Sur Château Lafite, Guillaume Lawton* écrit en 1815 dans ses fameux carnets, prémices du classement officiel : Je l’ai classé comme possédant le plus d’élégance et de délicatesse et la sève la plus fine des trois (premiers crus). Il se fera mais quarante ans plus tard en 1855 à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris. Cette cote exceptionnelle, château Lafite, qui n’était pas encore Lafite-Rothschild, la maintiendra au dessus de celle de ses voisins, même les plus illustres. Pour preuve, ce millésime 1844 qui se vendit plus du double du prix atteint par Margaux ou Latour.

*Lawton était un courtier d’origine irlandaise installé à Bordeaux.

Une somme astronomique

Quand le baron James de Rothschild acquit Lafite le 8 août 1868, il lui fallut débourser la somme astronomique à l’époque, de 4 440 000 francs soit environ 11 millions d’€. Son cousin Nathaniel (de la branche anglaise) avait il est vrai acheté Mouton 15 ans auparavant. J’espère avec l’aide de Dieu que nous pourrons en boire ensemble écrit-il à ses neveux à Londres. Mais le baron mourut 3 mois après. Il ne put jamais se rendre à Lafite. Aujourd’hui, la cote de ce vin sans égal, à l’arôme légendaire d’amande, de violette et de cassis, léger et d’une texture d’une finesse transcendante est telle (millésime 2000 : 1631 €, 2005 : 977 €, 2008 : 757 €)* que pour le protéger des contrefaçons, il fallut faire appel à un code à bulle associé à un code alphanumérique apposé sur toutes les bouteilles depuis le millésime 2009 (procédé Prooftag). Détail important, ce code peut évidemment être authentifié par les clients !

*Millésime 1789 : 146 325 € (Wine-searcher)

Trois parcelles d’une incroyable qualité

Le vignoble de 103 ha sur un domaine de 178 ha se situe entre Le Pouyalet et Cos d’Estournel, en majeure partie sur la commune de Pauillac. Le château  bénéficie des croupes les plus pentues et du terroir sans doute le plus impressionnant de Pauillac. Il se partage en trois grandes parcelles sur un terroir constitué d’une épaisse couche de graves günziennes fines et profondes mêlées de sable éolien sur un socle argilo-calcaire du tertiaire. Sol idéal pour la vigne, le seul à assurer un drainage naturel efficace et une bonne garantie contre le stress hydrique en période de fortes chaleurs ! Lafite-Rothschild est donc la réunion d’abord de coteaux qui  entourent le château dont les vignes rampent jusqu’aux grilles de la propriété, puis contigu à l’ouest, il s’étend sur le plateau des Carruades (au XIXe siècle, les vins des Carruades étaient commercialisés séparément du Château Lafite) avec enfin une dernière parcelle de 4,5 ha sur la commune voisine de Saint-Estèphe. Ainsi pour la vinification, chaque parcelle est-elle traitée dans des cuves séparées pour garder cette identité du terroir sur lequel le raisin a mûri.

Jusqu’à 100 % de cabernet sauvignon

L’encépagement est dominé par 70 % de cabernet sauvignon et 25 % de merlot avec 3 % de cabernet franc et 2 % de petit verdot. L’âge moyen des vignes est de 38 ans dont une parcelle dite La Gravière fut plantée en 1886. Il faut dire que l’arrachage des ceps ne se fait qu’à contrecœur lorsqu’ils dépassent en général les 80 ans. Des vins qui sont de 80 à 95 % issus du cabernet sauvignon avec un pourcentage quelquefois supérieur : voir le millésimes 1994 en contenant 99 % (plus 1 % de petit verdot) jusqu’à 100 % pour le millésime 1961. Il faut savoir qu’à Lafite, seulement 35 % de la récolte sont réservés au grand vin. Le reste est destiné au second vin Carruades de Lafite dont l’assemblage est marqué par une proportion supérieure de merlot.

Sa propre tonnellerie

Au château, s’applique la stricte maîtrise des rendements, peu ou pas d’engrais mais des apports de fumier et des traitements phytosanitaires en dernier recours. La récolte des raisins est manuelle faite par une équipe de 250 vendangeurs. Les raisins triés sont ensuite conduits selon l’origine des parcelles, dans les différentes cuves thermo-régulées adaptées à leur taille. Lafite a en effet depuis 2010 affiné son dispositif par la construction de deux cuviers constitués de plusieurs dizaines de cuves de petites capacités et un cuvier dédié à la fermentation malolactique. Les vins sont ensuite mis dans des barriques provenant des ateliers de tonnellerie du domaine. C’est l’un des rares châteaux à posséder une tonnellerie à demeure avec Sylvain Guiet comme maître tonnelier. Elle fabrique chaque année 2400 barriques provenant de chênes de l’Allier ou de la Nièvre. L’élevage et le vieillissement durent de  18 à  20 mois en fûts de chêne neufs.

