Du Tertre (château du Tertre), appellation Margaux (Médoc, Bordeaux), Cinquième Cru (classement de 1855), vin rouge : domaine imposant avec ses 80 ha ! Le vignoble à lui seul (inchangé depuis 1855) couvre 50 ha d’un seul tenant, sur deux croupes de graves de 3 à 5 m de profondeur. Toutes les deux sont contiguës mais séparées par un petit ruisseau (jalle) assurant un drainage naturel. C’est le point culminant comme son nom l’indique de l’appellation Margaux. Le château était d’ailleurs qualifié au XIXe siècle de beau tertre d’Arsac.

Les parcelles renouvelées cultivées en biodynamie

L’encépagement sur un sol de graves et de sable est constitué de cabernet sauvignon (40 %), de merlot (35 %), de cabernet franc (20%) et de petit verdot (5%) avec un âge moyen de 35 ans. A noter que depuis 2008, les parcelles de vigne renouvelées sont cultivées en biodynamie. On pratique au Tertre une culture traditionnelle avec effeuillage, éclaircissage et apport organo-mineral. Le rendement est de d’environ 42 hl/ha. Le Château du Tertre a opté pour le cuvier en bois, avec remplissage des cuves par gravité. En 2008, la propriété s’est équipée de cuves tronconiques en béton. L’élevage se fait en barriques de chêne français (renouvelées pour moitié chaque année) pendant environ 15 à 18 mois. Le château a fait appel au conseil de deux œnologues réputés, Denis Dubourdieu et Jacques Boissenot (formé par Emile Peynaud), aujourd’hui au coté de son fils Eric. Il a été nommé Vinificateur de la décennie en 2010 par le magazine Decanter.

  • La production annuelle est estimée à 180.000 bouteilles.
  • Second vin : Les Hauts du Tertre.

Gloire et misère d’un domaine

Ce château d’une rare homogénéité a une longue histoire et beaucoup de propriétaires dont au XVIe siècle, Thomas, frère de Michel de Montaigne puis, au XVIIe siècle, le Marquis de Ségur. Il devint en 1724 la propriété de Pierre Mitchell, Irlandais de son état et premier fabricant de bouteilles de la région de Bordeaux. Au  XIXe siècle, sous la direction de propriétaires tels Henry de Vallande ou le baron Henri de Koenigswater, les vins du domaine vont atteindre une telle réputation qu’ils entrèrent en 1855 au sein des crus classés du Médoc. Plus d’un siècle plus tard, le château très mal au point sera acheté en 1961 par les Capbern-Gasqueton de Calon-Ségur. Malgré la remise en état de l’édifice construit en 1736, et la replantation du vignoble, le vin ne retrouva  jamais tout à fait son prestige.

Racheté par un homme d’affaire néerlandais

Il fallut attendre le rachat du domaine en 1997 par Eric Albada-Jelgersma*, propriétaire également de Giscours, le château voisin (à quelques rangées de vignes) et surtout l’engagement de l’œnologue Jacques Pelissier, ancien du Cos d’Estournel, pour redonner aux vins du Tertre tout leur éclat. Il est vrai qu’à l’instar de Giscours, l’homme d’affaire néerlandais avait entrepris d’énormes travaux dans la vigne et dans le chai avec notamment un nouveau cuvier.

Un jeune homme venu pour les vendanges

Aujourd’hui, château du Tertre a pour directeur, Alexander van Beek de nationalité néerlandaise, un ami proche d’Eric Albada-Jelgersma. Curieuse destiné ! Il était venu à l’âge de 24 ans trois semaines pour les vendanges, depuis, il n’en est jamais reparti. En 1997, il a pris la tête de château du Tertre après son rachat par Eric Albada Jelgersma. Nous avions regardé le Château Prieuré-Lichine et nous avons trouvé le Tertre, une pure beauté se rappelle-t-il encore ! Alexander Van Beek est marié à Véronique Sanders qui dirige le château Haut-Bailly, Cru classé des Graves (Pessac-Léognan).

*En plus de Giscours et du Tertre, Eric Albada Jelgersma possède en Italie le domaine Caiarossa en Toscane (caiarossa pour gravier rouge, principale composition du sol du vignoble), un domaine de 16 ha.