Le Languedoc est tout simplement l’un des plus grands vignobles du monde avec près de 250 000 ha soit le tiers du vignoble français. Sur la carte, le Languedoc-Roussillon montre une belle unité, avec une bande continue de vignes autour du golfe de Lion, des confins de la Camargue à la frontière espagnole. Mais, sur le terrain, il n’en va pas de même. Cette vaste région constitue une extraordinaire mosaïque d’appellations, de terroirs, de climats, de sols, de cépages et, bien sûr, de productions. Tous les types de vins y sont représentés : rouges, blancs, pétillants, muscats et vins doux naturels. Longtemps voué aux vins de consommation courante, le Languedoc-Roussillon  mise maintenant sur une constellation d’appellations. Pour l’amateur de vins de qualité abordables, le Languedoc-Roussillon est devenu une terre de toutes les promesses, un pays qui offre les mêmes potentialités que celles des pays dit du nouveau monde. Pourtant ce tableau est loin d’être idyllique

Une crise presque endémique

Les quatre départements du littoral sont touchés de plein fouet par la crise, l’une des plus graves depuis 1920. Mévente des vins de table, cours qui s’effondrent, des stocks qui ne cessent de grossir. Résultat : la révolte gronde, les viticulteurs dénoncent l’insuffisance des plans d’aide et cassent pour se faire entendre. Le Languedoc-Roussillon n’a toujours pas achevé la restructuration de son vignoble entamée depuis vingt ans. Et pourtant, le tiers des vignes a été arraché, ramenant la superficie à près de 250 000 ha. La production a été réduite à 20 millions d’hectolitres contre 30 dans les années soixante-dix. On produit encore trop de vins de basse qualité qui alimentent les rayons premiers prix des supermarchés. Face à l’émergence des vins dits du Nouveau Monde (Etats-Unis, Australie, Chili, Argentine ou Afrique du Sud), soutenus par un marketing agressif, les vins du Languedoc sont ceux qui résistent le moins  à cette concurrence internationale.

Une région qui mise sur le bio

Faudrait-il diminuer encore les rendements et réorganiser le vignoble en développant la qualité et les vins d’appellation ce qui est entrain de s’achever ; miser sur d’autres concepts, la filière bio, par exemple, ou la chasse aux degrés, afin de mieux répondre aux nouvelles attentes des consommateurs (français et étrangers) ? Est-il utile de  rappeler que le  Languedoc-Roussillon a en France conservé son rang de leader en 2010 de vins issus de l’agriculture bio, tant en surface (cumul surfaces bio et certifiées : 16 462 ha, soit +30 %) qu’en nombre d’exploitations (1029 caves soit+29%) : Source : Agence Bio 2011. Pour preuve, le Salon mondial du vin issu de l’agriculture biologique qui se tient tous les ans en janvier à Montpellier.

Une histoire marquée par les romains, les moines … et le canal du Midi

Comme dans tout le midi de la France, le vignoble du Languedoc trouve ses origines dans la colonisation grecque et connaît son véritable essor avec la conquête romaine, époque du développement simultané de la vigne et de l’olivier. Dans cette région à l’instar de bien d’autres, les moines et notamment ceux de  l’abbaye de Saint-Chinian ont joué au Moyen Âge un rôle essentiel dans la vinification et l’obtention de vins de qualité. Au XVIIe siècle, l’ouverture du canal du Midi, qui relie l’Atlantique à la Méditerranée, ouvre aux vins du Languedoc de nouveaux débouchés. A la fin du XIXe siècle,  les ravages du phylloxéra conduisent la région à planter des hybrides et à privilégier la production de masse. Il en découla des crises économiques à répétition liées à la mévente, à la surproduction et à la médiocrité des vins.

