Bénédicte et Hubert Piel, ce couple qui enchante les deux appellations d’Orléans

Existe-t-il dans cette vallée de la Loire, deux appellations aussi rares, aussi discrètes, à la production si limitée et tout cela, si proche de Paris ? la tentation fut forte d’aller voir. Surtout, de rencontrer ce couple de vignerons qui incarne si bien les vins d’Orléans. N’en doutons pas, ils font partis de la grande famille des vins de Loire. Ils partagent leur histoire et surtout leur avenir. Alors, frapper à la porte du Clos Saint-Fiacre à Mareau-aux-Prés (à 13 km d’Orléans), c’est pénétrer dans l’intimité de vins à l’aura un peu mystérieuse mais qui étonnent par leur extrême qualité car élaborés avec passion et savoir-faire. De plus, comment ne pas évoquer les 20 ans (septembre 2026), de ces deux appellations, Orléans (en blanc, rosé et rouge) et Orléans-Cléry (en rouges), attribuées en 2006 dont le classement a apporté reconnaissance et visibilité.

Le Clos Saint-Fiacre, 18 ha sur les deux appellations
Sur les 150 ha plantés* que revendiquent les deux appellations, 18 ha de vignes (enherbées, et conduites en viticulture raisonnée), sont rattachés au Clos Saint-Fiacre. Bénédicte et Hubert Piel vignerons indépendants ont repris le domaine familial en 2001, à la suite de Daniel Montigny (le père de Bénédicte) qui œuvra pendant 25 ans à la tête du syndicat viticole pour l’obtention des appellations Orléans et Orléans-Cléry. Ce domaine, cet héritage est chargé d’histoire dont les origines remontent à1635. Depuis, la famille et ses descendants, les Montigny-Piel cultivent la vigne sur les meilleurs terroirs de l’Orléanais.
*Sur les 2000 ha que couvrent en réalité ces deux aires d’appellation, seuls 150 ha sont plantés. C’est donc une appellation ouverte à de nouveaux entrants.

Comment ce vignoble orléanais si proche de Paris a pu se rattacher aux grands vins de la vallée de la Loire ?
Grosso modo, l’AOC Orléans s’étend sur une bonne centaine d’hectares allant des communes d’Orléans à Beaugency. La zone d’appellation est limitée au sud par la Sologne et au nord par la Beauce. Mais le vignoble couvre principalement, sur la rive gauche en aval d’Orléans, les communes de Mézières-lez-Cléry, Mareau-aux Prés, Olivet, Cléry-Saint-André et Chécy. Il y occupe les anciennes terrasses d’alluvions sablo-graveleuses qui bordent la Loire ainsi que les rebords du plateau calcaire de la Beauce. Les aires géographique et délimitée de l’AOC Orléans-Cléry s’imbriquent dans celle de l’appellation Orléans, tout en étant beaucoup plus restreintes. L’appellation Orléans-Cléry est uniquement reconnue en rouge.
Un vignoble historique
Les vins d’Orléans remontent à l’arrivée des Romains. Fondée vers 510 par Saint-Mesmin sur un domaine donné par Clovis, l’abbaye de Micy* se signale dès cette époque par l’abondance et la qualité du vin qu’on y récoltait. La viticulture est très présente dans la région, puisque dans le courant du VIe siècle Grégoire de Tours indique que des marchands de vins en quête de gros approvisionnements se rendent à Orléans pour leur commerce. Le vignoble au XIXe siècle alors en plein expansion (le chemin de fer) est frappé de plein fouet, par le phylloxéra et par la concurrence des vins du Midi. Il sera totalement détruit en 1894. Que devint le petit bourg de Tavers qui comptait alors vingt-quatre tonneliers, trois négociants en vins, trois vinaigreries et quatre distilleries ! Aujourd’hui, 6 viticulteurs partagent ce terroir avec les mêmes cépages et la même volonté d’authenticité.
*De l’abbaye de Micy, il ne reste qu’une croix de 10 m élevée en 1858 avec les dernières pierres du monastère. Elle résume quatorze siècles d’histoire monastique, de la fondation en 501 à l’installation des Carmélites en 1939.

Auvernat blanc et auvernat noir
L’encépagement est très atypique aux vins de Loire. Si l’assemblage du pinot meunier (appelé localement gris meunier), et du pinot noir (auvernat noir) est obligatoire en rouge, le blanc est souvent le fruit d’un chardonnay 100 % appelé localement auvernat blanc, avec quelque fois un peu de pinot gris. Le pinot meunier dominant constitue l’originalité de cette région à laquelle il est bien adapté. Il est vinifié soit pur, en rosé ou en rouge léger, soit en assemblage avec le pinot noir donnant alors un vin rouge plus complet. Les vins issus de terroirs graveleux avec le cabernet franc (40 % de l’encépagement) sont sans doute les plus intéressants. Les vins blancs sont à boire jeunes. Aujourd’hui, au Clos Saint-Fiacre, 6,5 ha sont exploités en chardonnay, 1,5 ha en cabernet franc, et 5 ha en pinot noir et meunier.


Ces cuvées en rouge, en blanc et en rosé présentent sur les tables étoilées de France et d’ailleurs

*La vendange est totalement égrappée avant une macération préfermentaire à froid de 48 h. Suit une fermentation alcoolique traditionnelle à 28 °C en cuve inox thermorégulée avec des remontages quotidiens. La macération dure 15 jours avant un écoulage à chaud pour la fermentation malo-lactique et un élevage en demi-muids de chêne de 400 l. La mise en bouteille est faite à la propriété sans collage ni filtration.

Au Clos Saint-Fiacre ou l’amour du vin bien fait
Bénédicte et Hubert Piel travaillent ces deux appellations aussi rares, aussi discrètes, à la production si limitée et si proche de Paris.

Clos Saint-Fiacre
560 rue Saint-Fiacre, 45370 Mareau-aux-Prés
Tél. : 02 38 45 61 55
Carte de l’Orléanais, au croisement du patrimoine, du tourisme et de la vigne






