Manseng, petit et gros manseng (cépages blancs), le Jurançon

Le petit et le gros manseng cépages originaires des Pyrénées, du piémont pyrénéen et plus précisément de la région de Pau. Ils produisent le célèbre et séduisant Jurançon*, vin de baptême du futur Henri IV. Colette, la grande Colette écrit qu’adolescente, elle fit la rencontre du Jurançon : un prince enflammé, impérieux, traître comme tous les grands séducteurs. L’âme du Jurançon a-t-on pu dire est le manseng planté sur un terroir qui couvre 1100 ha éclaté en une multitude de petites parcelles nichées au détour des coteaux. On les rencontrent sur une quarantaine de km, réparties sur 25 communes du Béarn (Voir la liste en bas de page), département des Pyrénées-Atlantiques, entre les gaves de Pau au nord et d’Oloron au sud. Trois terroirs du Jurançon se singularisent : Monein, la Chapelle de Rousse et Lasseube.

*Attention rien à voir avec le jurançon, cépage rouge et noir présent un peu partout dans le sud-ouest (Cahors, Lavilledieu, Estaing, Entraygues et du Fiel, Marcillac…) et ailleurs en France mais très curieusement absent du Jurançon.

 

Grappes de petit manseng du château de Navailles dans le Jurançon sur les hauteurs d'Aubertin, propriété de la cave de Jurançon (Gan)

Grappes de petit manseng du château de Navailles dans le Jurançon sur les hauteurs d’Aubertin, propriété de la cave de Jurançon (Gan) depuis 2008 et entièrement rénové (octobre 2016) Photo FC

Le manseng, cépage du maître

Le terme de manseng signifierait cépage de la maison. Mans ou manse est la maison du maître par opposition au bordalès, la maison du métayer. Ses variétés, toutes à baies blanches constituent la base des vins blancs des Pyrénées*, du Béarn et de la Gascogne. Ses grappes sont plutôt moyennes et plus ou moins compactes. Sa plus belle expression est sans doute le Jurançon moelleux ou sec. Génétiquement parlant, les mansengs (petit et gros) se situent dans la continuité de ceux appartenant aux groupes du courbu et du camaraou noir. A noter qu’il existe un manseng noir très rare dont 4000 pieds ont été replantés en bouturant une souche de pinenc pré-phylloxérique.

* Notamment, outre Jurançon, dans les appellations Béarn, Floc, Irouléguy, Pacherenc du Vic-Bihl, Saint-Mont et Tursan.

Les mansengs, cépages tardifs

Les mansengs sont des cépages tardifs. Ils risquent d’être affectés par les gelées printanières du fait de leurs précocités au moment du débourrage. Mais gros avantage, le raisin mûrit tard (octobre, novembre) d’où la bonne adaptation des mansengs au passerillage sur souche, technique naturelle qui favorise le flétrissement du raisin et qui entraînant une concentration des sucres, de l’acidité et des arômes.

Dans le Jurançon, vendanges du petit manseng, le 9 ocobre 2016 au Clos Pelat à Aubertin

Dans le Jurançon, vendanges du petit manseng, le 9 ocobre 2016 au Clos Pelat à Aubertin (Photo FC)

Le petit manseng, à lui le Jurançon moelleux

Jurançon moelleux issu du Clos Pelat à Aubertin

La récolte du clos Pelat à Aubertin entre dans la composition de ce Jurançon moelleux (Photo FC)

 

Le petit manseng règne sur tous les grands moelleux pyrénéens. La vigne est conduite en hautain, une méthode de culture et de taille de la vigne qui consiste à la conduire sur des échalas, sorte de pieux principalement en acacia, de 1,5 m à plus de 2 m de hauteur. Cette technique est utilisée notamment dans le Jurançon pour diminuer les risques de gelées printanières. Son rendement est faible et sa végétation exubérante. Il est très exigeant en main d’œuvre. Il produit tous les grands vins liquoreux de la région (Jurançon et Pacherenc du Vic-Bihl). En Basque, il est appelé icribota et iskiriota zuri tipia (tipi=petit). En Béarn, on le surnomme mansengou. C’est un cépage à petites baies et peau épaisse, très apte au passerillage sur souche grâce notamment à ses grappes aérées. Ce procédé naturel permet la dessiccation des raisins par l’effet à la fois du fœhn, d’une arrière-saison ensoleillée et de nuits fraiches. Il accroit la concentration en acidité au lieu de la dégrader tout en augmentant la teneur en sucres naturels du raisin. Cette synergie confère au moelleux de Jurançon leur vivacité singulière développant des arômes de zeste d’agrumes, de fruits confits et d’épices doux. Acidité et légère amertume équilibrent le gras et le moelleux laissant une arrière bouche à la fois riche en arômes et sans dominante sucrée.

Hors de la France, hors du piémont pyrénéen, il occupe une place à part dans le vignoble mondial sur les pas du viognier et du Jurançon (cépage rouge et noir qu’on dit descendre de l’aramon). Il est présent en Californie (Sierra Foothills), en Virginie (Honah Lee Vineyard), dans l’Ohio, dans le nord de la Géorgie et en Australie (King River Valley près de Melbourne dans l’Etat de Victoria, et dans la région de Riverland en Australie méridionale).