Création de l’AOC Languedoc

Aujourd’hui, le Languedoc a tourné définitivement le dos à l’époque du gros rouge en s’engageant dans une politique résolument de qualité. Elle se concrétise dans la multiplication récente des AOC. Cette qualité est actuellement d’autant plus remarquable que les sols et le climat de prêtent à tout type de viticulture. Aux côtés des vins d’appellation, il ne faudrait pas oublier que le Languedoc a développé des vins de pays ainsi qu’une production de vins de pays d’Oc et de vins de cépages d’une qualité étonnante. La création en 2007 de l’AOC Languedoc née des appellations d’origine régionale se veut être la première AOC du plus grand vignoble du monde. Elle réunit en une seule entité les appellations du Languedoc et du Roussillon avec pour objectif un repositionnement hiérarchique de l’ensemble de ses vins.

Une constellation d’appellations

Les 300 000 ha du vignoble s’étirent sur dix appellations allant des contreforts des Cévennes au pied des Pyrénées, avec, comme constante, la Méditerranée. En vingt ans, le vignoble languedocien s’est métamorphosé. Le grenache, le mourvèdre et la syrah sont devenus les cépages vedettes. La question ici est récurrente : quel cépage sur quel terroir et pour quel type de vins ? Les premières expériences se sont faites avec le carignan  à Caunes-Minervois et surtout à la Livinière dans le Minervois. Partout il a fallu associer les conditions naturelles de terroir et de climat à une maîtrise des rendements : 45 hl/ha pour les AOC rouges et à 60 hl/ha pour les blancs (un peu inférieurs aux normes nationales). La vinification séparée des cépages et l’art de leur assemblage, puis les modes d’élevage offrent aujourd’hui une palette de vins structurés et épanouis.

Une vinification à grains entiers

A côté de la fermentation traditionnelle, on assiste de plus en plus à une vinification à grains entiers. Elle est originale à la région et appropriée notamment au carignan. Son but est d’extraire le maximum d’arômes et de tanins du fruit pour élaborer des vins de garde. Le Languedoc subit depuis toujours le handicap naturel des fortes températures au moment des vendanges. Mais, aujourd’hui, des méthodes de régulation (grâce à des groupes de froid) permettent d’agir sur la fermentation par refroidissement, permettant à la région d’offrir des rosés et des blancs d’une remarquable fraîcheur.

Hit parade des cépages rouges les plus plantés 

les 5 cépages les plus plantés en Languedoc-Roussillon sont :

  • la syrah (42 700 ha),
  • le grenache (42 169 ha),
  • le carignan (41 239 ha),
  • le merlot (29 700 ha),
  • le cabernet sauvignon et le cabernet franc (18 500 ha)

Quant aux cépages les plus arrachés, ce sont  ont le carignan (7 000 ha, soit 34 % des arrachages), le grenache (3055 ha soit 14 %) et le cinsault et la Syrah (1850 ha chacun, 9%).

Les cépages blancs qui ont le vent en poupe

Dans le cadre de la restructuration de ce vignoble, les cépages blancs sont ceux qui ont été le plus plantés (54% des surfaces) avec en tête,  le sauvignon (2130 ha, 15% des plantations aidées par l’Europe), suivi du chardonnay (1834 ha, 12%. En tout, 69 variétés différentes ont été implantées (dont certaines sur des toutes petites surfaces) contribuant ainsi la diversité de l’encépagement du vignoble languedocien. Les cépages alsaciens, dont les Alsaciens redoutaient une expansion en Languedoc, n’ont pas été plantés massivement. On recense seulement 70 ha de gewurztraminer et moins de 10 ha de riesling

Petit répertoire des cépages en Languedoc

En cépages rouges

  • Le carignan se plaît  dans les collines et sur les terrains schisteux. Il donne des vins tanniques, colorés dont l’astringence et le manque d’arôme peut se combattre par la macération carbonique.
  • Le cinsault offre des vins élégants, souples et légers. Il convient aux rosés.
  • Le grenache, cépage vigoureux et résistant à la sécheresse, donne à ses vins en général riches et généreux, de l’arôme.
  • La syrah est précoce et tend à trop mûrir. Elle se vinifie à basse température. Elle offre des vins fortement colorés avec beaucoup de parfum et une bonne structure.
  • Le mourvèdre est un cépage tardif. Il se cultive en général sur des terrains de galets. Il fait des vins à la couleur, à la structure et aux arômes étonnants.

