CIVC (comité interprofessionnel du vin de Champagne) : voici une organisation interprofessionnelle (organisme semi-public) qui tient la gageure de faire cohabiter les vignerons détenteurs de 90 % du vignoble et les maisons de Champagne qui représentent les deux tiers des expéditions. Il faut dire que l’enjeu est colossal  avec 34 300 ha de vignes recensés, 1,2 milliard de bouteilles en stock et des ventes annuelles qui tournent autour de 330 millions de bouteilles. On estime la valeur de l’appellation Champagne à environ 70 milliards d’€ (supérieur à celui de tous les autres vins en France et dans le monde).

L’intérêt commun des vignerons et des négociants

Le CIVC fut l’un des premiers à avoir été créé en 1941 par le législateur (il a fêté ses 70 ans en 2011). C’est une organisation qui gère les intérêts communs des vignerons et des négociants producteurs du vin de Champagne. Il œuvre en faveur de la vigne et du vin par des actions économiques, techniques et environnementales (interdiction des gadoues, des traitements aériens par hélicoptère par exemple). Il travaille aussi pour le progrès qualitatif, l’organisation de la filière, la communication, le développement de la notoriété et de la protection de l’appellation partout dans le monde. Ce comité interprofessionnel a pour directeur général depuis 2004, Jean-Luc Barbier et comme co-présidents de l’interprofession, Ghislain de Montgolfier et Pascal Férat.

Son  action technique

Son champ d’action est immense. Il porte sur des travaux de viticulture et d’œnologie (lutte antiparasitaire, gelée et grêle, climatologie, microbiologie, etc.). Il aide à vulgarisation des meilleures méthodes culturales, à la sélection des porte-greffes et des  greffons, aux traitements raisonnés, au respect de l’environnement, au zonage du vignoble. Il participe à des programmes nationaux de recherche dans le domaine du vin. Il assure une assistance technique aux vignerons et prodigue une aide permanente aux vinificateurs par analyses et consultations.

Son action dans le domaine économique

En plus d’établir des statistiques, des études des marchés d’exportation, de la documentation générale, de la délivrance de certificats d’origine pour les expéditions en dehors de l’Union européenne, le CIVC doit résoudre ce difficile problème lié au Champagne : comment concilier des récoltes irrégulières, dont le volume varie parfois du simple au triple, et les besoins d’approvisionnement plus stables des Maisons de Champagne (les transformateurs) ?

Auparavant les récoltes en dents de scie entraînaient des cours en dents de scie pour le prix des raisins et des vins. Pour remédier à cette situation, le comité assure la transparence du marché en enregistrant les transactions qui ont lieu au moment des vendanges en volumes et en prix. Et pour assurer cette totale transparence, le comité gère le casier viticole, les droits de plantation, les déclarations de récolte et de stocks, les mouvements de vins et les expéditions.

Son action en terme de protection et de communication

Le nom Champagne est copié dans certains pays pour désigner des vins mousseux. Pour lutter contre le fléau de la contrefaçon, des actions conjuguées du comité Champagne et de l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) ont permis de protéger l’appellation Champagne en Europe, au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Chine, au Brésil… Pour la petite histoire, la première décision judiciaire a été prononcée par le Tribunal correctionnel de Tours en 1844. Elle précisait que seuls peuvent être dénommés Champagne les vins provenant de raisins récoltés dans la région de Champagne et entièrement élaborés à l’intérieur de cette région.

Pour lutter contre le fléau de la contrefaçon

Il faut savoir qu’aujourd’hui, le CIVC consacre chaque année environ 2 millions d’€ (10 % de ses dépenses totales) pour la protection de l’appellation Champagne avec un service dédié, regroupant 6 personnes. Cette action de protection peut s’appuyer sur un réseau de 14 Bureaux du Champagne qui relaie l’action interprofessionnelle dans les principaux marchés, notamment les pays émergents comme la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil. Enfin, un chiffre étonnant ! Le CIVC fait appel aujourd’hui à environ 70 cabinets d’avocats dans le monde pour défendre l’image du Champagne.

A la Maison Blanche, les bulles de la discorde

Korbel Natural, Special Inaugural Cuvée Champagne, California. C’est par cette cuvée que le 21 janvier 2013, le président américain Barack Obama fêtait le début de son second mandat à la Maison Blanche. Un Champagne qui eut bien du mal à passer auprès du CIVC. Interrogé par l’AFP, Sam Heitner, le directeur du bureau de Washington du CIVC a expliqué que la loi (aux Etats-Unis) permet aux producteurs qui utilisaient le mot champagne avant 2006 de continuer à le faire, mais ils doivent dire champagne de Californie ou champagne américain ou champagne de New York. Précisons qu’en 2011, environ 30 millions de bouteilles de vins mousseux étaient étiquetées American Champagne ou California Champagne.

La candidature de la Champagne à l’Unesco

Aux actions juridiques, s’ajoutent des programmes d’information institutionnelle et des programmes pédagogiques destinés à faire comprendre au public qu’il n’est Champagne que de la Champagne. Le département Communication et Appellation organise des manifestations ciblées pour les professionnels du vin, les journalistes ou les enseignants. Il gère le site internet www.champagne.fr et organise des visites pour les journalistes ou groupes de professionnels. Enfin, au terme de six années de préparation, le dossier de candidature à l’inscription des Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au Patrimoine mondial de l’Unesco, est aujourd’hui finalisé. Réponse au cours de l’année 2013 !

Comment le CIVC est-il financé ?

Il est tout simplement autorisé à prélever des contributions professionnelles obligatoires sur ses ressortissants en vue de couvrir ses frais de gestion et aussi pour la réalisation de tout but d’intérêt interprofessionnel. Deux types de contribution sont perçus :

1/Une redevance de vendanges rattachée aux quantités récoltées, dont une partie est à la charge des vignerons et l’autre à la charge des négociants acheteurs.

2/Une redevance sur les bouteilles expédiées.

Ces ressources sont collectées directement par le comité auprès de ses ressortissants. Recettes et dépenses sont de l’ordre de 19 millions d’€ par an.