Les Côtes du Rhône sur 200 km entre Vienne et Avignon, éclipseraient-elles l’amont de ce grand fleuve et sa longue descente des glaciers alpins vers les terres chaudes de Provence ? Le Rhône n’accorde en effet son nom à des vins qu’une fois passé Lyon, lorsque, renforcé par la Saône, il s’est en quelque sorte adjoint la Bourgogne. Là, ses vignobles atteignent leur plénitude dans le fameux sillon rhodanien entre le Massif Central et les Pré-alpes.

Des vins si riches, si pleins, si généreux

Jamais les vins du Rhône n’ont été si riches, si pleins, si généreux. Face à Vienne, sur les rives granitiques escarpées et frappées par le soleil, ils exultent. Ils donnent la Côte Rôtie, la plus prestigieuse appellation, aux allures d’un amphithéâtre dont la scène serait le fleuve et les gradins une succession d’étroites terrasses occupées par la vigne. Mais puisque ici rien n’est trop exceptionnel, cette première étape s’achève par deux vins blancs superbes nés d’un unique cépage, le viognier : le Condrieu et, plus rare encore, le Château Grillet. En restant sur la même rive, viennent ensuite Saint-Joseph, Cornas et, face à Valence, Saint-Péray. Une fois le fleuve traversé, on pénètre dans la Drôme par Crozes-Hermitage, le plus vaste vignoble de la partie septentrionale des Côtes du Rhône, jouxtant les imposants coteaux d’Hermitage produisant des vins charnus et vigoureux.

A Montélimar, le vignoble bascule côté Méditerranée

Jusqu’à Valence, la vigne jouit d’un climat tempéré sous influence continentale. Elle prospère sur des terrains assez homogènes dominés par le granit et le schiste où chaque cru provient d’un cépage unique, la syrah pour les vins rouges, le marsanne et le roussanne pour les blancs. Au sud de Montélimar, le vignoble bascule côté Méditerranée, faisant passer les Côtes du Rhône dans leur partie méridionale. Le relief s’est adouci. Le sol, beaucoup plus varié, est à base de substrats calcaires et de sable où abondent alluvions graveleuses et cailloux. Aujourd’hui encore, tout oppose les deux secteurs. Si la partie septentrionale s’appuie sur le prestige de ses huit crus et l’homogénéité de son vignoble, la partie méridionale a pour elle de fournir le gros de la production en Côtes du Rhône et Côtes du Rhône-Villages ainsi qu’une myriade de vins souvent excellents, mais sans grande unité. En quelques années, la qualité s’est considérablement améliorée, aidée par une réglementation qui incite les vignerons à sortir de l’ornière des vins ordinaires.

Les appellations Côtes du Rhône

  • Côtes du Rhône régionale
  • Côtes du Rhône-Villages (plus de cents communes réparties entre l’Ardèche, la Drôme, le Gard et le Vaucluse).

Les 15 grands crus des Côtes du Rhône

Ils possèdent tous une identité très marquée. Leur qualité d’expression leur fait souvent atteindre les sommets. L’ancienneté et leur renommée, en font des vins de légende.

Dans le vignoble septentrional :

  • Côte-Rôtie
  • Condrieu
  • Château Grillet
  • Saint-Joseph
  • Cornas
  • Saint-Péray
  • Hermitage
  • Crozes-Hermitage

Dans le vignoble méridional :

  • Beaumes de Venise
  • Châteauneuf-du-Pape
  • Gigondas
  • Vacqueyras
  • Tavel
  • Lirac
  • Vinsobres
  • Rasteau

Les appellations périphériques

  • Châtillon en Diois (Drôme)
  • Clairette de Die (Drôme)
  • Coteaux  de Die (Drôme)
  • Crémant de Die (Drôme)
  • Grignan les Adhémar (ex Coteaux du Tricastin) (Drôme)
  • Côtes du Vivarais (Ardèche et Gard)
  • Muscat de  Beaumes (Vaucluse)
  • Luberon (Vaucluse)
  • Rasteau (Vaucluse)
  • Ventoux (Vaucluse)

Les caractéristiques des Côtes du Rhône

Ici, le monocépage, fruit des grands Bourgognes ou des Beaujolais, n’est plus complètement de mise. La qualité «exige » souvent plusieurs cépages, jusqu’à treize pour un Châteauneuf-du-Pape. À la base, le grenache donne du tannin, du corps, de l’alcool et des arômes. La syrah procure son parfum et son aptitude à bien vieillir, et le cinsault, apporte sa délicatesse et sa légèreté. Les vignerons des Côtes du Rhône partagent leur indéfectible fidélité à la syrah (appelé serine), qui, originalité de ce grand vignoble, est l’unique cépage de tous les grands vins rouges de la partie septentrionale des Côtes du Rhône.