(Autres cépages rouges : lladoner, tenet noir, picpoul noir)

En cépages blancs

  • Le grenache blanc dont le manque d’acidité est contrecarré  par son gras et sa longueur.
  • La marsanne est un cépage qui donne beaucoup d’arômes, de corps et de puissance mais son manque d’acidité est un inconvénient notoire.
  • La roussanne souvent associée à la marsanne est un cépage très complexe, apte au vieillissement.
  • Le rolle (ou vermentino ou malvoisie)  apporte beaucoup de gras et une grande richesse aromatique (fleurs et fruits blancs)
  • Le picpoul est un cépage très vif, très nerveux, très sec avec des arômes citronnés.
  • La clairette l’un des plus anciens cépages du Languedoc est connu pour son manque d’acidité. Il produit des vins plutôt alcooliques avec des arômes miellés. Il est sensible à l’oxydation.

(Autres cépages blancs : maccabeo, tenet blanc, muscat, viognier, chardonnay, bouboulenc).

I/ Les appellations (AOC) du Languedoc

Le Fitou est la plus ancienne appellation d’origine contrôlée du Languedoc. Trente-quatre appellations ont suivi, dont la plupart existent depuis moins de trente ans. Leur liste est loin d’être close. Après une longue période de stagnation, l’histoire des vins du Languedoc commence enfin à s’écrire en accéléré.

Une appellation régionale (socle référent des AOC du Languedoc) Languedoc (remplaçant l’AOC Coteaux du Languedoc) :

Languedoc (10 000 ha exploités) : vins rouge, rosé et blanc. Cépages principaux pour le rouge et le rosé : grenache, syrah et mourvèdre (50 % minimum) complétés de cinsault et de carignan. La diversité et les spécificités des différentes régions ont permis la définition de grandes zones pédo-climatiques :

  • Pic St Loup : syrah, grenache, mourvèdre (90 % minimum);
  • La Clape*,
  • Les Grés de Montpellier*;
  • Picpoul de Pinet : 100 % Piquepoul.

*Pour les rouges de la Clape et Les Grés de Montpellier : syrah, grenache, mourvèdre (70 % minimum). Pour le blanc : grenache, clairette, bourboulenc, piquepoul, roussanne, marsanne et rolle (70% minimum), viognier (10% maximum).

Cabardès (650 ha exploités) : 90% de rouge, 10% de rosé. Merlot, cabernets (sauvignon et franc), syrah et grenache doivent représenter au moins 40% de l’assemblage final.

Clairette du Languedoc (100 ha exploités) : vin blanc 100 % clairette.

Corbières (17 200 ha déclarés) : vins rouge, rosé et blanc à partir du grenache, de la syrah, du mourvèdre, du carignan, du cinsault pour le rouge et le rosé ; du grenache blanc, du bourboulenc, du maccabeu, de la marsanne, de la roussanne, du vermentino pour le blanc. Appellation segmentée en quatre zones caractéristiques :

  • le terroir des Hautes-Corbières,
  • le terroir de Corbières-Méditerranée,
  • le terroir des Corbières centrales
  • le terroir des Corbières d’Alaric.

Corbières-Boutenac (1429 ha classés) : vin rouge à partir du Carignan (entre 30% et 50% de l’encépagement), du grenache, de la syrah et du mourvèdre.

Costières-de-Nîmes (4500 ha revendiqués) : vins rouge et rosé (92 %) et 8 % blanc avec comme cépages dominants :  grenache, mourvèdre, syrah, grenache blanc, marsanne et roussanne.

Faugères (2000 ha exploités) : vins rouge, rosé et blanc. Syrah, grenache, mourvèdre, carignan et cinsault pour les vins rouges et rosés ; roussane, grenache blanc, marsanne, vermentino (rolle) pour les blancs.

Fitou (2600 ha) vin rouge à partir du carignan et du grenache.

