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Coteaux d’Aix-en-Provence, au paradis des rosés, mais pas seulement !

Coteaux d’Aix-en-Provence, un incroyable voyage au pays des rosés

Dans ce paradis des rosés (mais pas seulement), l’AOP Coteaux d’Aix-en-Provence (reconnue dès 1985) est l’une des 3 appellations de Provence avec les AOP Côtes de Provence, et Coteaux Varois en Provence. Elle s’étend sur 4300 ha (dont 82 % en bio ou HVE) produisant 27 millions de bouteilles dont 60 % de rosés. Le climat est marqué par le Mistral, vent du nord dominant froid et sec. Il permet à l’appellation de bénéficier d’un ensoleillement annuel moyen de 2 900 heures. Les faibles pluies – entre 550 et 680 mm par an – sont essentiellement concentrées sur le printemps et l’automne. Dans cette zone occidentale de la Provence calcaire, les sols rencontrés sont majoritairement argilo-calcaire caillouteux, sableux, souvent graveleux ou limono-sableux sur les terrasses de l’Arc et de la Durance.

Ici, on assiste à une alternance de reliefs entre la montagne Sainte-Victoire (ici vers Puyloubier), le plateau de la Sainte-Baume et les collines qui glissent vers la Durance. Les vignobles de Coteaux d’Aix-en-Provence produisent des rosés à partir du grenache, de la syrah, du cinsault et du mourvèdre, cépages réagissant différemment selon l’altitude, l’exposition et la nature des sols. Photo © François Collombet
De la DN 7, le sommet de la montagne de la Sainte-Victoire. Au sein des 3 appellations, le vignoble des Côtes de Provence Sainte-Victoire a été reconnu en 2005. Mais c’est en 2025 qu’il a obtenu la désignation de Cru : Côtes-de-Provence Sainte-Victoire. Photo © François Collombet

Des rosés mais pas seulement

A côté des rosés très majoritaires, les vins rouges sont de plus en plus recherchés. Ils sont particulièrement charpentés et en constante amélioration due à des cuvaisons plus longues. Le cabernet sauvignon et la syrah font merveille avec le carignan, le cinsault, la counoise et le mourvèdre. Ces vins, marqués au départ par des arômes de violette, de laurier, de menthe et de tabac, sont en général  de bonne garde (jusqu’à 15 ans). La production des blancs très limitée (5 % de la production) se situe dans la partie nord de l’appellation, vers Puy-Sainte-Réparade. L’accent est mis sur le rolle (ou vermentinu) pour accompagner le grenache blanc et la clairette.

La montée en gamme des rouges et des blancs

A Puy-Sainte-Réparade, Château Paradis propose en appellation Coteaux d’Aix-en-Provence, Terre des Anges Rouge. Une production limitée aux millésimes d’exception et issue des meilleures parcelles du domaine (exposition nord sur des sols argilo-calcaires peu profonds). Une composition à base de syrah, de grenache noir et de cabernet sauvignon. Autre cuvée, Château Paradis Rouge issu aussi du cabernet sauvignon, de la syrah et du grenache noir. Vendanges manuelles et un élevage de 6 mois des syrah et cabernet franc en fûts de chêne et foudres (le grenache noir en cuves béton). Les assemblages sont réalisés par les 2 oenologues du château.

A Puy-Sainte-Réparade, Château Paradis propose en appellation Coteaux d’Aix-en-Provence, à gauche,Terre des Anges Rouge (ancienne étiquette) et à droite, Château Paradis Rouge, expression d’une montée en gamme des rouges. Photo © François Collombet

                                                                               
A château Paradis l’élevage des syrah et cabernet franc en fûts de chêne et foudres. Photo © François Collombet

Au pays des peintres et des abbayes

L’AOP Coteaux d’Aix recouvre un vaste plateau calcaire qui va de la Durance à la Méditerranée et de la vallée du Rhône à la Montagne Sainte-Victoire. Elle entoure l’étang de Berre et traverse les paysages peints par Cézanne. C’est entre des reliefs constitués d’une succession de chaînons parallèles au littoral – chaîne de la Nerthe, chaîne de la Fare, chaîne d’Eguilles et de la Trévaresse, chaînon des Costes prolongé par les Alpilles – que se concentre l’activité viticole. La zone d’appellation s’étire sur quarante-neuf communes situées entre Aix-en-Provence et Marseille, pour la plupart dans le département des Bouches-du-Rhône.

