Le vin jaune et le vin de paille  sont des vins  du Jura. A mi-chemin entre la Bourgogne et la Suisse et parallèle à la Côte-d’Or, le vignoble jurassien, autrefois appelé  le Bon Pays s’étend sur les reliefs marginaux du Jura et la bordure orientale du fossé bressan. Le Revermont face à la Côte bourguignonne, entaillé de combes (appelée ici reculées) abrite l’essentiel de ce vignoble jurassien. Il compte 2200 ha et s’étire sur 100 km, de Salins-les-Bains jusqu’à Saint-Amour, traversant du nord au sud tout le département du Jura.

Carte du Jura, pays du Vin Jaune et du Vin de Paille

La taille en courgée

La vigne occupe les coteaux, irréguliers, mais bien exposés, situés entre 200 et 500 m d’altitude. L’essentiel du sous-sol est constitué d’argile et de calcaires coiffant le haut des pentes. L’encépagement marque son adaptation à ce type de terrain et sa résistance à des hivers quasi sibériens. On pratique la taille en courgée, sur de longs bois arqués qui écartent le plus possible le raisin de l’humidité du sol. La diversité est sans doute ce qui caractérise le mieux ce vignoble aux cinq cépages et aux six appellations : Arbois, Château-Chalon, l’Étoile, Côtes du Jura, Macvin du Jura , Crémant du Jura et deux types de vin mondialement connus :

  • le célèbre vin jaune (très sec). Le jura en a l’exclusivité mondiale. Il représente 3,5 % de la production jurassienne
  • le vin de paille (très liquoreux) devenu encore aujourd’hui trop rare.

    Parmi la production des différents vins du Jura, deux d’entre eux sont classés parmi les plus grands vins de France
    1/le Vin Jaune issu exclusivement du cépage Savagnin. Planté sur les argiles bleues Jurassiennes, son élevage en fût de chêne est de 6 ans et 3 mois, sans compenser la part d’évaporation d’environ un tiers du volume. Un voile de levures se forme à la surface du vin, et le protège de toute oxydation 2/le Vin de Paille, un vin rare, un grand liquoreux issu des plus beaux raisins récoltés grappe par grappe en début de vendanges à partir d’un assemblage de savagnin, chardonnay et poulsard. Déposées dans des clayettes sur un lit de paille, pendant environ 4 mois, les grappes flétries et déshydratées regorgeant de sucre sont pressées, 100 kg de raisins, produiront 15 à 18 litres de moût. La fermentation est très lente et le Vin de Paille doit vieillir trois ans en fûts de chêne. Il ne subit aucun mutage (Photo Domaine Benoit Badoz)

Château-Chalon, au cœur du vin jaune

Le vin jaune n’est  produit que sous quatre appellations : Arbois, L’Etoile, Côtes-du-Jura et surtout Château-Chalon qui lui est entièrement consacrée. Voici sans doute l’un des plus beaux villages viticoles de France, ancré sur son pic rocheux dominant la vallée de Baume-les-Messieurs et la Bresse. Château-Chalon ne possède qu’un minuscule vignoble d’une cinquantaine d’hectares, mais quel vignoble ! On peut y admirer des parcelles qui s’accrochent aux pentes dévalant sous le village, toutes dévolues à un unique cépage, le savagnin. Pour atteindre la perfection, les contrôles sont permanents et drastiques aussi bien à la vigne que par des tests à l’aveugle avant la commercialisation. Les récoltes 1974, 1980, 1984 et 2001 furent tout simplement déclassées.

L’appellation d’origine contrôlée « Château-Chalon » est réservée aux vins blancs tranquilles dits « vins jaunes »issus essentiellement du savagnin. Château Châlon (Photo Xavier Servolle)

Le savagnin son unique cépage

C’est lui, le savagnin qui, après un élevage impitoyable, offre à Château-Chalon ce vin hors norme et en tout point exceptionnel. Nul doute qu’il fasse partie des très grands, parmi ces quelques grands crus* connus dans le monde entier ! Son origine est très incertaine. On dit qu’il serait arrivé lors des croisades par des religieuses hongroises jusqu’aux abbesses de Château-Chalon. Une autre source prétend qu’il fut diffusé en Franche-Comté au XVIe siècle alors que cette province faisait partie de l’empire des Habsbourg. Serait-il le furmint hongrois ou le traminer d’Alsace ? À Château-Chalon, il est cueilli très tard, après la Toussaint, au bout d’une longue période de surmaturation sur pied, ce qui lui vaut le surnom de vin de gelée.

