Mourvèdre (cépage noir) : une origine très incertaine, peut-être espagnole sans doute par la consonance (Monastrell, Murviedro, dans la région de Valence) ou plus ancienne encore ? Aurait-il été introduit par les phéniciens, trois siècle avant J-C, dans le sud de la France ? Si le doute est encore permis, il a trouvé à coup sûr en Provence, à Bandol, sa terre d’enracinement devenant incontestablement le cépage star de cette appellation.

Dites Bandol, on vous répondra Mourvèdre

Ou l’inverse : dites Mourvèdre à un amateur de vin… et il vous répondra Bandol car ici en Bandol la particularité de la géologie et du microclimat constituent une niche écologique où s’épanouit sa forte personnalité. Regardons d’abord ce qu’en dit le catalogue des variétés « Cépage noir de troisième époque, à grappes moyennes à grosses, compactes, à grains moyens, sphériques, fleuris par une pruine abondante, à peau épaisse et à saveur âpre ».

Avec un tel pedigree, ce seigneur de Bandol, en près d’un siècle et demi est passé de l’ombre des reclus à la lumière des cépages phares, qu’on s’arrache (!) et qu’on plante à tout va, tout au moins en France, du Gard aux Pyrénées.

Les caprices d’une star

Ce bougre malgré son statut d’aujourd’hui, a pourtant bien des défauts. Alors qu’il était omniprésent sur une bonne partie du pourtour méditerranéen, la crise du phylloxera lui fut un temps fatale. On ne le replanta pas, essentiellement pour trois raisons : maturité trop tardive, mauvais rendement, et surtout rendement irrégulier. Il faut savoir qu’avec lui, la quantité de raisin peut varier du simple au triple d’une année à l’autre. S’il est capricieux, c’est aussi un grand sensible à pratiquement toutes les maladies majeures de la viticulture sauf la pourriture grise dont il est protégé par sa pellicule épaisse. Enfin, comment appréhender avec lui le moment propice des vendanges, quand cette pellicule fait obstacle par son épaisseur à toute information sur sa maturité. Pour conclure, ajoutons qu’il est intraitable sur des terroirs qui ne lui conviennent pas. Mais à Bandol, c’est le paradis ! Il rencontre là, son terroir de prédilection et le climat idéal qui lui permettent d’éviter au maximum les maladies tout en pouvant atteindre la maturité optimale en fin de saison. Deux atouts à cette réussite : un sol très pauvre, et la sècheresse estivale !

Il descend des collines vers la mer

Orienté plein sud, le terroir de Bandol regarde la mer et bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel de près de 3 000 heures par an. Dans un amphithéâtre naturel, le vignoble s’étage en restanques (terrasses). Ainsi, de restanques en restanques, la vigne descend des collines vers la Méditerranée : 350 m pour les parcelles les plus hautes qui dominent la mer et le Bec de l’Aigle, 100 m pour les parcelles les plus basses. Un amphithéâtre boisé protège le vignoble des épreuves climatiques. Le trait d’ensemble est l’aridité quasi minérale des terrains, sol peu fertiles, riches en calcaires et bien drainés. D’ailleurs, pour préserver ce caractère si propice au mourvèdre, les rédacteurs du décret de 1941 ont pris soin de ne délimiter en aire d’appellation que les terres en coteaux. Le rendement d’un bon Mourvèdre tourne autour de 35 hectolitres par hectare. Si le terroir est trop productif, il est préférable d’en faire un rosé.

Il est noir dans sa jeunesse

Ici, dans ces conditions, il donne des vins assez alcooliques et très colorés (jeune, il est presque noir), rudes, voire ingrats dans sa jeunesse, mais dotés d’une exceptionnelle aptitude à la garde du fait de son caractère tannique et de son pouvoir anti-oxydant. Il existe (et de plus en plus), des Bandol élaborés jusqu’à 70 % mourvèdre, cependant, l’assemblage avec d’autres cépages grenache, cinsault, ou plus marginalement syrah permet d’obtenir des vins plus souples et surtout, abordables plus tôt. Si dans sa prime jeunesse, il a tendance à se refermer (d’où s’en doute cette impression de dureté), seul, un élevage sous bois réussira à le calmer et à magnifier son potentiel qui est immense. Six ans, sept ans plus tard, le sal gosse est devenu un seigneur : robe brique sombre, un nez qui s’ouvre sur des notes mentholées, de buis, de cistes puis de fruits sauvages, airelles. C’est un vin qui est devenu franc, rond, souple avec une finale épicée de cuir, de cacao, et de girofle sur des tannins enrobés.

En France, on le cultive surtout en Provence, dans la vallée du Rhône et le Languedoc-Roussillon. Sa culture est en augmentation régulière. Elle est passée de 600 à 9 200 ha entre 1958 et aujourd’hui en Californie, ainsi qu’en Australie, on le nomme quelquefois mataro.