Château Trotanoy (trop anoi) trop d’ennuis ! Vieille expression gasconne qui, donnée à cette vigne, souligne la difficulté de cultiver un tel terroir. La proportion d’argile rend en effet le sol (surtout en été) dur comme de la pierre. Sur les 7,2 ha de vignes (90 % merlot et 10 % cabernet franc), on trouve un sol à la fois de graves sur argile et d’argiles noires profondes sur couche de crasse de fer. Mais quelle récompense ! Ces fameuses argiles noires gonflantes qui sans que l’eau de pluie ne stagne, agissent comme une éponge en la restituant lentement en période de sécheresse. Ce sont elles entre autres qui apportent la spécificité de ce vin, d’une intensité, d’une richesse, d’une opulence remarquable avec un nez très caractéristique de truffes et doté d’une grande régularité.

Château Trotanoy à Pomerol
Château Trotanoy à Pomerol. Un sol à la fois de graves sur argile et d’argiles noires profondes sur couche de crasse de fer

Petrus comme voisin

Sans conteste c’est l’un des Pomerol les plus recherchés par les amateurs du monde entier. Il faut dire que Trotanoy est admirablement situé sur les parties les mieux exposées du célèbre plateau, si proche de Petrus qu’il arrive de les confondre d’autant que Trotanoy est vinifié selon les mêmes méthodes que Petrus. L’âge moyen des vignes est de 40 ans. Elles sont cultivées de manière traditionnelle avec labours  réguliers, éclaircissage, effeuillage et un raisin cueilli en deux ou trois après-midi à maturité aromatique plus fraîche. Les fermentations s’opèrent en cuves ciment et le jeune vin est ensuite élevé (de 18 à 20 mois selon les millésimes) en barriques de chêne dont la moitié est renouvelée chaque année.

Production annuelle : 25 000 bouteilles (un vin non filtré avant sa mise en bouteille).

Carte Pomerol (Jean-Pierre Moueix)
Carte Pomerol (Jean-Pierre Moueix). Trotanoy voisin de Petrus

Jean-Claude Berrouet le vinificateur et l’oenologue de Petrus et de Trotanoy sur 44 millésimes

Depuis 1953, Trotanoy est la propriété des Établissements Jean-Pierre Moueix, le légendaire corrézien (mort en 2003 à 90 ans) à la tête d’une bonne partie de Pomerol (et d’une importante collection d’art moderne). En 1964, il embauchait un tout jeune homme d’origine basque Jean-Claude Berrouet  pour lui confier en tant que vinificateur et œnologue, Petrus et les différentes propriétés de la famille Moueix dont l’un de ses fleurons, le château Trotanoy. 44 millésimes après (et tout autant de succès), mission accomplie pour Jean-Claude Berrouet ! Il a pris sa retraite en 2007 (mais reste consultant), laissant son fils Olivier œuvrer à Petrus et Eric Murisasco, son second à Trotanoy notamment, en tant que directeur technique.

Trotanoy géré par Christian et Edouard (le fils) Moueix

L’origine du château Trotanoy remonte au XVIIe siècle. Il appartenait alors à la famille de Fontemoing négociant à Libourne et propriétaire entre autre de château Canon (un Saint-Emilion aujourd’hui Premier Grand Cru classé B). Il passa ensuite à Philippes Giraud demeurant  à Libourne et exerçant la charge de courtier royal. Le vin commercialisé était connu sous le nom de Pomerol-Giraud Cru de Trotanoy. Au XIXe siècle, la propriété s’étendait sur 25 ha produisant déjà l’un des meilleurs crus de Pomerol. Mais les successions et les crises que traversa le vignoble firent que le domaine se réduisait à 7 ha lorsque la famille Pécresse qui l’avait acheté après la guerre à la famille Giraud le vendit en 1953 aux établissements Jean-Pierre Moueix (un vignoble qui échappera aux dramatiques gelées de 1956). Trotanoy est aujourd’hui la propriété de la Société Civile du Château Trotanoy gérée par le fils de Jean-Pierre, Christian Moueix, assisté de son fils Edouard.

Christian et Edouard Moueix (son fils) à la tête de Trotanoy
Christian et Edouard Moueix (son fils) à la tête de Trotanoy

Les grands millésimes

1945, 1947, 1949, 1953, 1959, 1961, 1962, 1964, 1970, 1975, 1982, 1989, 1990, 1995, 2000, 2005, 2008,  2009…