Vauvenargues (dans la zone d’appellation Coteaux d’Aix-en-Provence), village situé à l’est d’Aix-en-Provence et au pied du versant nord de la montagne Sainte-Victoire. Il est célèbre pour le château de Vauvenargues qui fut la propriété de Pablo Picasso. L’artiste l’avait acheté en 1958 ; il y travailla et y fut inhumé en 1973. Photo © François Collombet

Garrigue, champs de lavande et coquelicots

Le vignoble entrecoupé d’une succession de chaînons parallèles au littoral partage sa terre au milieu de la garrigue, avec des résineux et des champs de lavande, sur un sol en général argilo-calcaire très caillouteux.

Un champ de coquelicots au détour de la route de Vauvenargues, près de Jouques dans l’arrière pays Aixois. Photo © François Collombet
A Jouques, sur les hauteurs de la vallée de la Durance, les moniales bénédictines de l’abbaye cultivent 10 ha de vigne (et 4 ha d’oliviers). Elles font leurs vins vendus sous l’appellation Coteaux d’Aix-en-Provence. Ici, vue dominant le village de Jouques et de la vallée de la Durance depuis la chapelle Notre-Dame de la Roque. Photo © François Collombet

Le Puy-Saint-Réparade connu dans le monde entier

Puy-Sainte-Réparade, petite ville provençale de 5400 habitants est connue dans le monde entier pour ses rosés évidemment mais aussi pour avoir attiré les plus grands noms de l’architecture* et d’avoir su mêler le vin à l’art contemporain (Château La Coste). On est au nord du département des Bouches-du-Rhône, près de la Durance et du département du Vaucluse et aux portes du Luberon ; un territoire délimité par des frontières naturelles avec à l’ouest, le massif de Rognes, au sud la chaîne de la Trévaresse et au nord la rivière de la Durance. Il faut une vingtaine de minutes (15 km) pour rejoindre au nord, Aix-en-Provence. Puy-Saint-Réparade est aussi (par la D 561) tout proche du Festival International de Piano de la Roque-d’Anthéron qui se déroule chaque année dans le parc du Château de Florans. Sur son territoire, l’abbaye de Silvacane, joyau de l’art cistercien fondé au XIIe siècle. est un havre de paix aux lignes incroyablement épurées. Elle témoigne de la rigueur et de la spiritualité des moines qui y vécurent. Tout est remarquablement conservé : une église majestueuse et son cloître ainsi que les bâtiments monastiques. Un véritable voyage dans le temps !

* Des architectes de renommée mondiale comme Tadao Ando, Jean Nouvel (le chai), Frank Gehry, Oscar Niemeyer, Renzo Piano, Richard Rogers ou Jean Prouvé.

Avec Sénanque et le Thoronet, Silvacane située sur la commune de La Roque d’Anthéron fait partie des trois abbayes cisterciennes de Provence appelées les « trois sœurs provençales. Photo © François Collombet 

De l’abbaye de Silvacane vers Paradis

Château Paradis à Puy-Saint-Réparade est traversé (et irrigué), à la fois par le canal de Provence et le canal de Peyrolles, direction Peyrolles-en-Provence. Mais quelle incroyable adresse : quartier Paradis, Chemin de Pommier ! Pour château Paradis (plutôt une bastide) rien n’est donc inventé*. Pommier est aussi le nom de la parcelle la plus iconique du domaine. Elle vient d’un verger situé autrefois à cet endroit. C’est la première parcelle sur laquelle Château Paradis a essayé l’irrigation des vignes, avant de l’étendre au reste du vignoble.

* Le nom de Château Paradis fut déposé en 1980 par le propriétaire de l’époque Jacques Héon, un amateur de vin blanc qui planta du sauvignon blanc et du grenache blanc sur ses parcelles. Château Paradis devait changer de mains en 2003. Il fut racheté par Juliette et Philippe Deschamps qui ont investi dans un chai et dans une cave afin de vinifier leurs vins et sortir ainsi du système de la coopération. En 2003 naît la cuvée Terre des Anges, puis en 2008 l’Archange.

Château Paradis est au cœur de la Provence, à l’extrême nord de l’appellation Coteaux d’Aix-en-Provence. Le domaine s’étend sur plus de 90 ha entre la montagne Sainte-Victoire et le Luberon. Les sols sont principalement argilo-calcaires, sableux et caillouteux avec parfois, une roche calcaire affleurante. Un chemin vigneron permet de parcourir les différentes parcelles.