Le gros manseng pour les vins secs

Le gros manseng dans leJurançon

Gros manseng à la veille des vendanges dans le Jurançon à Aubertin (Photo FC)

Le gros manseng est le cépage majoritaire des blancs secs du Jurançon. Il rentre dans les assemblages de la plupart des vins du Gers et du Béarn. Il est cultivé sur les sols argilo-calcaires, principalement dans le sud de la Gascogne, autour de Pau et dans le Pays Basque français. Après avoir été menacé de disparition (58 hectares en 1958), les surfaces sont en progression continue depuis les années 1970. Elles atteignent aujourd’hui près de 3000 ha. Au Pays basque, il est souvent appelé iskiriota zuri handia (handi=grand, gros). Le gros manseng est un cépage vigoureux et assez fertile. Il est généralement conduit en taille longue. C’est est un cépage précoce pour son débourrement mais tardif pour sa maturité, un cépage généreux dont la conduite culturale est assez aisé mais qui demande une maîtrise rigoureuse des rendements pour optimiser son potentiel aromatique. Il possède une saveur acide importante qui lui donne une allure très élégante, doté en plus d’une grande puissance. Ses arômes de coing et d’abricot, s’accompagnent souvent d’une touche florale épicée. Lorsque parfois il est récolté à un stade de surmaturation, il développe alors des touches de fruits confits et exotiques caractéristiques (mangue, ananas, fruits de la passion).

Les mansengs, l’âme du Jurançon

La vigne est plantée en bandes parallèles, orientées sud, sud-est, face à la chaîne des Pyrénées bien à l’abri du vent, à envions 300 m d’altitude, dans le sens de la pente ou en terrasses (et quelque fois en amphithéâtre). La densité minimale est de 4 000 pieds à l’hectare (10 000 en Bourgogne) avec un écartement entre les rangs est de 2,8 m maximum et vendanges manuelles obligatoire. L’AOC Jurançon produit trois vins blancs tous issus des mansengs : le Jurançon sec (11,50 % vol.), le Jurançon moelleux (13,50 vol.), et le Jurançon vendanges tardives (17 % vol.). Pour bénéficier de la mention vendanges tardives, la date de début des vendanges doit être postérieure d’au moins cinq semaines à celle fixée pour l’appellation Jurançon. Le gros manseng, 70 % de l’appellation couvre 770 ha. Le petit manseng avec 25 % s’étend sur 275 ha. Ces deux cépages principaux* présentent une belle résistance à la pourriture grise en plus d’être bien adaptés à la maturité tardive, au passerillage sur souche grâce à des raisins à la peau épaisse qui autorisent une bonne concentration en sucres. Ils apportent aux jurançons, un trésor aromatique incomparable avec des notes de pêche, d’agrumes, de mûre, de cannelle, de nèfle, de mangue, de fruits de la passion, d’ananas, de coing, d’abricot…

*Les autres cépages : courbu, lauzet et camaralet ne représentent que 5 % du vignoble soit 55 ha.

récolte du petit manseng du Clos Pelat à Aubertin

La récolte du petit manseng du Clos Pelat à Aubertin prête à être livrée à La Confrérie du Jurançon à Monein (Photo FC)

Une majorité de petites exploitations

On vendange au Clos Pelat sur 1/3 d'ha, 1500 kg de petit manseng (2016)

On vendange au Clos Pelat sur 1/3 d’ha, 1500 kg de petit manseng (2016)

Ici, on recense une majorité de petites exploitations familiales. Les vignerons ont le choix de livrer leur récoltes soit à la cave coopérative de Gan créée en 1949 qui vinifie et commercialise la production de 300 viticulteurs (600 ha de vignes et 60 % du vin commercialisé) ou bien à la Confrérie du Jurançon (appartenant à Castel Frères), installée à Monein depuis les années 2000 qui travaille en partenariat avec 51 vignerons regroupant plus de 125 ha et qui vinifie près de 4700 hl ; enfin, le regroupement de 65 vignerons indépendants au sein de l’Association Route des vins du Jurançon, répartis sur 450 ha qui élaborent leurs vins à la propriété.

A côté des mansengs, les autres, cépages modestes et oubliés des Pyrénées

Outre les mansengs et le courbu souvent associés, on dénombre encore dans le Piémont pyrénéen quelques cépages rares dont le blanc dame, la penouille, le printiù aigut, le pinenc, le camaraou blanc, le lauzet, le camaralet, le guillemot, le raffiat de Moncade, le baroque, le cruchen blanc (cépage signifiant qui croque sous la dent. Il est cultivé surtout en Australie et en Afrique du Sud confondu longtemps par les viticulteurs locaux avec le sémillon ou le riesling)… Tous ces cépages sont le reliquat des quelques 500 cépages qui existaient avant l’arrivée du phylloxera dans ce Piémont pyrénéen.

Le Jurançon à l'approche de Monein

Le Jurançon à l’approche de Monein (Photo FC)

Les 25 communes de l’appellation Jurançon : Abos, Arbus, Artiguelouve, Aubertin, Bosdarros, Cardesse, Cuqueron, Estialesq, Gan, Gelos, Haut-de-Bosdarros, Jurançon, Lacommande, Lahourcade, Laroin, Lasseube, Lasseubétat, Lucq-de-Béarn, Mazères-Lezons, Monein, Narcastet, Parbayse, Rontignon, Saint-Faust et Uzos.

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