Comment le Château de la Rivière a testé et déployé, pendant 4 ans, ce qui fonctionne pour faire face aux défis du vignoble bordelais ?

Un domaine engagé en faveur de l’agroécologie
Choisir le domaine emblématique de Fronsac (rive droite de Bordeaux) pour ces 4 années d’essais techniques, c’était profiter d’un véritable réservoir de la biodiversité doté de 65 ha de vignes occupant le coteau descendant vers le fleuve Dordogne, de 33 ha de forêts et d’1 km de haies. De plus, Château de La Rivière est labellisé Haute Valeur Environnementale de niveau 3. Il est Zone Natura 2000 avec la protection notamment de 8 espèces de chauve-souris. Il est, en plus, un pionnier dans l’utilisation de la confusion sexuelle. Le Château de La Rivière a aussi mené le programme BiodiversID* de 2013 à 2018. Il est enfin signataire d’une convention avec le Conservatoire d’espaces naturels de Nouvelle Aquitaine (depuis 2018).
*A partir d’un inventaire des espèces, des biotopes et des pratiques agricoles, le programme BiodiversID définit une batterie d’indicateurs permettant de suivre l’évolution quantitative et qualitative de la biodiversité sur une exploitation.



Des solutions innovantes
Avec les effets du changement climatique qui se font de plus en plus sentir dans le vignoble, obligation est d’adapter de nouvelles pratiques ; un changement qui accentue en effet l’impact des maladies comme le mildiou et l’émergence de nouveaux parasites. Château de La Rivière fait figure de pionnier en abritant un laboratoire à ciel ouvert depuis 4 ans : 4 ans d’essais pour tester des solutions innovantes garantissant production de qualité et respect de l’environnement.
Quatre année d’expérimentations pour répondre à ces différentes problématiques :
Quel parcours de soins pour la vigne ? Comment véritablement intégrer le digital au cœur du vignoble ? Pourquoi porter une attention particulière à la biodiversité ? Comment protéger les raisins dans un milieu perturbé et comment choisir la meilleure date des vendanges ? Mais aussi, quelles sont les meilleures méthodes pour concilier viticulture et environnement et quelle place pour l’innovation et comment l’accélérer ?
Voici l’équipe qui a été à la manœuvre pendant ces 4 années
Une équipe venue du groupe coopératif Maïsadour et d’Innovatis ; du groupe chimiste BASF Agricultura Solutions et de Xarvio Digital Farming Solutions.

Quelle philosophie adoptée au Château de La Rivière ?
Convaincu que seule l’expérimentation sur le terrain permet de faire avancer la viticulture, le Château de La Rivière assume une philosophie simple : « utilisons ce qui fonctionne ! » sachant que l’innovation doit s’imposer comme levier de transformation. L’équipe y a déployé de nouveaux itinéraires agroécologiques mêlant outils d’aide à la décision, biocontrôle, technologies numériques et molécules de nouvelle génération. Un enjeu majeur : confronter ces approches aux réalités du terrain pour en mesurer concrètement l’efficacité. Ici, pas de recherche déconnectée : chaque solution testée doit démontrer sa valeur pour être adoptée à l’échelle du domaine. Une fois validées, ces solutions s’intègrent naturellement aux pratiques courantes.
I/ Comment prédire les risques de maladie et d’attaques de ravageurs ?
Actuellement, l’outil le plus performant semble être « Agrigenius by Horta » présent donc au château. Il prédit le risque réel lié aux quatre maladies principales de la vigne : mildiou, oïdium, black-rot et botrytis. II modélise également le développement de quatre ravageurs majeurs : l’eudémis, la cicadelle de la flavescence dorée, la cryptoblabe (une pyrale) et la cochenille farineuse. L’outil aide les viticulteurs à piloter les apports en engrais (azote, phosphore, potassium) ainsi que l’irrigation. II fournit aussi des indications sur les dommages liés aux stress abiotiques (pour décrire les facteurs non vivants) qui affectent négativement les organismes vivants, comme les vagues de chaleur ou de froid. Les cartes NOVI (Normalized Difference Vegetative Index) permettent de suivre le niveau de chlorophylle de la vigne et voir l’évolution des maladies.
« l’utilisation d’Agrigenius by Horta nous a fait économiser environ un traitement complet l’année dernière, en période de forte pression du mildiou, grâce à un pilotage plus précis des interventions ». Thomas Dô Chi Nam directeur technique du château.
II/ Protéger le vignoble avec une méthode respectueuse : la confusion sexuelle, une pratique de biocontrôle qui a fait ses preuves
Le Château de La Rivière utilise cette méthode depuis 2015. Il a été l’un des 41 sites étudiés dans le cadre d’une recherche sur I’entomofaune (ou faune entomologique, partie de la faune constituée par les insectes) en vigne. L’objectif était d’analyser la diversité des insectes auxiliaires en comparant une parcelle en confusion sexuelle à une parcelle non « confusée ».