Château Paradis, depuis 15 ans dans la même famille

Depuis 2011, c’est la famille Thiéblin qui détient la propriété*. Attachés à leurs racines provençales, Xavier (ancien patron du groupe réunionnais Quartier français avec les rhums Charette notamment) et Odile Thieblin n’ont cessé d’améliorer le domaine et de créer des vins de terroir avec une vraie personnalité. En 2012, ils restructurent le vignoble et acquièrent cinquante hectares de vignes supplémentaires en AOP, appartenant initialement au Château de Fonscolombe ce qui a permis de recomposer l’encépagement. Ainsi, fut planté du cinsault, cépage qui n’existait pas à Paradis. Il est pourtant prépondérant dans la vinification des rosés. Le château a également renforcé les rolles pour correspondre au cahier des charges des blancs de l’appellation Coteaux d’Aix-en-Provence. Des parcelles de syrah et de grenache ont également été ajoutées. En 2019, le château obtint la certification Haute Valeur Environnementale de niveau 3. Aujourd’hui, l’intégralité du vignoble est passé en bio.

*Sur ces mêmes terres, on date la plantation des premières vignes à environ 600 av. J.-C., avec l’arrivée des Phocéens à Marseille. Quant aux Romains, ils ont développé la « Villa Regina » et installé un pressoir à raisin dont des vestiges sont encore visibles aujourd’hui près de la parcelle Paradis.

Depuis la reprise du domaine par la famille Thiéblin, château Paradis avec 94 ha est devenu l’un des plus importants vignobles de l’appellation Coteaux d’Aix-en-Provence. Ici, vue sur les vignes depuis la terasse de la bastide. Photo © François Collombet
Château Paradis voit son vignoble réparti en 19 parcelles plantées de 12 cépages. A découvrir en empruntant le sentier vigneron avec vue sur la montagne Sainte-Victoire. le Luberon et la chaîne de la Trévaresse dans un paysage typiquement provençal. Photo © François Collombet

Une production à 60 % rosé. Mais rouges (30 %) et blancs (10 %) montent en puissance

A son arrivée, Xavier Thiéblin avait investi dans un nouveau pressoir thermorégulé, outil essentiel à l’élaboration du rosé. Cette couleur, comme dans l’écrasante majorité des domaines provençaux, représente l’essentiel de la production du château. Mais Paradis est de plus en plus connu pour ses rouges et ses blancs.

Salle de dégustation de château Paradis donnant sur sa terrasse avec vue sur les premières parcelles du domaine. Photo © François Collombet

L’art de faire quelques uns des meilleurs rosés des Coteaux d’Aix-en-Provence

Jérémie Peckre, magicien du rosé fut le directeur du château Paradis depuis l’arrivée de la famille Thiéblin jusqu’en 2025. Il se rappelle que son grand père répétait que si le rosé est un vin facile à boire, il est par contre bien difficile à faire. Première contrainte, c’est dans la fraicheur de la nuit que les raisins livrent le meilleur d’eux-mêmes en préservant notamment toute leur pureté aromatique. Donc, en vendangeant de nuit, parvient-on à éviter l’oxydation et les macérations prématurées, seule manière de conserver les notes les plus fragiles des cépages : « le cassis et la fraise des bois pour la syrah  et la rose pour le grenache, par exemple ». Autre avantage, c’est la possibilité de contrôler la teinte du rosé, cette fameuse teinte rose pâle, l’argument du succès des rosés de Provence.

Château Paradis et sa gamme de rosés et de blancs

Pour le Château Paradis Blanc, c’est l’alliance du sauvignon blanc et du Rolle. Vendanges manuelles très tôt le matin. Après un passage à froid, les raisins sont pressés et les jus sont fermentés à 16-17°C en cuves inox thermorégulées. Vinification parcellaire pour conserver l’expression variétale de chaque parcelle et de chaque cépage. Château Paradis Rosé est la cuvée emblématique du domaine à base de syrah, grenache noir et rolle. Vendanges au lever du jour pour préserver leur intensité aromatique. Les jus sont obtenus après pressurage direct. Chaque parcelle est pressée et vinifiée séparément. 

