Château Fombrauge, Saint-Emilion Grand Cru classé (2012) Bordeaux, vin rouge : il existe une cuvée de Champagne  Stradivarius de la Maison de Cazanove. Etait-ce l’occasion pour Bernard Magrez d’ouvrir un de ces flacons en célébrant l’accession de son vin au prestigieux classement des grands crus de Saint-Emilion (classement rendu public en 2012) ?  Mieux encore, l’a-t-il fait à l’écoute de la sonorité exceptionnelle de son Stradivarius baptisé Château Fombrauge joué sans doute par Matthieu Arama* ?

* Super soliste et Concert master de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine et ancien élève dans la classe d’Igor Oistrakh au Conservatoire Royal de Bruxelles (voir plus bas).

Un stradivarius nommé Château Fombrauge

Le luthier italien Antonio Stradivari (1644-1737) souhaitait que le nouvel acquéreur d’un de ses violons (il en a confectionné plus de 1000 dont  700 nous sont parvenus) lui choisisse un prénom. Bernard Magrez propriétaire du violon et du Château Fombrauge a voulu lui donner ce prénom. C’est un magnifique Stradivarius datant de 1713, l’âge d’or du luthier qu’il confie à de jeunes talents en leur offrant la possibilité de jouer (musique classique et sacrée) dans les meilleures conditions possibles et avec les meilleurs instruments qui soient. Dans le cadre de ce mécénat, château Fombrauge a aussi vocation à accueillir des artistes en résidence.

L’un des plus anciens domaines de Saint-Emilion

Château Fombrauge d’une superficie de 75 ha dont 58 en vignes est parmi les plus vastes domaines de Saint-Emilion avec ses carrières et ses vignes en forme de cirque orienté plein sud, couronné de bois. Il bénéficie d’une très belle situation sur la première ligne des coteaux dominant la vallée de la Dordogne (l’un des points les plus pittoresques du Haut Saint-Emilion) et réparti sur trois communes : Saint-Christophe des Bardes, Saint-Etienne de Lisse et Saint-Hippolyte.

La nature du sol  argilo-calcaire sur socle calcaire à astéries, avec présence localisée de crasse de fer et molasses sur côtes et pieds de côtes convient admirablement au merlot (77 %) avec 14 % de cabernet franc et 9 % de cabernet sauvignon. Le rendement s’échelonne entre 30 et 40 hl/ha. Les vignes (moyenne d’âge  30 ans) sont travaillées dans le respect de la nature : enherbement total maîtrisé, ébourgeonnage, effeuillage, vendanges vertes si nécessaire, vendanges manuelles en petites cagettes, tri sur table avant et après éraflage. Pour la vinification on procède à une sélection parcellaire par terroir, par cépage et l’âge des vignes avec une mise en cuves bois de petite capacité (75 hl) par gravité ; puis par une macération pré-fermentaire de 4 à 8 jours à 10°, avec pigeages entièrement manuels. La durée de macération pour le merlot est de 28 à 32 jours, les cabernets de 26 à 28 jours. Enfin, l’écoulage est direct par gravité, sans pompage, en barriques neuves à 55 % et 45 % en barriques de un vin. Bernard Magrez s’est adjoint les conseils de Jean Cordeau sur le plan technologique et cultural et de Michel Rolland pour le suivi de la vinification.

  • La production annuelle est d’environ 300 000 bouteilles.
  • Second vin : Cadran de Fombrauge
  • Troisième vin : Château Maurens.

Autres vins :

  • Magrez-Fombrauge. Il a les caractéristiques d’un vin dit de garage. Il provient d’une parcelle de 2,4 ha de vieilles vignes (80 % merlot et 20 % cabernet Franc) vinifiée avec soin. Rendement 15 à 20 hl/ha.
  • Château Fombrauge (blanc) en AOC Bordeaux blanc : 40 % sauvignon blanc, 20 % sauvignon gris, 40 % sémillon.

Les trois familles qui marquèrent Fombrauge

Fombrauge vient de deux mots, fons et brogiera (source entourée de bruyères et buissons), origine qui se manifeste d’ailleurs par la présence d’un lavoir (classé) au cœur du vignoble. Les premiers écrits où apparaît Fombrauge remontent à la fin de la guerre de cent ans. Mais la présence humaine est attestée sur le site par la découverte en réaménageant le vignoble, de vestiges archéologiques dont le squelette d’un adolescent retrouvé presque intact datant de l’âge du fer (à voir dans le musée du château). Trois familles vont marquer l’histoire du château. C’est d’abord celle d’un écuyer, Jacques de Canolle se déclarant seigneur de Fombrauge qui acquiert la propriété en 1466 et dont la famille sera anoblie.

