Les vignes à Paris, quelle histoire ! Où il est question de piquette, de fraudes, de taxes, de religion et de spéculation ! Il était un temps où il y avait trois grands domaines vinicoles en France : la Bourgogne, le Bordelais et… Paris ! C’était compréhensible. Question vin, on buvait beaucoup et n’importe quoi. Seule condition, il fallait que la vigne soit proche du consommateur. Le vin était alors une affaire d’église et de partage : à l’abbé de Saint-Germain des Prés, les vignes du sud de la Seine, à celui de Saint-Denis celles du nord de la Seine.

Craie, jus de betterave et eau de Seine

Puis vinrent les temps difficiles. En 1576, pour limiter le nombre des tavernes dans la capitale, les vins sont soumis à des droits d’octroi pour entrer dans Paris. L’habitude s’instaure de franchir les enceintes de la ville pour boire. Guinguettes et cabarets fleurissent alors sur la Butte Montmartre. Chassée par la spéculation, la vigne migre hors les murs des fermiers généraux qui délimitent Paris intra-muros. A titre d’exemple, la commune de Vaugirard compte 40 % de vignerons à son conseil municipal en 1830. A la spéculation immobilière, maladies (mildiou et phylloxera) et fraudes s’abattent sur le vignoble parisien. Alors, à défaut d’augmenter la qualité, on accroit les quantités : recourt au forçage par ajout du jus de betterave ou pire, d’eau de la Seine et pourquoi pas de craie pour adoucir l’acidité du vin ! Par souci d’économie, on dépose des boues des égouts au pied des ceps de vigne quand vient à manquer le crottin de cheval.

Des qualités diurétiques

Le vignoble de Montmartre appartient initialement aux Abbesses bénédictines de Montmartre. À la fin du XVe siècle, ruinées par les guerres, les Dames de Montmartre sont contraintes de vendre leurs terrains à des vignerons qui poursuivent la tradition. Le seul pressoir se trouve à l’intérieur de l’abbaye et les vignerons doivent y apporter leurs vendanges. Le vin représente 50% des revenus de l’abbaye au XVIe siècle et seulement 5% en 1790, à la veille de la Révolution. Et ce vin avait une sacrée réputation, il était alors connu pour ses qualités diurétiques. Un dicton affirmait « c’est du vin de Montmartre, qui en boit pinte en pisse quarte «  (une ancienne mesure équivalente à deux pintes). Avec l’annexion de Montmartre à Paris en 1860, les vignobles disparaissent peu à peu. Gérard de Nerval aurait voulu d’ailleurs en 1854 acheter la dernière vigne.

Poulbot et ses amis en vignerons avisés

En 1910, on peut encore voir deux treilles du vignoble de Montmartre rues Damrémont et Lepic. En 1929, le peintre Francisque Poulbot et quelques amis écrivains et artistes sauvent de l’expansion immobilière un terrain municipal en y plantant quelques ceps de vigne. En 1933, on poursuit la plantation avec plus de trois mille plants de Thomery et trois plans de Morgon. L’année suivante commence la traditionnelle fête des vendanges qui se poursuit chaque année.

Que sont les vignes devenues ?

Clos.Montmartre à Paris
Le Clos Montmartre à Paris au pied du Sacré-Coeur

A Paris, à côté du Clos Montmartre (1556 m2, 1760 pieds) que reste-t-il de tous ces vignobles qui ceinturaient la capitale ? Y aurait-il encore le micro-vignoble urbain de l’Hôpital Bretonneau (70 centiares et 125 pieds de Malbec) ou cette vigne des Jardins du ruisseau, une oasis verdoyante qui a vu le jour en 1998 sur les voies ferrées de l’ancienne Petite Ceinture ! Il faut s’éloigner dans la banlieue : Clamart, Courbevoie, Issy-les-Moulineaux, Meudon, Rueil-Malmaison, Suresnes, Bagneux et de Chaville. Tous ces micro-vignobles sont situés dans le département des Hauts-de-Seine à la proche périphérie ouest et sud-ouest de Paris et sont exploités par des associations culturelles ou par des confréries bachiques.