Pinard (vin) terme populaire, l’un des plus courants qui désigne un vin ordinaire. L’origine de ce nom fluctuerait entre le grec pino qui signifie boire ou ferait-il plutôt allusion à ce Jean Pinard qui, au XVIIe siècle était l’idéal du vigneron pour les Bourguignons. On pencherait pour une troisième interprétation, une dérive du pinot (cépage bourguignon) ou pineau transformé en pinard à la fin du XIXe siècle. Il fera son entrée officielle dans le langage courant et dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1935.

Dans les tranchées, on se rase au pinard

Mais son heure de gloire fut la Grande Guerre (1914-1918) quoique battu en brèche par un autre terme inspiré du front : le fameux picrate (allusion aux vapeurs piquante d’acide picrique dégagée par les obus). Durant toute cette guerre, le pinard fut le plus fidèle compagnon de tranchée du poilu au point que par manque d’eau il lui fallait souvent se raser au vin. Combien furent-ils à monter à l’assaut souvent jusqu’à la mort avec l’appui de ce compagnon de réconfort indéfectible ? Les chiffres sont éloquents. En août 1914, le midi qui « luttait » contre une surproduction chronique de vin allait fournir à l’armée 200.000 hl, chiffre qui passa à 6 millions d’hl en 1916 puis à 12 millions en 1917. Ainsi, le fameux quart du soldat en 1914*, sera de 50 cl en 1916 puis montera jusqu’à 75 cl en 1917.

Pour mieux comprendre l’époque, il faudrait pouvoir écouter le célèbre refrain d’une des chansons les plus populaires du front : Vive le pinard de Louis Bousquet et Georges Picquet aux paroles éloquentes : Le pinard c’est de la vinasse, ça fait du bien là où qu’ça passe, vas-y bidasse, remplis mon quart, vive le pinard ! vive le pinard !

Les allemands devaient vider leur Verdun d’un trait

Quant au code des artilleurs à l’aune de ce pinard, rien n’était plus simple : un 75 égal un canon ; un 105, une chopine ; un 121 court, un litre de vin pur ; un 120 long, un litre de vin mouillé, avec évidemment à l’autre bout des allemands qui devaient vider leur Verdun trait. Même le maréchal Joffre, qui rappelons le, était fils d’un tonnelier de Rivesaltes, parlait du général Pinard pour soutenir le moral de ses troupes. Enfin, à la victoire c’est la Madelon qui prend le relais : Madelon, emplis mon verre, et chante avec les Poilus, nous avons gagné la guerre, hein crois-tu qu’on les a eus ! Madelon, ah ! verse à boire, et surtout n’y mets pas d’eau, c’est pour fêter la victoire, Joffre, Foch et Clémenceau

Le père Pinard est ainsi devenu en 1918, le père la victoire. Enfin, en guise d’épilogue, mentionnons ce mouvement d’opinion qui voulut que pour son rôle déterminant dans la victoire, le pinard fut cité à l’ordre de la Nation

* Ce fameux quart dont fait allusion le grand poète Guillaume Apollinaire (mort quelques jours avant l’armistice) dans Calligrammes publiés en 1918 : J’ai comme toi, pour me réconforter le quart de pinard qui met tant de différences entre nous et les boches.
Sources : Histoire de la vigne et des grands vins des Côtes du Rhône par Robert Bailly.