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Pas de SPAM, pas de revente d’adresses !

Champagne 2020, sous le masque, la vérité toute « Brut »!

La vérité brute dénoncée par les champenois après des vendanges qualifiées de superbes ! Première constatation, une récolte de très grande qualité. Commencée le 17 août dans les secteurs les plus hâtifs, elles furent les plus précoces de l’histoire de la Champagne. Alors que l’an passé, le record de température avait été battu (42,9°C), cette année, c’est le mois de juillet le plus sec de l’histoire qui a été enregistré. En raison de la sécheresse, les grappes étaient d’un poids inférieur à la moyenne mais dans un excellent état sanitaire. Les moûts étaient équilibrés, fruités, présentant une belle fraîcheur et une grande expression aromatique ; le degré alcoolique se situait entre 10 et 10,5 % vol.

Vendanges masquées 2020 à Trélou-sur-Marne chez Sandrine Charpentier (Champagne Veuve Olivier & Fils), parcelle de pinot meunier « Champaillard aux Grives » Photo fournie

2020, le troisième grand millésime de suite

Avec la superbe trilogie 2018, 2019, 2020, la Champagne devrait disposer dans quelques années d’assemblages et, probablement, de millésimes exceptionnels. Une occasion sans doute de célébrer l’arrivée d’un vaccin devant mettre fin à la pandémie de la Covid-19.

Un rendement maximum limité à 8 000 kg/ha

Les vendanges 2020 comme on s’en doute furent très atypiques en raison des mesures de sécurité sanitaires prises contre la pandémie. Tout un protocole a dû être mis en place pour les quelques 120 000 saisonniers recrutés dans les vignes ou les centres de pressurage. Compte tenu du rendement maximum limité à 8 000 kg/ha, la récolte a été effectuée, à titre individuel, un peu plus rapidement que d’habitude mais s’est étalée sur une durée normale d’environ trois semaines, compte tenu de l’hétérogénéité de maturation entre crus et entre cépages.

230 millions de bouteilles contre 300 millions les autres années

Pour rappel, les rendements 2019 étaient à 10 200 kg/ha et à 10 800 kg/ha en 2018, soit l’équivalent d’une production de 300 millions de bouteilles. Le rendement 2020 fixé à 8 000 kg/ha équivaut à seulement 230 millions de bouteilles (dont 1 000 kg/ha en fonction du marché). Quant aux Maisons de Champagne, leur souhait allait à un rendement entre 6 000 et 7 000 kg/ha afin de limiter le coût d’achat de raisin. De leur côté, les vignerons obtenaient 8 000 kg/ha pour pouvoir atténuer leur baisse de revenue, conséquence de la crise sanitaire.

Un choc économique qui touche de plein fouet le champagne

2020, un choc économique colossal, qui n’a pas eu d’équivalent depuis la deuxième guerre mondiale. Les ventes de Champagne en France, en Europe et à l’international ont été touchées de plein fouet conséquence notamment de la fermetures des frontières et de la reprise internationale difficile. Toutefois, les indicateurs économiques semblent montrer un redémarrage de la consommation (mais attention à la seconde vague du Covid !). Les ventes en grande distribution semblent repartir et les ventes aux particuliers sont dynamiques. Les ventes de coiffes de surbouchage par le SGV Champagne ont reculé de -40 % de janvier à fin mai, mais ont augmenté brutalement de +16 % en juin par rapport à 2019, de + 20 % en juillet et de + 22 % sur la première quinzaine du mois d’août. Il y a donc un rebond, même si le retard est conséquent (- 23 % de janvier à juillet). A ce jour, dans le contexte de la pandémie, une forte inquiétude pèse sur l’évolution des ventes à l’exportation, notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni qui sont les deux plus gros marchés à l’export du Champagne.

Des mesures d’une ampleur inédite

Face à ce déséquilibre des marchés, la filière Champagne réagit en prenant des mesures d’une ampleur inédite. La fixation au mois d’août, d’un rendement de vendanges historiquement bas, applicable pour les vendanges 2020. Le but était de préserver au mieux la santé économique de l’ensemble des opérateurs économiques (vignerons, coopératives, maisons) tout en assurant les conditions de pérennité de la filière. Rappelons que la filière des vins et spiritueux est en deuxième place par sa contribution à la balance commerciale française et que le Champagne y occupe une place toute particulière.

Comment alléger les charges des exploitations viticoles ?

Première certitude, pour le champagne, pas de destruction d’une partie de la production contrairement à d’autres régions viticoles (distillation de crise). Une seule demande, un allègement des charges sociales. Faut-il rappeler que la Champagne est un secteur où la main-d’oeuvre est très importante, avec plus de 100 000 emplois saisonniers. Le gouvernement a annoncé en juin dernier un plan d’aides à de nombreux secteurs dont la viticulture. Mais il concerne les seules les entreprises ayant subi une perte de chiffre d’affaires d’au moins 80 % sur une période donnée pour bénéficier d’exonération de charges sociales patronales (excluant, du coup, un très grand nombre d’entreprises viticoles en Champagne). Elles ont souffert pourtant le plus de cette crise avec une chute drastique des ventes durant la période de confinement.

