Château Tertre Daugay, Saint-Emilion Grand Cru classé (2012) Bordeaux, vin rouge : Quand Tertre Daugay devient Quintus, beau titre pour un roman ! Ainsi, d’un trait de plume, le nom Tertre Dauguay est sorti (officieusement) de la prestigieuse liste des Saint-Emilion grands crus classés, non pour avoir failli, bien au contraire, mais pour avoir changé de propriétaire. Il est vrai que le château avait été déclassé en 2006*. Sa réintégration au classement 2012 confirmait les efforts consentis par l’ancien propriétaire, la famille de Malet Roquefort qui venait de rénover cuviers et chais à barriques et confié le suivi de la propriété à Stéphane Derenoncourt.

* Comme les autres recalés de 2006, le château pouvait toujours se prévaloir d’un classement sur l’étiquette jusqu’au millésime 2011 (après une intervention législative).

La règle par cinq

Mais nouveau propriétaire signifie nouvelle philosophie et nouveau nom qui s’imprime maintenant sur les étiquettes, château Quintus*!

Quintus pour V, prénom du cinquième enfant de ces familles gallo-romaines qui furent à l’origine des premiers vignobles de Saint-Emilion ; Quintus, pour le cinquième vin du Domaine Clarence Dillon (châteaux Haut-Brion La Mission Haut-Brion, blanc, rouge), nouveau propriétaire de Tertre Daugay  depuis 2011 ;  enfin, Quintus  comme la forme V du chiffre romain qui caractérise la position géographique des coteaux et des parcelles semblant s’incliner face au ciel comme pour quémander sa complicité. Rajoutons pour la petite histoire qu’il y eut sur la propriété divisée alors, et au fil des successions, un château qui en 1929 changea de nom. Il passa de château Tertre de Daugay pour devenir château Quintus de Vassal (prémonitoire !).

*Depuis février 2012.

La belle endormie !

Comment décrire ce que Jean-Philippe Delmas, à la tête des Haut-Brion et en charge du rachat du château Tertre Daugay, qualifiait de beau terroir et d’une endormie au fort potentiel ? Le lieu est vraiment exceptionnel, un véritable promontoire à l’extrémité du plateau de Saint-Emilion face à la vallée de la Dordogne avec un panorama qui s’étend à perte de vue. Pas étonnant qu’au Moyen Âge, s’élevait ici une tour de guet (d’ailleurs daugay en gascon signifie guet) qui servait à prévenir la population du moindre danger. L’originalité de ce microclimat de 17 ha tient à sa diversité en termes de sols, pentes et orientations. L’encépagement est à majorité merlot (60 %) pour 40 % de cabernet franc avec un âge moyen des vignes de 25 ans. Le sol est réparti en majorité sur des coteaux argilo-calcaire et des plateaux calcaires. Les méthodes culturales sont traditionnelles et conjuguent le travail du sol et l’enherbement naturel suivant les parcelles et les expositions. Les vignes sont taillées en guyot double avec des fenêtres pour mieux exposer et aérer la vendange. La vendange est cueillie manuellement et réceptionnée sur une table vibrante. La méthode de vinification, à la fois moderne et traditionnelle, se fait en cuves inox avec une extraction douce menée par remontages ou pigeages. La fermentation malolactique a lieu en barriques neuves et en cuves inox. L’élevage se déroule en barriques neuves et d’un vin pendant 12 à 14 mois.

  • La production annuelle est d’environ 70 000 bouteilles par an.
  • Second vin : Le Dragon de Quintus (à partir du millésime 2011)

Rappelons qu’avant le changement de nom, Tertre Daugay produisait :

  • Château de Roquefort (Saint-Emilion Grand Cru)
  • Château Haut Daugay (Saint-Emilion Grand Cru)

Les nouveaux vignobles du Prince

C’est un domaine fort ancien qui appartint à la famille Alezais durant plus de 150 ans (jusqu’en 1868). Au début du XXe siècle, il portait le nom de château Le Tertre de Daugay. Il fut divisé et se réunifia  sous le nom de Tertre Daugay après la Seconde Guerre mondiale. En 1955, il sera classé dès le premier classement des grands crus de Saint-Emilion. En 1978, Tertre Daugay est racheté par le comte Léo de Malet Roquefort, propriétaire du château la Gaffelière, associé à parts égales à l’Union française de gestion (UFG) lors d’une vente aux enchères à la bougie. Mais en 2007 l’UFG cèdera  sa participation (50 %) à un investisseur américain. En juin 2011, le domaine est repris par la société Domaine Clarence Dillon qui de ses vignobles de Graves franchit la Garonne et prend donc pied à Saint-Émilion. Il faut dire que  la famille de Malet Roquefort était en recherche d’un partenaire pour remplacer son associé américain souhaitant se désengager. A défaut de partenaire, le château trouva repreneur : le Domaine Clarence Dillon présidée par le prince Robert de Luxembourg, prestigieuse société qui réunit les châteaux Haut-Brion, la Mission Haut-Brion (Pessac Léognan) et une activité de négoce. A la manœuvre aujourd’hui, Jean-Philippe Delmas et une première victoire (V) pour son Quintus classé !