Un pionnier de la viticulture moderne

Quand en 1691, Marie Anne de Canolle apporte en dot le domaine à son mari, Jacques Dumas, on sait déjà qu’il y a des vignes sur la propriété. Un cadran solaire, exposé à Fombrauge et daté de 1679, témoigne également de la curiosité des Canolle de Lescours pour les avancées scientifiques de leur temps. Les Dumas de Fombrauge feront beaucoup pour le domaine. Un de ses membres, le conseiller Dumas en 1760, crée un club qui devient une école d’application pour l’agriculture. Il met en pratique, en matière d’encépagement, de travail de la vigne, de sélections de parcelles et de vinification, les techniques les plus modernes et souvent de manière expérimentale. Le succès est au rendez-vous puisque Fombrauge dont les vins sont principalement commercialisés en Angleterre, en Hollande et en Allemagne fait partie des 10 crus de Saint-Emilion qui bénéficient à l’époque d’une certaine notoriété. Au cours du XIXème siècle, le domaine passe aux mains de Ferdinand de Taffard (le cru obtient la médaille d’or à l’exposition universelle de Paris en 1867) pour se retrouver en 1936 dans les mains de la famille Bygodt. De gros investissements sont alors consentis afin de moderniser les chais, sélectionner les parcelles et réduire les rendements. En 1987, le château est vendu à une grande maison de négoce danoise. Pendant 12 ans, les vins sont exportés exclusivement sur le marché scandinave, tombant malheureusement dans un quasi oubli sur le marché français. En 1999, Fombrauge est acquis par Bernard Magrez. La propriété porte, désormais, le nom de Magrez-Fombrauge.

Une chartreuse en guise de château

Le château date de la fin de la guerre de cent ans. Il a été bâti aux alentours de 1453, sous Charles VII, quelques années après la mort de Jeanne d’Arc (1431). Il se présente comme une belle chartreuse (à l’origine un cloître de Chartreux) entourée d’un parc classé, orné d’arbres centenaires. La chartreuse a en quelques années été entièrement  restaurée et aménagée et les jardins recomposés. Pour se rappeler que la famille Dumas de Fombrauge en fit au XVIIIe siècle une véritable école d’application pour la viticulture et de l’agriculture, subsiste dans le parc quelques oliviers vénérables dont Venise (1200 ans), Charles Martel (1279 ans), et Marc Aurèle (1850 ans).

L’empreinte de Bernard Magrez

En à peine quinze ans, Bernard Magrez a redonné à Fombrauge tout son prestige perdu avec comme seul mot d’ordre : préserver et valoriser le terroir. Un travail considérable a été mené dans les vignes avec plantations et palissage. La propriété s’est équipée d’un nouveau cuvier, 16 cuves en bois tronconique complétées par 7 cuves inox thermo-régulées et 8 cuves béton nouvelle génération. C’est par cet équipement qu’il est maintenant possible de faire une vinification sur mesure en fonction de sélections parcellaires pointues.

L’homme au quarante vignobles

Aujourd’hui, Bernard Magrez (né en 1936) est à la tête de 40 vignobles en France et dans le monde soit 950 ha. Sans doute retire-t-il une certaine fierté de voir son château Fombrauge accéder (enfin !) au rang de grand cru classé (septembre 2012) mais précisons qu’il possède également trois autres grands crus classés : château Pape-Clément (Cru Classé de Graves rouge), Tour Carnet (Haut-Médoc Quatrième Cru Classé) et dernier de cette liste acquis en octobre 2012, château Clos Haut-Peyraguey (Premier Cru Classé de Sauternes) faisant de lui l’un des très rares propriétaires ayant autant de crus classés. En 2012, Il s’est également porté acquéreur coup sur coup de château Rochâteau Malleprat à Pessac-Léognan (14 ha) et château Moulin d’Ulysse à Listrac dans le Médoc (11ha). En 2011, il vendait 4,5 millions de bouteilles dont 1 millions de bouteilles de grands crus. Son groupe réalise 50 m d’€ de CA. Avec un montant estimé à 525 M d’€, Bernard Magrez est d’après le magazine Challenge, la 102 e fortune de France en 2013.

Six stradivarius pour un château classé

L’événement serait-il à la hauteur du classement (ou inversement) ? Un concert exceptionnel inédit à l’Opéra de Bordeaux  fin septembre 2012 : six Stradivarius dont cinq appartenant à l’Etat Russe, joués par les solistes du Conservatoire de Moscou et le sixième, le Stradivarius Château Fombrauge, confié à Matthieu Arama pour un concert hommage au grand luthier italien. Un concert à l’initiative de Bernard Magrez pour célébrer le classement de son Château Fombrauge. Quelle classe !