Château-Figeac, ce 1er Grand Cru Classé B, voisin de château Cheval Blanc (d’ailleurs une ancienne métairie du château de Figeac) est, avec 40 ha de vignes, le plus grand domaine de la commune de Saint-Émilion*. Une déception, château-Figeac n’a pu rejoindre le club très restreint des 1ers Grands Crus classés A lors du dernier classement de 2012 comme on put le faire les châteaux Pavie et Angélus. Le défi est donc reporté à 2022, date du prochain classement ! Mais on est confiant, certains millésimes ne sont-ils pas placés par les critiques au même niveau qu’Ausone et Cheval Blanc.

*Château-Figeac fut une seigneurie qui compta jusqu’à 200 ha (54 ha aujourd’hui).

Château-Figeac
Château-Figeac, une façade XVIIIe siècle aux lignes parfaites et épurées donnant sur la cour d’honneur © @TWIN

La reprise en main

Après une période difficile (suite à la disparition en 2010 de Thierry Manoncourt) et la nomination d’une nouvelle direction générale, des décisions stratégiques ont été prises pour impulser une nouvelle stratégie commerciale en resserrant notamment les liens avec la place de Bordeaux. Des alliances se sont créées ; le besoin de devenir plus médiatique…En un mot,  le château a été repris en main.

Enfer et graves de feu

Le domaine est situé à l’ouest de Saint-Emilion, en bordure de Pomerol, avec autour du château un parc de 5 ha qui expose arboretum et bambouseraie ; en tout 14 ha constitués également de prairies, d’un étang et de bois ; un cadre inhabituel dans le  paysage viticole bordelais !  Figeac se caractérise par ses 3 croupes de graves qui s’alignent sur un axe nord-sud. Ainsi, au nord, la croupe porte le nom de L’Enfer ce qui pourrait évoquer l’intenable chaleur que dégage ici le soleil pendant été. Elle atteint 38 m, point culminant des graves de Saint-Emilion. La croupe centrale en forme de plateau élevé, dite La Terrasse, atteint 35,8 m. Au sud du domaine, la croupe appelée Les Moulins en raison des moulins à vent qui s’y trouvaient, atteint 33,9 m d’altitude. Ces croupes sont constituées de graves anciennes transportées au quaternaire du Massif Central par les deux rivières, l’Isle et la Dronne. On les appelle graves de feu. Elles se trouvent mêlées dans le sous-sol parfois à de l’argile et plus généralement à des sables qui jouent un rôle essentiel dans l’équilibre minéral et le régime hydrique de la vigne. Si on voulait comparer les terroirs, c’est à Haut-Brion et à Lafite qu’il faudrait songer pour les hautes graves de Château-Figeac a pu expertiser Henri Enjalbert (1910-1983) qui fut professeur à l’Université de Bordeaux et grand spécialiste de la géologie viticole.

Un assemblage très médocain

Pour résumer, château-Figeac est cet îlot de graves au milieu des calcaires de Saint-Émilion. Il bénéficie d’un terroir en hauteur, d’un sous-sol pauvre, perméable, bien drainé et pénétrable aux racines avec des parcelles de graves très profondes (7 m environ) et d’autres où l’argile se manifeste à une profondeur (1 m environ) favorables  au développement de la vigne et la maturité du raisin. Cela explique sans doute  l’option prise par son propriétaire d’alors, le très respecté Thierry Manoncourt (1917-2010), ingénieur agronome de formation,  de composer son vin à partir de 35 % de cabernet sauvignon et 35 % de cabernet franc ; le merlot, pourtant cépage traditionnel de Saint-Émilion, n’étant là que pour compléter à hauteur de 30 % cet assemblage finalement très médocain.

Depuis l’époque gallo-romaine

L’origine du vignoble remonte au 2e siècle, à l’époque gallo-romaine  lorsqu’un certain Figeacus donna son nom à la villa. Figeac appartint à la même famille pendant plus de 500 ans.  À a fin du XVIIIe siècle, Figeac constituait un immense domaine de près de 200 ha. Le château fut d’ailleurs construit à cette époque. Mais les propriétaires successifs au XIXe siècle  séparèrent ce domaine exceptionnel en de nombreuses parcelles donnant ainsi naissance à des châteaux viticoles qui accolèrent le nom de Figeac à leur nom de « borderie ». Le château fut acheté en 1892 par André Villepigue. Mais c’est son petit-fils, Thierry Manoncourt, un ingénieur agronome qui en prenant la direction du domaine en 1947 imprima  fortement son empreinte sur château-Figeac.

Gravure du Château de Figeac © P.Barbier
Gravure du Château de Figeac © P.Barbier

Le pharaon de Saint-Émilion

Thierry Manoncourt
Thierry Manoncourt disparu en 2010.
En 1945, il réalisait à 28 ans son premier millésime de Figeac

Thierry Manoncourt sera à l’origine d’une multitude de boulversements qui marquent encore l’ADN du château : fermentations malolactiques, engrais naturels à partir du broyage de sarment, élevage en barriques neuves, sélection massale (voir plus bas), approche parcellaire, essais de thermorégulation…Il fait figure de précurseur en créant en 1945 le concept de second vin, avec La Grange Neuve de Figeac. On lui doit non seulement l’immense chai ouvert sur la vigne (complété par un nouveau bâtiment en 2011) mais aussi le creusement de caves souterraines pour que les jus puissent circuler uniquement par gravité sans utiliser de pompes. Il va ouvrir son château très tôt au public et sera l’un des trois fondateurs de l’Union des Grands Crus de Bordeaux. Nul doute qu’il mérite le surnom de pharaon de Saint-Emilion que la région lui donna !

