’est d’ailleurs cette maturité exceptionnelle obtenue en 2006 qui a naturellement conduit à ne pas doser cette cuvée qui s’équilibre parfaitement entre environ 2/3 de pinot noir et 1/3 de chardonnay.

Vers l’épure

Vendanger le domaine le même jour ; procéder à l’assemblage des raisins sur le pressoir ; débourber très peu et rechercher des fermentations spontanées ; ne pas chaptaliser ; fermenter 100% en cuves bois ; veiller à des élevages longs sans aucun soutirage, travailler les vins suivant les rythmes biodynamiques, à recherche de l’épure du champagne pour offrir ce Brut Nature 2006 * signé Louis Roederer et Philippe Starck.

*Vendu environ 70 € le flacon.

2/Cristal, la cuvée mythique

Pour Cristal, Roederer sélectionne de vieilles vignes sur des terres très calcaires pour offrir à ce vin un côté cristallin très marqué. Avec une maturité du fruit maximum, cette cuvée mythique offre des vins murs et frais qui vieillissent très bien. Une légèreté dans la densité !

En 1917, la production de cette cuvée qui connut un succès phénoménal à la cour impériale de Russie s’arrête bien évidemment avec la chute du tsar. Elle sera reprise dès 1924 et commercialisée dans le monde entier : même sélection des meilleurs crus du vignoble exclusivement maison (à partir de 55-60 % de pinot noir), même forme de bouteille (légèrement modifiée depuis 2004), seul le cristal a disparu. Si autrefois la cuvée était dosée plus fort (100 g/l de sucre contre environ 10 g/l aujourd’hui), pour le reste, c’est rigoureusement la même composition.

Cristal 2006 : élaboré uniquement lors des « grandes années » (…2000, 2002, 2004, 2005…)* quand la maturité du chardonnay (40%) et du pinot noir (60%) qui le composent est parfaite, Cristal vieillit six années en cave et se repose huit mois après dégorgement. Le dosage est adapté à chaque millésime entre 8 et 10 g/l.

*Meilleurs millésimes : 1979, 1982, 1983, 1988, 1989, 1990, 1994…

Cristal 2006

Champagne Cristal Roederer 2006

Cristal Rosé 2006 : en 1974, cent ans après la création de Cristal, Jean-Claude Rouzaud crée la cuvée Cristal Rosé en sélectionnant des vieilles vignes de pinot noir, situées sur les meilleurs terroirs du grand cru d’Aÿ, aujourd’hui cultivées en biodynamie. Elaboré à partir de 55% de pinot noir, de 45% de chardonnay dont 20% de vins vinifiés en foudres de chêne, le Cristal Rosé est issu de la méthode de la saignée après une macération à froid. Il bénéficie en moyenne de six années de maturation en caves.

Jéroboam 2002 by Cristal : chaque flacon médaillon (environ 400 ex. par millésime) est une réalisation entièrement manuelle, rassemblant 2 maîtres orfèvres, 12 corps de métier, 7 m de ruban de laiton trempé dans un bain d’or 24 carats, 158 points de soudure à l’argent et 4 jours de travail. 2002 fut une année extraordinaire réunissant tous les critères qui, en Champagne, définissent un grand millésime : des températures uniformément chaudes, sans excès de soleil et de chaleur avec une douceur marquée en hiver et un léger déficit de pluie pendant le cycle végétatif.

3/Les Millésimés de Louis Roederer

Brut Vintage 2007 : Louis Roederer élabore son Vintage Brut sur la structure et la puissance des pinots noirs de la Montagne de Reims, là où les vignes, exposées au nord-est, sont plus lentes à mûrir. Ce Brut Vintage 2007 est élaboré à partir de 70% de pinot noir et de 30% de chardonnay et une proportion de 30% de vins vinifiés sous-bois sans fermentation malolactique, il bénéficie en moyenne de 4 années de maturation en caves, et d’un repos de 6 mois après dégorgement pour parfaire sa maturité.

Millésimes : …2000, 2002, 2003, 2004, 2006…

Brut Rosé 2008 : 70% de pinot noir, 30% de chardonnay et une proportion de 20% de vins vinifiés sous bois, sans fermentation malolactique. La cuvée Brut Rosé bénéficie en moyenne de 4 années de maturation en caves, et d’un repos de 6 mois après dégorgement pour parfaire sa maturité. Ce Champagne Rosé est issu de Cumières, là où les sols argilo-calcaires peu profonds, bénéficient d’une exposition plein Sud renforcée par la luminosité de la Marne ce qui permet d’atteindre une maturité phénolique élevée.

Millésimes : …2000, 2002, 2003, 2004, 2007, 2008, 2009…

Blanc de Blancs 2008 : 100% de chardonnays issus du cœur de la Côte des Blancs (Le Mesnil-sur-Oger et Avize), La cuvée Blanc de Blancs bénéficie en moyenne de 5 années de maturation en caves et d’un repos de 6 mois après dégorgement afin de parfaire sa maturité. Le dosage est adapté à chaque millésime entre 8 et 10 g/l.

Millésimes : …2000, 2002, 2003, 2006, 2007, 2008…

4/ Roederer non millésimés

Brut Premier : Association de 40% de pinot noir, 40% de chardonnay et de 20% de pinot meunier, le Brut Premier unit les vins vinifiés en foudres de chênes des trois cépages champenois provenant de plus de cinquante crus différents. Il bénéficie de 3 années de maturation en caves et d’un repos de 6 mois après dégorgement.

Carte Blanche : comme le Brut Premier (mais plus dosé, que Brut Premier) la cuvée Carte Blanche se compose de 40% de pinot noir, 40% de chardonnay, 20% de pinot meunier, avec une proportion de 5% de vins vinifiés en foudres de chêne. Elle bénéficie de 3 années de maturation en caves et d’un repos de 6 mois après dégorgement.

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