Le rôle clé des araignées
Les chrysopes dominent le peuplement, attirées par l’abondance de fleurs présentes dans et autour des vignes. Les araignées observées, variées et nombreuses, jouent également un rôle clef dans la régulation des ravageurs. Parmi elles, L. triangularis et Xysticus, de très petite taille. Elles s’attaquent aux cicadelles et aux pucerons, tandis que Pardosa et Orassodes, plus grosses, contribuent également à l’équilibre biologique. Des coléoptères comme P. rufipes ont aussi été recensés.
« Ces travaux nous permettent d’identifier les insectes auxiliaires, de mieux comprendre les facteurs favorisant leur développement et d’intégrer leur rôle dans le protection du vignoble, en complément de : solutions de biocontrôle. » Xavier Buffo, Directeur général du Château de la Rivière
La confusion sexuelle
Le Château de La Rivière, en adoptant la confusion sexuelle pour protéger son vignoble, est un exemple concret du biocontrôle. C’est une méthode de protection des végétaux qui utilise des mécanismes naturels. Alternative durable aux insecticides, la confusion sexuelle repose sur un principe simple : perturber la reproduction des ravageurs. Des diffuseurs de phéromones, accrochés aux ceps, agissent comme des leurres. Les mâles, désorientés, ne parviennent plus à localiser les femelles. Résultat : pas d’accouplement, donc pas de chenilles pour attaquer les grappes.