La sélection massale

Cette sélection consiste sur une parcelle à choisir les pieds qui semblent les plus interessants (portant les meilleurs fruits). Sont alors prélevés des fragments pour être multipliés et replantés avec le but de conserver le patrimoine du vignoble ou d’améliorer le cépage. Ainsi Figeac possède de très vieilles vignes, parfaitement adaptées à son terroir qui sont à l’origine de la typicité du vin. Les meilleurs de ces pieds de vigne sont sélectionnés pour en faire des greffons qui seront utilisés lors des replantations. Ainsi qualité et originalité du vignoble sont-elles préservées !

Figeac produit aussi ses propres clones à partir des individus  et il y en a 240 000 en tout sur le domaine : c’est ainsi que nous appelons les pieds de vigne à Figeac dit-on au château.

Michel Rolland, l’oenologue-conseil de château-Figeac

En 2012, la Famille Manoncourt nommait Michel Rolland (remplaçant Gilles Pauquet qui prenait sa retraite), un expert à la réputation internationale comme œnologue-conseil. A sa disposition, méthodes traditionnelles et outils modernes comme de l’imagerie aérienne infra-rouge ou des études de géo-résistivité. La vendange est séquencée en fonction de découpages intra-parcellaires. Au cuvier, une adaptation permet une meilleure vinification intra-parcellaire grâce à des cuves de petite contenance. Le cuvier bois, rénové dans les années 2000, comporte 10 cuves en chêne tronconiques, ouvertes sur le haut, particulièrement adaptées à une extraction douce des composés phénoliques par la méthode du « chapeau immergé ». Le cuvier inox se compose de 12 cuves de 160 à 15 hl. Depuis les années 1960, l’élevage des vins se fait à 100% en barriques neuves (en chêne français) conçues spécialement pour le château.

Le temps des vendanges à château-Figeac.
Le temps des vendanges à château-Figeac. Vendanges manuelles, élevage traditionnel, cuves bois et inox, durée de l’élevage de 15 à 18 mois 100 % barriques neuves en chêne français © @TWIN

Les chiffres de production

Château-Figeac millésime 2008
Château-Figeac millésime 2008. Son apogée : 2016-2026 © Guillaume de Laubier
  • 100 000 annuelle de château Figeac ;
  • 40 000 bouteilles du second vin, appelé Petit-Figeac à partir du millésime 2012 (appelé auparavant, La Grange Neuve de Figeac créé en 1945 par Thierry Manoncourt) : récolte manuelle (des vignes de 40 ans en moyenne), vinification en cuves inox et bois, il s’élève en moyenne 15 à 18 mois, pour 80% en barriques d’un vin et pour 20% dans des barriques neuves.

Château Figeac, le renouveau

co-gérant de la société d’exploitation du Château-Figeac.
Jean-Valmy Nicolas, co-gérant de la société d’exploitation du Château-Figeac.

Après la disparition de thierry Manoncourt en 2010 et l’énorme déception que fut pour la famille Manoncourt de n’avoir pu se hisser sur l’ultime marche des Saint-Emilions (1ers Grands Crus classés A), les propriétaires (Marie-France Manoncourt et ses filles) nommaient en 2013, un voisin, Jean-Valmy Nicolas co-gérant de la société d’exploitation du Château-Figeac. Cette fonction, Jean-Valmy Nicolas l’occupe déjà au château La Conseillante à Pomerol dont il est l’un des héritiers (un vignoble de 18 micro-parcelles réparties sur les 12 ha, au cœur de Pomerol). Jean-Valmy Nicolas qui n’est pas un vigneron mais  un homme d’affaire, est à la tête d’un fonds d’investissement spécialiste de la gestion de capitaux familiaux (un investisseur en Private Equity ou LBO*). Faut-il rappeler qu’il a à son actif, le spectaculaire redressement de La Conseillante, le domaine familial à Pomerol.

Sa mission fut à château-Figeac d’abord de mettre en place une nouvelle direction générale avec Frédéric Faye qui a pris les rênes du domaine succédant à Éric d’Aramon (époux de Laure d’Aramon-Manoncourt). Frédéric Faye, de formation ingénieur agronome de l’Ecole Nationale Supérieure des Sciences Agronomiques de Bordeaux-Aquitaine est âgé de 34 ans aujourd’hui. Il est à Figeac depuis 12 ans. Il a été successivement chef de culture puis directeur technique du château. Quant à l’élaboration du vin, la nomination de Michel Rolland fut un véritable coup de tonnerre dans le Landerneau bordelais. Enfant de Pomerol, Michel Rolland en tant que conseil avait déjà rejoint il est vrai en 2013, La Conseillante. Au château Figeac, on lui doit les assemblages d’une partie du millésime 2012 et plus largement le millésime 2013 (2014 est entièrement son oeuvre). Sans doute faut-il voir dans cette nomination la future promotion de château-Figeac en un 1er Grand Cru classé A, à l’aube des années 2020 !

*LBO (Leverage Buy-Out) terme qui désigne un montage juridico-financier de rachat d’entreprise par effet de levier (leverage) grâce à de l’endettement.