Climat, changement climatique : de toute façon, quoi qu’il arrive, à la fin du siècle, la terre aura pris 1°C de plus. Tel a été la conclusion du récent colloque sur le réchauffement climatique et le vignoble organisé par la chaire Unesco Vin et Culture, à Dijon. Bernard Ganichot, un œnologue rhodanien a calculé que depuis 1945, les vendanges notamment dans le Médoc et les Côtes du Rhône ont été avancées d’environ 1 mois.

Il faut savoir que 1°C de variation équivaut à un décalage climatique de 200 km plus au nord. Ce degré supplémentaire du essentiellement à l’effet de serre est  attendu avant la moitié du siècle. Ainsi, a-t-il été calculé qu’il fera le même temps à Colmar en Alsace qu’à Lyon et que vers 2060 cette ville subira la même météo qu’à Montpellier. Chablis en Bourgogne bénéficiera du climat de Mâcon et Bordeaux de celui d’Avignon.

Des étés toujours plus secs, des hivers pluvieux et doux sont-ils bons pour la vigne ? Sans aucun doute ! Les bourgeons vont éclore plus tôt et les raisins mûrir plus vite. Personne ne s’en plaindra chez les producteurs de vins rouges surtout si en juin, à la floraison de la vigne, la météo est clémente. Quant aux champenois et aux alsaciens pour qui acidité signifie climat frais, beaucoup de questions se posent pour leur avenir. Le degré d’alcool à la cueillette des raisins est passé ces dernières années de 9 à 10° en Champagne. Le niveau d’acidité est en baisse mais il est encore convenable. En contre partie, les raisins sont plus mûrs ce qui signifient plus d’arômes, donc des vins de meilleure qualité. Finis donc ces vins herbacés qui se rencontraient encore dans les années 1970 et 1980 !

L’Alsace, une terre à vins rouges !

Aujourd’hui les vins explosent en concentration pour la plus grande satisfaction des consommateurs. Mais si Bordeaux fait les meilleurs vins du monde, c’est aussi parce que le climat est tempéré. Avec un réchauffement continuel, les rendements vont baisser à l’unisson de la finesse de ces vins légendaires.

On a aussi tout lieu de penser que l’Alsace deviendra un grand terroir pour le vin rouge mais qu’il sera de plus en plus difficile à la Bourgogne de continuer à vinifier de grands vins blancs.

Hors Europe, la situation risque d’être catastrophique pour l’Afrique du Sud et l’Australie où il ne sera pratiquement plus possible de produire des vins à leurs niveaux actuels (à l’exception de quelques secteurs). Quant aux Etats-Unis, la Californie va perdre sa suprématie sur les vins haut de gamme au profit d’autres Etats situés plus au nord comme l’Oregon ou l’État de New York.

Partout on privilégiera les versants nord et l’altitude. Il faudra sans doute également choisir de nouveaux cépages plus tardifs ou des clones mieux adaptés au climat chaud.

Voici donc  le grand défi de ces prochaines années en sachant que, lorsqu’un vigneron plante aujourd’hui, c’est pour quarante ans, voire plus.