Montagne de Reims (Champagne) : la Montagne de Reims avec ses 9000 ha de vignes est l’un des 4 vignobles (ou terroirs) du Champagne avec la Vallée de la Marne, la Côte des Blancs, et la Côte des Bar. Il est tout proche de Reims (10 mn de route en direction du sud). Il s’agit d’une petite montagne dont le point culminant, le mont Sinaï*, s’élève à 286 mètres d’altitude.

Des coteaux exposés au nord

Avant tout, il faut savoir que la Montagne de Reims est un gigantesque empilement de couches géologiques sédimentaires (contemporaines des derniers dinosaures) avec de la craie, du sable, des argiles et du calcaire. Elle se compose d’un vaste plateau entre Reims et Epernay recouvert de forêt, une sorte de promontoire aux bords ondulés, avec ses taillis et ses bois épais, s’étendant d’est en ouest sur près de 30 km de longueur et de 6 à 10 km de largeur. Ses flancs forment des coteaux où la vigne est implantée sur des sols crayeux. A l’ouest se trouve le secteur de la Petite Montagne (désignation due non pas à l’altitude mais à l’acidité du vin, dont la qualité moyenne est au bas de l’échelle des crus). Au nord, on rencontre deux vallées sensiblement parallèles, l’Ardre et la Vesle où s’étend un petit vignoble de 940 ha.

La surprise est de constater que la plupart des coteaux sont exposés au nord. Le raisin y mûrit en effet grâce à un phénomène climatique particulier, où l’air froid du soir descend vers la plaine et l’air chaud qui s’est formé la journée au dessus de la Montagne de Reims descend sur les vignes, le tout associé à la régulation thermique imposée par la forêt.

*De l’observatoire du « Sinaï » perché à 283 m et d’où le général Gouraud préparait ses offensives au cours de la Première Guerre mondiale, il ne reste qu’une casemate.

Le royaume du pinot noir

La Montagne de Reims est le royaume du pinot noir, qui s’étend sur plus de la moitié du secteur. Ce cépage vigoureux et généreux s’adapte parfaitement aux sols calcaires. Le chardonnay, plus précoce et donc sensible aux gelées printanières, prédomine sur les coteaux à l’est du massif, bien abrités des vents d’ouest, comme à Trépail et Villers-Marmery.

La Montagne de Reims est la région qui comporte le plus grand nombre de villages classés Grand Cru de Champagne. A lui seul, ce secteur recense 10 des 17 villages produisant des raisins d’une rare qualité répondant à 100% à l’appellation Champagne :

  • Ambonnay,
  • Beaumont-sur-Vesle,
  • Bouzy,
  • Louvois,
  • Mailly-Champagne,
  • Puisieulx,
  • Sillery,
  • Verzenay,
  • Verzy,
  • Tours-sur-Marne.

Vin d’Ay, vinum dei

Parmi tous ces villages de la Montagne, il en est un Ay (prononcez a-i), dans le sud, à 4 km au nord-est d’Épernay. Ses vins, Vin d’Ay, Vinum Dei dit-on là-bas, sont classés parmi les meilleurs crus de la vallée de la Marne. Près de 40 % du territoire de la commune sont plantés de vignes, dont 88 % consacrés au pinot noir, 9 % au chardonnay et 3 % au pinot meunier. Le poète Alfred de Vigny (1797-1863) en a gardé le souvenir d’un Champagne exceptionnel : Dans la mousse d’Ay luit l’éclair d’un bonheur. Belle promotion pour les producteurs locaux et pour quelques grandes maisons dont Ayala, Bollinger, Deutz ou encore Gosset qui y possèdent des vignobles !

A l’autre extrémité, au nord-est, on trouve le village de Verzenay,  situé à flanc de coteau, noyé dans une mer de vigne. Il figure comme le village emblématique de cette Montagne de Reims. C’est, avec Le Mesnil-sur-Oger dans la Côte des Blancs, la commune  où la superficie plantée est la plus importante : 415 ha (pour 217 producteurs) dont près de 90 % en pinot noir. Là encore, beaucoup de grandes maisons sont présentes (Bollinger, Duval Leroy, Moët & Chandon, Mumm, Roederer, Taittinger).

Un moulin à vent mais en Champagne !

Surplombant la vallée et ses coteaux champenois, on ne peut manquer le fameux Moulin de Verzenay, monument symbolique du Champagne. Ce moulin élevé sur le Mont-Bœuf en 1818, servit aux meuniers jusqu’en 1907 qui venaient y moudre blé et seigle. Le dernier d’entre eux, Paul-Emile Boudeville mit fin à son activité en décidant de faire bloquer ses ailes après sa mort.

Pendant la guerre 1914-18, il est choisi comme poste d’observation par les militaires. Des galeries souterraines et des chambres en bétons furent construites. Il  reçut la visite, en 1917, de nombreux chefs alliés : Victor-Emmanuel III, le président Poincaré, des généraux… En 1923 il est devenu propriété de Heidsieck & C° Monopole. En 1944, l’armée américaine installa un observatoire.
La restauration du moulin se fera 1949.  Le Moulin de Verzenay est le seul témoin des nombreux autres moulins du XIXe siècle placés sur le mont Rizan particulièrement bien exposé. Sa sauvegarde est assumée depuis 1972 par la Maison de Champagne Mumm dont les hôtes peuvent y apprécier un exceptionnel panorama sur les vignobles de champagne.

Un phare dans les vignes

Un phare de 35 m de haut qui se dresse dans une mer de vignes ! Un spectacle hallucinant et pourtant, ce fameux phare de Verzenay lorsqu’il fut construit vers les années 1909 possédait bien une lanterne rotative dont le pinceau lumineux portait jusqu’à Reims. Nulle idée de guider quelques pêcheurs perdus sur la Marne ! Le seul but de cette étrange construction était de faire de la pub pour la maison de Champagne de Joseph Goulet. Ce personnage extravagant eut avant tout le monde conscience du pouvoir de la communication. Il ne se contenta pas seulement du phare planté dans son jardin, ni de la grotte qui l’accompagnait, mais il agrémenta le tout d’un théâtre de plein air, d’un restaurant et d’une guinguette. L’endroit devint alors un lieu très couru par les rémois. Pendant la Première Guerre mondiale, il servit de tour d’observation aux militaires français. Les obus ennemis laissèrent derrière eux un édifice dégradé et envahi par la végétation. En 1987, la commune de Verzenay rachetait les ruines à une maison de Champagne qui en était propriétaire afin d’y installer un musée ce qui le sauva de la ruine.

En 1994,  la Communauté de Communes Vesle-Montagne de Reims prit  en charge le projet de réalisation d’un écomusée de la Vigne. Il  a ouvert ses portes en 2009, permettant enfin au public de gravir les 101 marches qui mènent à son sommet.