Ce que demande le SGV

A droite, Maxime Toubart, Président du SGV (Syndicat général des vignerons de Champagne) animant la conférence de presse sur le bilan 2020 du Champagne et à sa gauche, Damien Champy, Secrétaire général du SGV. Paris le 16 sept 2020 (Photo FC)

Le SGV est le Syndicat Général des Vignerons de la Champagne qui regroupe plus de 99 % des vignerons champenois, soit près de 20 000 adhérents. Le SGV est également co-gestionnaire de la filière « Champagne », avec l’Union des Maisons de Champagne (UMC), au sein du Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC). Face à la crise sanitaire, 3 requêtes avancées par le SGV sont présentées à l’Etat :

1/Une exonération de cotisations sociales adaptée à la réalité du terrain et qui réponde aux besoins de la majorité des exploitations viticoles champenoises ;

2/La modification des secteurs éligibles pour garantir l’intégration des caveaux de vente ;

3/La prise en compte des exploitations qui ne sont pas directement impactées sur la période considérée comme les vendeurs au kilo (ils reçoivent les paiements des raisins avec un an de décalage). Il faut permettre aux exploitants, à titre dérogatoire, de calculer leurs cotisations sociales sur le résultat de l’année N au lieu d’un calcul sur l’année N-1 ou sur la moyenne triennale. Il s’agirait d’une option à prendre pour 2020 et/ou 2021.

Enfin, question fondamentale : maintenir le système de régulation des plantations de vignes au-delà de 2030

Aujourd’hui, chacun est conscient de la très forte mobilisation des vignerons européens, des élus (Parlement européen, Assemblée nationale, Sénat…) et du gouvernement français. Les décideurs européens étaient revenus sur une décision majeure prise en 2009, à savoir libéraliser totalement les plantations sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne. Ils avaient cependant réintroduit lors de la dernière réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) en 2013 un dispositif de régulation des plantations.

L’extrême danger de la suppression des autorisations de plantation

Existant depuis plus de 50 ans en Europe, ce dispositif appelé autorisations de plantation devrait prendre fin en 2030. Autrement dit, si l’Union Européenne ne décide pas maintenant de prolonger la régulation des plantations au-delà de 2030, c’est la libéralisation totale des plantations qui deviendra la règle. La perspective de cette libéralisation aurait de lourdes conséquences pour la filière viticole. Des surfaces supplémentaires pourraient être brutalement plantées à partir de 2030 notamment en Champagne avec la révision de l’aire (procédure de révision en cours) faisant peser le risque d’un déséquilibre des marchés (surproduction, chutes des revenus, perte de qualité…).

Les conséquences de cette suppression

Les conséquences d’une libéralisation totale des plantations se font d’ores et déjà ressentir dans de nombreux vignobles, notamment en Champagne. Le chantier de délimitation de l’aire de l’AOC Champagne ouvert en 2003 devrait être finalisé en 2024. Plusieurs milliers d’hectares supplémentaires pourraient être classés dans l’aire. Les répercussions d’une telle dérégulation se feront ressentir au-delà de la Champagne, pour la Bourgogne, Sancerre et Cognac. Ainsi se seraient respectivement 20 000, 5 000 et plusieurs dizaines de milliers d’ha qui pourraient être plantés du jour au lendemain.

L’appel des représentants des AOC viticoles françaises

Les représentants des AOC viticoles françaises appellent solennellement le gouvernement français à la création d’une plateforme au niveau européen pour obtenir la prolongation du système de régulation des plantations après 2030. Le nouveau Ministre de l’Agriculture doit convaincre ses homologues européens dans le cadre des discussions autour de la Politique Agricole Commune (PAC). Les débats devant se terminer avant la fin de l’année 2020, il est urgent d’agir !

A l’unisson du SGV (Syndicat général des vignerons de Champagne), Maxime Toubart son président et Damien Champy, le secrétaire général (en premier plan), la présence des autres représentants des AOC viticoles françaises. Hors champs, Patrick Raguenaud, Président du Bureau national interprofessionnel de Cognac (BNIC). Deuxième table, Eric Tesson, directeur de la CNAOC (Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vins en AOC et Thiebault Huber, président de la confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne. A Paris, le 16 sept 2020 (Photo FC)
L’affiche 2020 Champagne de vignerons, placardée à l’entrée de l’Atelier 13 Sévigné (13, rue Sévigné 75004), le 16 sept, conférence de presse animée par le SGV (Syndicat général des vignerons de Champagne) Photo FC

François

  • 1990 – Les grands vins du monde, préfacé par Gérard Depardieu. 
  • 1992 – Grands et petits vins de France, préfacé par Jean Carmet.
  • 1996 – Le guide des grands et petits vins de France, préfacé par Alain Favereau.
  • 2000 – The Flammarion Guide to World Wines
  • 2013 – Les vignobles mythiques, aux éditions Belin préfacé par Pierre Lurton (Cheval Blanc et Yquem).
  • 2014 – Prix Amunategui-Curnonsky décerné par l’APCIG (association professionnelle des chroniqueurs de la gastronomie et du vin).
  • 2016 – Cépages & Vins aux éditions Dunod.
  • 2020 – Cépages & Vins, nouvelle édition, éditions Dunod.

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