André Drappier vient de quitter sa famille et le monde du Champagne à 99 ans

L’apport d’André et de Micheline Drappier
On doit à André Drappier le fait d’avoir donner à la Côte des Bar, aux confins de de l’Aube, ses lettres de noblesse. Au début des années 80, alors que son fils, Michel maîtrisait déjà les vinifications, il commença à lâcher prise. André fort de ses très nombreuses vendanges, bon pied (sans doute un peu moins ces temps derniers) bon œil, fut la mémoire de la maison. Il s’est toujours appuyé sur sa femme Micheline disparue bien trop tôt. Ensemble, ils ont créé en 1952, la cuvée référence de la Maison, Carte d’Or avec son étiquette jaune reconnaissable. Une évocation de la gelée de coing, fruit jaune dont on retrouve quelques notes aromatiques dans chaque bouteille. On doit à André, à la suite du gel historique de 1957 (récolte détruite à 95 %) d’avoir introduit le pinot meunier plus résistant aux froids printaniers. Mais c’est à Micheline en 1968 que revient l’idée d’un Champagne Rosé. Il sera 100 % pinot noir. Cinquante ans plus tard, ce Rosé de Saignée ainsi que les cuvées Carte d’Or et Grande Sendrée feront leur entrée à l’Elysée (à partir de 2002).
On sert le Champagne d’André Drappier à la Boisserie chez le Général de Gaulle
C’est sans doute un très grand sujet de fierté pour André Drappier. Son Champagne, cuvée Drappier Pinot Noir fut choisi en 1965 par le Général de Gaulle pour sa consommation familiale à Colombey-les-deux-Eglises (La Boisserie étant à une vingtaine de kilomètres d’Urville). Ce choix avait été orienté par le colonel Gaston de Bonneval, ami de la famille (il était le parrain de Michel Drappier) et aide de camp du Général. Ainsi cette commande de vingt-quatre bouteilles de champagne extra-dry* facturées au prix unitaire de 7,75 francs est restée célèbre dans la famille ; une facture au nom de : « M. le Général de Gaulle, La Boisserie, Colombey-les-Deux-Églises, Haute-Marne, le 3 mars 1965 »
*Extra dry, c’était le goût de l’époque. Mais ce ne fut pas le choix de Michel Drappier lorsqu’en 1990 pour le cinquantième anniversaire de l’Appel du 18-Juin, il initia la cuvée Charles de Gaulle composée à 80 % pinot noir et 20 % chardonnay. « Il s’agit du même vin, précise Michel Drappier avec les mêmes parcelles de vignes, on a juste changé le dosage : suivant la mode de son temps, le général buvait en effet de l’Extra-dry dosé à 20 grammes, dans une coupe et au dessert… Aujourd’hui, la cuvée Charles de Gaulle (dosage : 7,5 g/l) est tirée entre 4000 et 10 000 bouteilles par an (le magazine américain Wine Spectator lui accordait 91 points).

Les héritiers d’André Drappier
Dans la famille Drappier, je demande le père, les enfants et les petits-enfants

Les enfants, la huitième génération : Charline, Hugo et Antoine
Depuis 2016, Michel et son épouse Sylvie, sont rejoints par la huitième génération de la famille Drappier. Charline, née en 1989, prend progressivement en charge la commercialisation, tandis que son frère Hugo, né en 1991, est responsable de la viticulture et de l’œnologie. Antoine, né en 1996, est passionné par les animaux et la nature. Avec son cheval de trait, il cultive une partie du vignoble en bio. Potager, vergers anciens, et basse-cour font maintenant partie des activités complémentaires de la maison Drappier. Antoine, Hugo et Michel Drappier travaillent de concert, en s’appuyant sur les savoirs d’André Drappier, pour mener des projets inédits : sélection massale, macération unique, assemblage inattendu, vieillissement sous la mer*, projet de transport du Champagne à la voile vers les Etats-Unis… Ils expriment aujourd’hui leur vision de la Maison en signant notamment quatre micro-cuvées Drappier issues de vignes labourées à cheval.



Voici la huitième génération (de gauche à droite) : Charline est en charge la commercialisation, Hugo est responsable de la viticulture et de l’œnologie, Antoine, passionné par les animaux et la nature, avec son cheval de trait, cultive une partie du vignoble en bio. Photos © François Collombet