* Il l’est à l’aune de la vente aux enchères qui fut organisée lors de la traditionnelle Percée (du vin jaune) 2011. Une bouteille de 1774 a été adjugée 57.000 €, prix record pour un vin du Jura.

Le goût de jaune

En plus de son cépage, il doit aussi ses remarquables qualités à son sol, des marnes bleues et noires, d’où il tire la forte amertume qui le caractérise, mais aussi à l’extrême complexité de son élaboration qui lui apporte virilité, puissance, caractère. Ici, à Château-Chalon, après avoir été vinifié, le savagnin va séjourner sept ou huit ans en fût sans aucun ouillage. Les fûts ne sont jamais neufs, souvent récupérés en Bourgogne. C’est pendant cette longue période probatoire que se développe une fameuse levure appelée Saccharomyces cerivisiae de type bayanus. L’une de ses fonctions est de recouvrir le vin d’un voile protecteur pour éviter toute oxydation. Alors, à force de variations de température entre le jour et la nuit, entre les saisons (de 8 °en hiver à 15°en été) qui favorisent un bon élevage et sauf incident, se dégagera le fameux goût de  jaune. Il s’agit tout à la fois d’un subtil mélange de noix, de noisette, de fruits secs, de coing et d’une infinie longueur en bouche. Ce vin jaune, capiteux et aromatique qui titre de 12 à 15°est vendu en bouteilles spéciales de 62 cl appelées clavelins. L’explication semble toute simple mais pas exacte ! Un litre de jus de raisin se réduit globalement à 62 cl de vin jaune à la sortie du fût. L’origine est en fait historique. Il s’agit de la bouteille dite anglaise, elle-même issue de la pinte romaine. Son usage s’est imposé par les marchands anglais du XVIIIe siècle qui contrôlaient le commerce maritime.

Enfin, ne dit-on pas, au pied de ce village éperon de Château-Chalon culminant à 450 m d’altitude, qu’après 7 ans d’un véritable purgatoire, durée de son élevage, un bon siècle est bien nécessaire à le faire vieillir, à l’apitoyer, à le rendre incomparable pour qu’il atteigne enfin les marches du paradis !

Le vin de paille

Le vin de paille est le fruit non pas d’une vendange tardive mais de la sélection des plus beaux raisins récoltés grappe par grappe en début de vendanges à partir d’un assemblage de savagnin, chardonnay et poulsard. La vendange est  installée sur des claies (autrefois de la paille) dans un local aéré. Au bout de 3 à 4 mois, les grappes perdent ainsi près de 50 % de leur poids et le sucre s’y concentre. Après le pressurage et une une fermentation très lente de 3 à 4 ans en petits fûts, on obtient un vin liquoreux titrant 18° minimum et commercialisé en bouteille de 32,5 cl, capable comme le vin jaune de se conserver indéfiniment. Ainsi, près de 100 kg de raisin seront nécessaires à Arlay pour n’obtenir que 12 l de vin, ce qui en fait un vin très confidentiel dont le bouquet est une explosion de saveurs exotiques, de champignons, de fruits secs et confits, de tabac et de miel, de figue, de datte, de cacao.

Le domaine des Bélemnites dans le Jura à Arbois-Mesnay qui s’étend sur 7 ha est composé des 5 cépages locaux (chardonnay, savagnin, poulsard) Outre la vinification de tous les produits qu’offre le terroir Jurassien, le vin Jaune, le Mac vin et le Crémant du Jura, le domaine s’est spécialisé dans l’élaboration de Vin de Paille.

Le vin de paille en pleine renaissance

Le vin de paille est un vin très rare en raison de ses contraintes d’élaboration très strictes. Il est sans doute l’un des plus grands vins liquoreux du monde. Pourtant il faillit disparaître au XXe siècle. Actuellement cet ancien vin des malades est en pleine renaissance. Il ne représente encore que 1% de la production totale des Vins du Jura soit 1000 hl par an, mais bonne nouvelle, 90% des producteurs jurassiens s’y adonnent. Arlay (Jura) est la capitale auto-proclamée du Vin de Paille dont elle organise chaque année la pressée.