Soutard (château Soutard) Saint-Emilion Grand Cru classé (confirmé en 2012) Bordeaux, vin rouge : d’abord, une surprise ! A l’annonce du classement des grands crus de Saint-Emilion rendu publique en septembre 2012, château Cadet-Piola, voisin et affidé n’apparaît plus. Il y figurait pourtant depuis 1955. La raison est que Cadet-Piola a tout simplement fusionné avec château Soutard. Volonté du propriétaire, l’assureur AG2R La Mondiale*, assurément ! Il est déjà propriétaire des châteaux Larmande (depuis 1990) et Grand Faurie La Rose (depuis 2005), deux vignobles contigus. Mais surtout, avec l’appui de Cadet-Piola (acquis en 2009), il  vise l’année 2022, mettant tout en œuvre pour que château Soutard, fleuron de sa flotte,  devienne, lors du prochain classement (il a lieu tous les dix ans) Premier Grand Cru Classé de Saint-Émilion.

*Avec quatre crus, dont trois crus classés à Saint-Emilion, La Mondiale totalise aujourd’hui  près de 60 ha de vignes, ce qui en fait l’un des plus importants viticulteurs de la cité historique. Rappelons qu’avec 8 millions d’assurés, AG2R La Mondiale est le huitième assureur de personnes en France.

A l’ombre du clocher de Saint-Emilion

Soutard, à l’ombre du clocher de Saint-Emilion occupe le milieu de ce fameux plateau calcaire, point de rencontre de tous les grands crus de Saint-Emilion. Son domaine s’étend sur 27 ha dont 22 ha de vignes d’un seul tenant aux contours inchangés depuis plus d’un siècle. Mais le cœur du vignoble est assurément son château orienté nord-sud et flanqué de deux corps de ferme. Construit en 1762 et dominant la vallée avoisinante, il est de par sa taille, très atypique de la région.

Les 3 composantes du vignoble

  • 16 ha (soit 70 %) sont sur le plateau composé d’une roche calcaire recouverte d’une mince pellicule de terre;
  • 4 ha se trouvent en pied de Côte sur un sol argilo-sableux, un terroir plus adapté au cabernet franc.
  • 2 ha sur le coteau argilo-calcaire.

Omniprésence du merlot

Sur ce sol calcaire, le merlot domine avec 70% des surfaces plantées, complété de 30 % de cabernet franc. D’ailleurs fut entrepris depuis 2006, un vaste programme d’analyses de sols conduit par Claire Thomas-Chenard*, directrice d’exploitations et œnologue  pour mieux comprendre les différences de comportement entre les parcelles.

* Claire Thomas-Chenard est la fille d’une famille d’ingénieurs chimistes et d’oenologues depuis quatre générations. Elle n’est pas la seule femme à Soutard puisqu’elle est secondée par Véronique Corporandy, maitre de chai du château et Aymone Fabre, responsable de la communication.

En agriculture biologique

A Soutard est appliquée une agriculture raisonnée en bio qui ne fait appel qu’à des produits agréés en agriculture biologique, complétée par l’expérimentation depuis 2010, de 12 ha (répartis entre les châteaux Soutard et Cadet-Piola) travaillés en biodynamie. Pour l’élevage, le domaine a retenu une ligne ambitieuse. À chaque millésime, 70% du vin passe dans des barriques neuves fournies par sept tonneliers différents. Une chauffe moyenne des douelles est demandée pour assurer le mariage délicat entre le chêne et le vin. En aucun cas, le bois neuf ne doit marquer le vin. C’est à la fin de l’élevage, au bout de 18 mois qu’ont lieu les assemblages, les vins sont remis en cuve pendant quelques mois avant la mise en bouteilles. L’ambition est ici affirmée sans détour : tout pour que  château Soutard  se hisse sur la première marche  du prochain classement (en 2022).

  • La production est de 85 000 bouteille en année moyenne.
  • Second vin : Jardin de Soutard dont la production s’élève à 25 000 bouteilles.

Un château grandiose

Les premières traces écrites de l’existence du domaine remonte au début du XVIe siècle, une propriété qui portait alors le nom de Mayne de Soutard. Il s’agissait d’un bourdieu (mot gascon) constitué autour d’une ferme et d’un moulin avec sans doute de la vigne. Mais le vrai départ de Soutard commence avec Jean Coutures, bourgeois et Jurat de Saint-Émilion qui achète la propriété en 1699. Sa descendance va bâtir la réussite et la renommée du château. On doit à sa fille sa construction. Elle sera magistrale, à la hauteur de ses ambitions.

Il innove en plantant en rang

Son fils, Jean Cambret de Faurie va poursuivre l’oeuvre de sa mère Marie en créant le parc d’agrément et en bâtissant les dépendances. Mais il laisse surtout le souvenir d’un grand vigneron et d’un remarquable ingénieur agricole. Retrouvant des vieilles méthodes de culture romaines, il fait creuser des sillons dans la pierre calcaire pour y planter de la vigne. Il sera surtout l’ardent promoteur de la vigne plantée en rangs. Il faut dire qu’à cette époque, les pieds de vignes n’étaient pas alignés, ils étaient plantés en foule et poussaient de façon anarchique.

Au XIXe siècle, Jean Laveau, un grand viticulteur rachète la propriété et marquera l’histoire de Saint-Emilion durant un quart de siècle. À sa mort, Jeanne du Foussat de Bogeron hérite et apporte Soutard en dot lorsqu’elle épouse Michel des Ligneris en 1919. La descendance de cet ingénieur agronome gouvernera les destinées de la propriété jusqu’en 2006.

Acquis par un assureur

Château Soutard est acquis en 2006 par l’assureur La Mondiale, déjà propriétaire des Châteaux Larmande (Grand Cru Classé) et Grand Faurie La Rose (Grand Cru), deux vignobles contigus. La Mondiale a également acquis le château Cadet Piola, un autre vignoble voisin, qui appartenait à la famille Jabiol. Depuis d’important travaux ont été entrepris à Soutard. Les deux ailes de bâtiments qui prolongent le château ont été entièrement repensées par Fabien Pédelaborde, un architecte bordelais.

Une exceptionnelle rénovation

Ici, un maître mot : raffinement et efficacité : chai-cuvier entièrement neuf, partout béton ciré, inox brossé, treillis métalliques et bois qui se marient avec la technologie et l’œnologie. D’ailleurs château Soutard s’affirme désormais comme un lieu ouvert. Recevoir du monde, faire partager un art de vivre, découvrir la réalité d’un château bordelais, programme qui intéressera bien des amateurs.