Les principaux cépages des Côtes du Rhône

Pour les vins rouges et rosés :

  • grenache
  • syrah
  • cinsault
  • mourvèdre
  • carignan
  • counoise

Pour les vins blancs :

  • grenache blanc
  • clairette
  • bourboulenc
  • marsanne
  • moussanne
  • viognier

Petite histoire des vins des Côtes du Rhône

De Pline l’Ancien au poète Martial, nombreux furent les auteurs latins à célébrer la Vienne vineuse, capitale des Allobroges. De Vienne, colonisée par Tibère, la vigne s’étendit à Lyon, ville préférée de Marc Aurèle. Au Moyen Age, les papes d’Avignon (1309 à 1376) donnèrent aux vins du Rhône leur premier grand développement européen. En 1573, Nicolas de Nicolaÿ dénombra soixante-dix-sept paroisses vineuses établies le long du Rhône. Mais il fallut attendre 1731 pour que le nom Costes de Rhône apparaisse dans un arrêt royal précisant les conditions de récolte, de vinification, de mise en fûts et d’emballage des vins de la commune de Roquemaure (Gard). C’était, en quelque sorte avant la lettre, le premier système d’appellation.

Au XIXe siècle, la région innova encore en individualisant chaque bouteille par une étiquette. Si le phylloxéra porta un coup terrible au vignoble, les Côtes du Rhône s’en trouvèrent renforcées, prêtes à affronter les problèmes de la qualité. Un nom est intimement lié à cette lutte, celui du baron Le Roy de Boiseaumarié, qui fut le principal artisan en France des lois sur les appellations d’origine. Il les appliqua à sa région et, dès 1937, les Côtes du Rhône furent le premier terroir à être classé en AOC.

Le vignoble : homogénéité, prestige, qualité

Le vignoble septentrional des Côtes du Rhône

Homogénéité, prestige, qualité définissent mieux que tout le secteur septentrional des Côtes du Rhône. Le vignoble, qui s’étend de Vienne à Valence, est d’une surface modeste, pas plus de 1 700 ha, sur des pentes très escarpées, presque à l’aplomb du Rhône. L’homogénéité géologique et climatique est évidente ; une grande partie du vignoble est constituée de terrasses de pierres schisteuses « rôties » par le soleil, établies à l’à-pic du fleuve. Le sol est sableux, sec, maigre et acide. Le vignoble occupe la bordure granitique du Massif Central avec toutes sortes de granits, des granits à mica noir, des granits clairs établis sur des terrains sédimentaires (calcaire et marne). Partout la roche est en décomposition, donnant des sols sableux, graveleux et bien drainés, en somme tout ce qui convient à la vigne. Le prestige accompagne huit crus exceptionnels (voir plus haut). Ils donnent aux Côtes du Rhône le droit de rivaliser avec les plus grands vignobles du Bordelais ou de Bourgogne.

Le vignoble méridional des Côtes du Rhône

Entre Valence et le défilé de Donzère, les Côtes du Rhône s’offrent un interlude de 50 km sans vignes, avant de basculer définitivement dans la partie méridionale, l’aire méditerranéenne de la culture de l’olivier. Une fois passé la fameuse frontière climatique de Grignan, le vignoble va s’offrir quelques écarts à droite et à gauche jusqu’à se perdre à la périphérie de sa région, en Ardèche ou dans les Alpes de Haute-Provence. Le Gard, la Drôme et le Vaucluse sont au cœur des deux appellations régionales : Côtes du Rhône et Côtes du Rhône-Villages. Une dizaine d’autres appellations, beaucoup plus prestigieuses, viennent briller de tous leurs feux sur cette terre chaude qui respire la Provence. La plus connue de toutes est Châteauneuf-du-Pape dans le Comtat Venaissin, appelé le « vin des rois et le roi des vins » (il n’est pas le seul !). C’est le secteur le plus sec des Côtes du Rhône. L’ensoleillement est d’environ 2 800 heures par an. La chaleur, emmagasinée par les cailloux mélangés à de l’argile rouge sableuse dans la journée, est restituée la nuit, provoquant un effet de four.

La production

Avec 81 300 ha de superficie et 414 millions de bouteilles, la vallée du Rhône est le deuxième vignoble français après Bordeaux.

  • 49 % des surfaces sont consacrées à l’appellation régionale Côtes du Rhône ;
  • 13 % aux crus des Côtes du Rhône ;
  • 13 % aux Côtes du Rhône-Villages.

Les rendements des AOC sont parmi les plus bas en France (entre 30 et 60 hl/ha). Les vins rouges représentent 87 % de la production, les rosés 9 % et les blancs 4 %.