A gauche : Château Paradis Blanc, alliance du sauvignon blanc et du rolle. A droite, Château Paradis Rosé, cuvée emblématique du domaine à base de syrah, grenache noir et rolle. Photo © François Collombet
L’impressionnante cuverie de château Paradis et ses cuves thermorégulées. La production annuelle tourne autour de 450 000 bouteilles. Photo © François Collombet

Terre des Anges, cuvée prestige du domaine

Terre des Anges Rosé médaille d’or au concours Decanter 2026

Les vendanges sont réalisées en caisses aux heures les plus fraîches de la nuit. Les syrahs et les rolles ont été assemblés sur des maturités similaires. Seuls les plus beaux jus sont sélectionnés, mis en stabulation, travaillés jusqu’à départ en fermentation alcoolique. Les mourvèdres ont été vinifiés en demi-muids, puis élevés pendant deux mois sur lies fines. Cette particularité pour un rosé apporte complexité et originalité à l’assemblage. C’est ce rosé Terre des Anges 2025 qui a obtenu la note exceptionnelle de 95/100 par Decanter, lui valant une médaille d’or du concours 2026.

Terre des Anges Blanc 2025, médaillé au concours des Vignerons Indépendants

Ce Terre des Anges Blanc 2025 en agriculture bio est issu des parcelles Durand pour le rolle et Pommier pour le sauvignon blanc. Le sauvignon est fermenté en foudres et le rolle en demi-muids. Elevage sur lies de 2 à 6 mois

En 2026, Terre des Anges Blanc obtenait la médaille d’argent au concours des Vignerons Indépendants

Exceptionnelle, la gamme Archange !

Au Paradis, il y a les anges et les archanges. Mais quand donc château Paradis donnera un nom à ses Archanges Blanc, Rouge et Rosé. Depuis le Concile de Rome (745) sous le pape Zacharie, l’Église catholique n’en reconnaît que 3 : Michel, chef des armées célestes, Raphaël, protecteur des voyageurs et guérisseurs et Gabriel, associé à la communication et aux révélations. Attention, beaucoup d’hommes politiques se sont accaparé leurs noms. Mais pour les amateurs du château, ils représentent encore ces cuvées rares et numérotées, produites lors des millésimes exceptionnels.

Deux des trois Archanges du château Paradis. Un blanc de macération, Millésime 2022 numéroté et tiré à 1200 ex. à partir du rolle de la parcelle Durand et du sauvignon. Un rouge Millésime 2021 numéroté et tiré à 2500 ex. à partir de la syrah et du grenache noir de la parcelle Eguillen. Enfin, un Archange rosé, Millésime 2022 en édition limitée et numérotée à 2600 bouteilles à partir de la syrah de la parcelle Eguillen et du rolle de la parcelle Grande Plaine. Photo © François Collombet
Dans le chai, l’élevage des vins se fait notamment en fûts de chêne. Photo © François Collombet

Château Paradis et sa nouvelle équipe

L’équipe de Château Paradis (partenaire de Provence Rugby !) s’est renouvelée en 2025 avec un nouveau directeur du domaine, David Ré. II a été directeur technique des vignobles MDCV : château de Berne à Lorgues, les châteaux des Bertands et le Château Saint-Roux au Cannet-des-Maures et Ultimate Provence à La Garde-Freinet. Un nouveau responsable caveau également, Thomas Demurger. Il était précédemment caviste aux Caves Duval & Blanchet à Paris (Caves du Sénat, des Tuileries, du Cherche-Midi, , de La Madeleine…). Les derniers assemblages ont été réalisés par Tardieu Bastien et Laurence Santiago. La saison estivale, très connue se perpétue avec Music en Vigne, Paradis Gourmand, Journée vendangeurs, Atelier Assemblage, etc. Surtout, le château fêtait sa première année en bio.

Venus en voisin, Chloé et Olivier Thiéblin. Olivier est le gérant du château. Photo © François Collombet

La philosophie au Paradis : l’interchangeabilité

Pas de personnel affecté au caveau, chaque membre de l’équipe peut accueillir les visiteurs et faire goûter les vins en racontant la vie de la propriété, car, ici, tout le monde participe aux événements, aux vendanges, parfois à la vinification.

Merci à Jordan Reboul de nous avoir fait découvrir avec passion château Paradis. Photo © François Collombet

François

  • 1990 – Les grands vins du monde, préfacé par Gérard Depardieu. 
  • 1992 – Grands et petits vins de France, préfacé par Jean Carmet.
  • 1996 – Le guide des grands et petits vins de France, préfacé par Alain Favereau.
  • 2000 – The Flammarion Guide to World Wines
  • 2013 – Les vignobles mythiques, aux éditions Belin préfacé par Pierre Lurton (Cheval Blanc et Yquem).
  • 2014 – Prix Amunategui-Curnonsky décerné par l’APCIG (association professionnelle des chroniqueurs de la gastronomie et du vin).
  • 2016 – Cépages & Vins aux éditions Dunod.
  • 2020 – Cépages & Vins, nouvelle édition, éditions Dunod.

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