  • La production annuelle est estimée à environ 200 000 bouteilles.
  • Second vin : Carruades de Lafite.  Il présente des caractéristiques proches du grand vin avec une personnalité propre liée à une proportion supérieure de merlot dans sa composition (50 à 70 % cabernet sauvignon, 30 à 50 % merlot, 0 à 5 % cabernet franc et petit verdot) et à des parcelles désormais bien identifiées comme produisant des Carruades. L’origine du nom vient du plateau des Carruades, nom de lieu d’un ensemble de parcelles jouxtant la croupe du château et acquises en 1845 par le Château. Ce second vin s’est d’abord appelé Moulin des Carruades  puis Carruades de Lafite depuis les années 1980. La durée du vieillissement en fûts de chêne est de16 à 20 mois dont 80 % en barriques (10 % neuves). La production annuelle est d’environ 300 000 bouteilles.

Propriété de la banque Rothschild

Le domaine remonterait à un seigneur qui vécut sous le règne de Saint Louis (Louis IX). Le nom de Lafite (ou Laffitte) viendrait du vieux mot gascon hite qui signifie butte. Le vignoble qui  doubla sa surface entre 1670 et 1784 appartenait alors à la famille de Ségur. Nicolas-Alexandre de Ségur surnommé le prince des vignes possédait non seulement Lafite mais également Latour, Mouton et ce qui deviendra Calon-Ségur. Avant d’être pris dans la tourmente révolutionnaire, le château fut la propriété d’un richissime président du parlement de Bordeaux, Pierre de Pichard. La longue période de confusion qui s’en suivit s’acheva le 8 août 1868 lorsque château Lafite fut acheté par James de Rothschild. Il voulait Lafite à l’instar de beaucoup de banquiers entichés du Médoc (rien ne change !) mais aussi dit-on pour la simple raison que sa banque avait son siège rue Laffite à Paris. Le château n’a depuis plus quitté le giron familial. Il fut la propriété de la banque Rothschild et de ses barons successifs. En 1946, la gestion du domaine est confiée au baron Élie de Rothschild qui rebaptise Lafite en Lafite-Rothschild. Depuis 1975 cette tache est dévolue au Baron Eric qui se dit banquier par obligation mais vigneron par passion. Il forme avec son directeur du domaine Charles Chevallier, un duo qui ne cesse d’investir dans l’extrême perfection du vignoble et du vin. Derrière eux, une solide équipe est constituée de Régis Porfilet, chef de culture, et Christophe Congé,  l’oenologue maison, auquel se joignent Jacques Boissenot et son fils Éric, œnologues extérieurs qui suivent également Latour, Margaux et Mouton.

Le chai d’œuvre

Si le cousin et voisin Monton-Rothschild a choisi depuis 1945 de faire illustrer l’étiquette de chaque millésime par un grand peintre, le baron Eric a quant à lui initié en 1985 une démarche artistique associant Lafite à des photographes de talent parmi lesquels Jacques Henri Lartigue, Irving Penn, Robert Doisneau et Richard Avedon. Mais cette compétition artistique s’inscrit également dans la pierre. Eric de Rothschild qui venait d’arriver à la tête du château eut comme objectif premier de réaffirmer la suprématie de Lafite-Rothschild en faisant venir notamment le professeur Émile Peynaud auprès de lui et en accordant une plus grande attention aux assemblages.

Un chai circulaire et souterrain signé Ricardo Bofill

Quand il fallut remplacer les chais d’élevage devenus trop étroits, le baron opta (après appel d’offre) pour le grand architecte catalan Ricardo Bofill. Cette décision marquait l’une des premières collaborations entre le monde du vin et un architecte contemporain mondialement connu. Mais ce fut aussi une véritable révolution technique devenue référence : un chai octogonal de plus de 25 m de rayon qui plus est souterrain, très inhabituel dans la région. Tout le Bordelais se moqua Le baron est fou, un chai rond, le vin va tourner ! Ce chai est le premier au monde à rompre avec une organisation traditionnelle linéaire grâce à cette idée de stockage circulaire très fonctionnel. Il a ainsi été calculé que cette disposition pouvait faire économiser plus de 300 km de marche par an aux cavistes. La voûte est soutenue par 16 colonnes qui donnent à l’ensemble, un élan majestueux et aérien. La capacité du chai est de 2200 barriques. Il est destiné aux vins de seconde année. Sa partie centrale peut être utilisée pour les dégustations et les dîners de prestige.