La pose de ces diffuseurs de phéromones est cruciale pour limiter la reproduction des ravageurs et réduire la pression parasitaire. Photos © François Collombet
« Le Château de La Rivière utilise cette méthode depuis 2014. En maintenant une approche raisonnée
et en adaptant les interventions phytosanitaires, la confusion sexuelle demeure une stratégie clef pour limiter le recours aux insecticides conventionnels. » Thomas Dô Chi Nam directeur technique du Château de La Rivière
III/ Ces pratiques agricoles durables, alliant efficacité et respect de l’environnement
En collaborant avec des partenaires tels que le Château de La Rivière, BASF France – Division Agro cherche à promouvoir des pratiques agricoles durables, alliant efficacité et respect de l’environnement. Cette synergie entre acteurs du secteur vise à accélérer la transition agroécologique et à répondre aux défis actuels de l’agriculture.
Le biocontrôle chez BASF, pilier central de sa feuille de route agroécologique
Le biocontrôle s’inspire des mécanismes naturels pour défendre les cultures, en utilisant des interactions entre
organismes vivants. Cette méthode englobe quatre catégories principales : micro-organismes, macro organismes, substances naturelles et médiateurs chimiques. L’entreprise s’engage à développer des solutions innovantes visant à réduire l’utilisation de produits phytopharmaceutiques tout en maintenant la rentabilité des exploitations agricoles.
Comment maîtriser la protection fongique grâce à une nouvelle génération de molécules ?
L’arrivée de molécules nouvelle génération est une réponse qu’attendent les viticulteurs. Château de La Rivière teste sur certaines parcelles, avec BASF, ces innovations. Ainsi, expérimente-t-il une nouvelle solution fongicide qui se montre efficace contre l’oïdium* et le black-rot. Sa particularité, une action à la fois préventive et curative capable d’agir sur l’ensemble du cycle du champignon.
* 9 %, c’est le taux à partir duquel une vigne contaminée par l’oïdium ne peut plus produire un vin de qualité
satisfaisante.
Tester dès aujourd’hui les alternatives les plus prometteuses
Il est évident que certaines substances utilisées aujourd’hui seront interdites demain. Pour ne pas subir ces contraintes, mieux vaut les anticiper. C’est ce que propose ce partenariat avec BASF qui veut identifier les molécules disponibles demain pour permettre aux viticulteur d’avoir un à deux ans d’avance dans l’adaptation de leurs pratiques.
« Avec la réduction progressive des solutions conventionnelles, chaque nouvelle molécule efficace devient précieuse. Ce type d’innovation nous permet de garder une vraie marge de manœuvre dans la gestion des maladies du vignoble ». Thomas Dô Chi Nam
Vigne et environnement, l’accord parfait est-il possible ?
Château de La Rivière, comme la majorité des viticulteurs, font aujourd’hui face à un double défi : le changement climatique impactant la vigne et les nouvelles habitude des consommateurs qui bouleversent le marché du vin. Ils n’ont d’autre choix que de s’adapter. Mais pas seulement. Il s’agit aussi de préserver la qualité des vins tout en conciliant performance économique, respect de l’environnement et nouvelles exigences des consommateurs. Château de La Rivière essaie de répondre à ce double défi en partant de la parcelle d’essai à l’exploitation et en mettant l’innovation au cœur de son vignoble.
Château de La Rivière, fleuron de l’appellation Fronsac

Aujourd’hui, 65 ha de vignes à majorité merlot
Le château fut construit entre 1553 et 1577 par Gaston de l’Isle, maire de Bordeaux. Parmi les propriétaires récents, le négociant et homme d’affaires Jean Leprince. Il achète le domaine en 1994. Sa fille Valérie et son gendre Xavier Péneau l’agrandissent et entreprennent d’importants travaux dans les chais.
Une dramatique série d’accidents aériens
Au décès de Jean Leprince en 2002 dans le crash de son avion à quelques kilomètres de là (ironie du sort !), le château sera alors vendu à l’entrepreneur James Grégoire (les Machines à vendanger). Il agrandit le domaine et le cède au propriétaire du groupe hôtelier hongkongais Bolian*, Lam Kok. Ce sera le plus gros investissement chinois à Bordeaux (300 millions d’€). Sa femme et lui étaient tombés amoureux du château. Mais un accident d’hélicoptère, le lendemain de la vente officielle en décembre 2013, devait couter la vie à l’ancien (qui pilotait) et au nouveau propriétaire (ainsi que son fils de 12 ans et leur interprète). Depuis, Mme Lau Kok a gardé le domaine et son magnifique château mais n’y ait jamais revenue. Depuis la fin de l’année 2013, le Château de la Rivière est sous l’égide du groupe Bolian, propriétaire d’hôtels en Chine, dans la province Yunnan et producteur de thés Pu’er. Ils ont confié la responsabilité de la propriété à Xavier Buffo, Directeur Général sur le domaine depuis 1997.

« Le Bain aux Dames » le crémant du Château
En regard du Bain des Dames à l’entrée du Château, ce Crémant de Bordeaux élaboré au Château est présenté par Thomas Dô Chi Nam, directeur technique. La cuvée baptisée « Le Bain des Dames » est issue des parcelles de merlot et cabernet franc.



Les caves du Château de La Rivière
Le château construit sur un plateau calcaire possède d’incroyables caves souterraines aménagées de 25 km de long sur 8 ha où dorment 700 OOO bouteilles. A l’origine d’anciennes carrières dont la pierre servit à construire Bordeaux et ses environs. Elles servent également de décors de cinéma.






