Champagne, le bilan 2013-2014

Si le bilan Champagne 2014 est plutôt prometteur, 2013 n’a pas été aussi négatif qu’on aurait pu le penser. Ouf, on a dépassé la barre symbolique des 300 millions de bouteilles commercialisées. Autre raison de se réjouir, la candidature des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne pour son inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco. Elle sera soumise aux délibérations du Comité du Patrimoine Mondial qui se réunira à Berlin pendant l’été 2015.

Hautvillers

Vignoble de Champagne à Hautvillers dans la Marne

la Chine reconnaît l’indication géographique Champagne suivie par la Mongolie (en octobre 2014)

Autre satisfaction apportée au cours de l’année 2013 : la Chine après l’Australie, l’Afrique du Sud et tout récemment le Brésil, a reconnu et protège enfin l’indication géographique Champagne et sa translittération chinoise (香槟). L’Inde avait fait de même en 2011. Le Champagne devenait ainsi la première indication géographique non-indienne à être reconnue et donc protégée contre les contrefaçons locales et les vins effervescents importés sous le nom Champagne ou des termes dérivés.

2013 partout en France une production en baisse sauf en Champagne

L’année fut marquée par un printemps froid et humide avec pour conséquence, un retard de la végétation de trois semaines environ. Il s’est traduit par des vendanges relativement tardives. Les plus précoces commencèrent le 24 septembre et les plus tardives, le 9 octobre. Un tel retard ne s’était pas vu depuis deux décennies. Compte tenu de la situation économique, l’interprofession a fixé pour les vendanges de 2013, le rendement disponible à 10 000 kg/ha*, le plus bas enregistré depuis 2009 (9 700 kg/ha). Il a été atteint dans la plupart des crus sauf ceux, peu nombreux qui furent touchés par du millerandage ou des orages de grêle. A noter qu’en 2012, le rendement qui était fixé à 11 000 kg/ha n’a atteint au final que 9242 kg/ha. Alors que partout en France, les volumes de production étaient globalement en déficit, ils furent en Champagne excellents. On parle même de miracle !

* 500 kg supplémentaires étant débloqués le 1er février 2014 de la réserve champagne.

2014, des raisins de bon niveau

Début de l’été 2014, la vigne était en avance d’une dizaine de jours mais le froid et l’humidité qui suivirent firent craindre le pire.Heureusement, ce début septembre apporta soleil et chaleur sachant que les pluies d’août avaient fait grossir le poids des grappes qui étaient en très bon état sanitaire. Les vendanges commencèrent le 8 septembre dans les crus les plus hâtifs ; elle se poursuivirent jusqu’au 20 septembre dans les vignobles les plus tardifs et s’achevèrent début octobre.Partout on a donc atteint le rendement commercialisable de 10 500 kg/ha (réserve comprise de 400 kg) avec un degré potentiel moyen des moûts plutôt bon, une acidité marquée et un profil aromatique des moûts (surtout pour le chardonnay*) prometteur. Il faut donc maintenant attendre  le printemps 2015 après les premières fermentations pour se prononcer.Peu de chance pourtant pour que 2014 soit un très grand millésime !

*Les autres cépages, pinot noir et le meunier ont plus souffert.

Le robot à vendanger, encore un rêve !

En Champagne, la cueillette mécanique n’est pas possible avec les machines actuelles. Elles fonctionnent sur le principe du battage et les règles de l’AOC exigent que la grappe arrive entière au pressoir. Alors à quand le robot-cueilleur ? Pour aboutir au même résultat obtenu par la cueillette manuelle, il faudrait une avancée technologique majeure ce qui est loin aujourd’hui d’être le cas.

Les chiffres clés 2013 du Champagne : ouf au dessus des 300 millions de bouteilles !

Champagne sur pupitre

Bouteilles de Champagne sur pupitre dans les caves de la maison J. de Telmont à Damery près d’Epernay

Les chiffres sont tombés mi-janvier 2014. Le CIVC (Centre interprofessionnel des vins de Champagne) avance le chiffre de 304 millions de bouteilles en 2013. Ouf, au dessus de la barre symbolique des 300 millions de bouteilles ! Mais c’est une baisse de moins 1,5 % par rapport aux 309 millions comptabilisés en 2012 soit l’équivalent de 5 millions de bouteilles en moins. Quant au chiffre d’affaires, il accuse un léger fléchissement de 2 %, à 4,3 milliards d’€ par rapport à 2012. Ces chiffres sont à mettre cependant en corrélation avec l’année 2011 et ses 323 millions de bouteilles et surtout 2007 (avant la crise) avec le record historique de 338 millions de cols. En affinant les résultats, on s’aperçoit que la crise est bien là, d’abord en France, où le recul atteint 2,3 % et dans le reste de l’Union européenne avec une chute de 3,4 % par rapport à 2012. Une baisse qui n’est pourtant pas complètement compensées notamment par la progression notoire des marchés émergents ; les exportations hors de l’Union européenne représentant le cinquième des ventes totales de Champagne.

Champagne qui stagne, prosecco qui rit

Le marché du Champagne a une nouvelle fois été le produit phare des fêtes de fin d’année. Après deux années de baisse consécutive, la France reste encore avec 51,4 % des volumes vendus le premier pays consommateur de champagne. Mais le constat est flagrant. On assiste à la mise en place de deux segments : celui des Champagne entrée de gamme avec des promotions allant jusqu’à 40 % de réduction et celui très qualitatif des grands Champagne peu présents en hyper. La conjoncture fait que le consommateur a tendance à se tourner de plus en plus vers des effervescents moins chers comme les Crémants. A l’export le Champagne doit faire face à la concurrence des vins effervescents venus d’Espagne (cava) ou d’Italie (prosecco) vendus deux à trois fois moins chers. D’ailleurs le marché des vins effervescents italiens est spectaculairement actif. Selon les chiffres publiés par FranceAgrimer, l’Italie est passée devant la France en volume d’exportation. Dès 2012 les effervescents y représentaient 30 % des volumes contre 26 % pour la France (mais 60 % en valeur grâce au champagne). Le champagne est donc en train de perdre du terrain sur ses concurrents italiens et espagnols.

Cap vers les pays émergeants, cap vers la Chine

Champagne en Chine

Dégustation de Champagne sur la Grande Muraille en Chine

Beaucoup de satisfactions par contre à l’export sur certains marchés grâce à la hausse des volumes ! Mais c’est surtout grâce à des consommateurs d’avantage portés sur des cuvées spéciales, des vins millésimés, des rosés vendus nettement plus chers que les Champagne bruts sans année ! En Australie, les ventes ont bondi de 11% ; le Nigéria en Afrique est un pays très prometteur. Si les Etats-Unis, deuxième marché pour le Champagne (après le Royaume-Unis) ne montrent aucune progression notable, les Champenois voient leur avenir vers les pays du soleil levant. La reprise est là et le Japon s’est hissé en 2013 au quatrième rang des pays importateurs. Si la Chine n’est encore qu’à la douzième place des pays importateurs de Champagne avec plus de 2 millions de bouteilles, elle présente le taux de croissance le plus élevé des 15 premiers marchés à l’export. Elle affiche d’une année sur l’autre une progression de près de 52 %. Pour le Champagne, l’avenir est donc en partie là. Mais patience ! En Chine, les ventes exploseront dans une quinzaine d’années prédit Jean-Marie Barillère, Président de l’Union des Maisons de champagne.

Share

Leave a Comment

You must be logged in to post a comment.

Share
Share