Un vin de légende

Lafite a atteint aujourd’hui des sommets inouïs. Ne parlons pas de Parker qui n’en finit pas de décerner le maximum de ses points (100) au fil des millésimes (2003, 2000,1986, 1982 et 1953). A titre d’information, château Lafite-Rothschild recevait le prix du vin de Légende aux Wine Awards 2012 organisée par le célèbre magazine allemand Der Feinschmecker. Oui, décidemment lever son verre de Lafite, c’est déjà ne plus toucher terre s’exclamait Éric Deschodt dans son Lafite aux Éditions du Regard.

Les plus grands millésimes

1899, 1900,1926,1929, 1947 et 1949, 1959 et 1961, 1975, 1976 et 1982 1990, 1995, 1996, 2000, 2005.

Les Domaines Barons de Rothschild (Lafite) ou DBR

Depuis 1974, c’est le Baron Eric de Rothschild, la cinquième génération* des Rothschild à diriger Lafite qui a pris en mains la destinée des Domaines Barons de Rothschild (Lafite). DBR affichait en 2009 un résultat avant impôt de 70 m d’€, pour 81 m de chiffre d’affaires. Un groupe familial qui voit grand en visant notamment la Chine avec création d’un premier vignoble de 25 ha dans la péninsule du Shandong. Mais déjà c’est toute l’Asie qui intéresse le groupe.

*Avec les barons David, Edouard, Robert, Nathaniel et Benjamin de Rothschild, ses six autres actionnaires familiaux.

Les autres domaines bordelais

  • Château Duhart-Milon (quatrième grand cru classé en appellation Pauillac) : il s’étend quasiment d’un bloc du côté Ouest du Château Lafite Rothschild, sur le coteau de Milon qui prolonge le plateau des Carruades de Lafite. La propriété du Château Duhart-Milon comprend 76 ha de vignes. Les sols sont des graves fines mêlées à des sables éoliens sur un sous-sol de calcaire tertiaire
  • Château Rieussec (premier cru classé de Sauternes). Il s’étend à la jonction de Fargues et de Sauternes, il est contigu du Château d’Yquem. Rieussec est une des propriétés les plus importantes de Sauternes, les vignes couvrent 93 ha de terres de graves, feutrées de limons.
  • Château L’Évangile (Pomerol) : c’est par un de ces mystères de la géologie qu’au sud-est du plateau de Pomerol un curieux accident amène en surface un long trait de graves. Trois vignobles dont l’Evangile (16 ha) se partagent cette terre rare. Le Domaine occupe, en effet, une situation tout à fait privilégiée : il est bordé au nord par les vignes du château Pétrus et n’est séparé, au sud, de Cheval Blanc en Saint-Emilion que par une route secondaire.
  • Château Paradis Casseuil : le vignoble (23 ha) est situé sur les trois communes de Casseuil, Caudrot et Sainte-Foy-La-Longue dans l’appellation Entre-deux-Mers, à quelques kilomètres de Langon.
  • Château Peyre-Lebade (Haut-Médoc) : le vignoble de 55 ha est planté de merlot (64%), cabernet sauvignon (24%) et cabernet franc (12%).

 Autres domaines

  • Château d’Aussières (Corbières) : le vignoble de 167 ha est situé au sud de Narbonne sur les contreforts de Fontfroide. Les sols sont très peu profonds et caillouteux sur les hauts coteaux et sont plus sableux et profonds dans les plaines. Les blocs de grès rose affleurant contrarient les travaux mécaniques dans certaines parcelles.
  • Viña Los Vascos (Chili) : d’un seul tenant, le vignoble est situé à 34°30’ de latitude et 71°30’ de longitude, à 40 km de l’Océan Pacifique et 200 km au sud de Santiago. Avec ses 580 hectares, c’est l’un des plus grands vignobles de la vallée centrale de Colchagua, au pied du Mont Cañeten.
  •  Bodegas Caro (Argentine) : les Domaines Barons de Rothschild-Lafite et la famille Catena conduisent depuis le début du projet un effort majeur au niveau de la sélection des vignobles. L’objectif est de sélectionner les meilleurs terroirs capables de magnifier cette alliance du Malbec et du Cabernet Sauvignon.

Marques génériques (collection DBR)

Des gammes de vins plus accessibles destinés au quotidien.

  •  Légende
  •  Saga
  •  Réserve Spéciale.