Limoux (1800 ha déclarés et production de 9 millions de cols) :

  • Limoux rouge (vin tranquille) : merlot (50% mini), cot, syrah, grenache, carignan.
  • Limoux blanc (vin tranquille) : mauzac (mini 15 %), chardonnay, chenin.
  • Blanquette (Blanquette de Limoux et Blanquette Méthode Ancestrale) : vins effervescents à partir du mauzac (90 % minimum), du chenin et du chardonnay.
  • Crémant : effervescent à partir du chardonnay + chenin (90% maxi). Cépages accessoires : mauzac et pinot noir.

Malepère (500 ha engagés) : vins rouge et rosé. Cépage principal, merlot (minimum 50%), cépages complémentaires, cabernet franc, cot (minimum 20%), cépages accessoires, cabernet sauvignon, grenache, cinsault. Pour les rosés : cépage principal, cabernet franc (minimum 50%) cépages complémentaires : cabernet sauvignon, cinsaut, cot, grenache, merlot.

Minervois (500 ha identifiés) : 94 % rouge, 2 % blanc, 4 % rosé. Syrah, mourvèdre, grenache, lladoner pelut, carignan, cinsault, terret, aspiran, piquepoul pour le rouge. Marsanne, roussanne, maccabeu, bourboulenc, clairette, grenache, vermentino et muscat à petits grains pour les blancs.

Minervois La Livinière (2600 ha identifiés) : vin rouge à base de syrah, mourvèdre et grenache (minimum 60 % de l’encépagement) avec un complément possible de carignan, cinsault, terret et  piquepoul.

Saint-Chinian (3300 ha déclarés) : 89% de vins rouges, 10% de vins rosés, 1% de vin blanc. Grenache, syrah, mourvèdre, carignan, cinsault, lladoner Pelut pour les rouges et rosés.
Grenache blanc, marsanne, roussanne, rolle pour les blancs.

  • Saint-Chinian Berlou
  • Saint-Chinian Roquebrun

Muscat de Frontignan (690 ha, vin doux naturel): un vignoble situé entre l’étang de Vic La Gardiole et l’étang de Thau près de la commune de Frontignan. Des sols argilo calcaires avec des teneurs en sable de plus en plus importantes quand on se rapproche de la Méditerranée.

Muscat de Lunel (321 ha, vin doux naturel) : un vignoble implanté autour de la ville de Lunel, à mi-chemin entre Montpellier et Nîmes, pays de la bouvine et des courses à la cocarde. L’appellation est située sur des sols de grès à cailloutis siliceux rouges. Ces sols peuvent atteindre des profondeurs considérables.

Muscat de Mireval (260 ha, vin doux naturel) : un vignoble situé au bord de l’étang de Vic La Gardiole près de la commune de Mireval sur la route qui relie Montpellier à Sète. Des sols d’origine jurassique avec de nombreux éclats calcaires.

Muscat de Saint Jean de Minervois (230 ha, vin doux naturel) : un vignoble situé à 250 m d’altitude sur des sols de calcaire alvéolé. Ce sont des sols très peu profonds où les éclats de calcaire se mêlent à de l’argile rouge.

II/ Les appellations IGP du Languedoc-Roussillon

Les chiffres sont colossaux. Le Languedoc-Roussillon produit près de 8 millions d’hl de Vins de Pays agréés, dont 3,5 millions d’hl de Vins de Pays d’Oc, soit 70 % des Vins de Pays français. Cet immense secteur adossé aux massifs des Cévennes et de la Montagne Noire, étire son vignoble du Rhône aux Pyrénées, face à la Méditerranée.

La révolution par les cépages

la modification de son encépagement a joué un rôle essentiel dans l’évolution et la qualité de ses vins, en particulier pour les Vins de Pays d’Oc. L’introduction de nouveaux cépages pour la région (cabernet sauvignon, merlot…), vinifiés séparément de manière à préserver leur caractère, a depuis une dizaine d’années transformé et révolutionné le vignoble.

Le hit-parade des cépages (IGP)

  • cabernet sauvignon,
  • chardonnay,
  • grenache noir,
  • syrah,
  • carignan,
  • cinsaut (ou Cinsault),
  • sauvignon,
  • terret gris, etc.

Les IGP du Languedoc-Roussillon

  •  IGP Aude,
  •  IGP Cité de Carcassonne,
  •  IGP Coteaux d’Ensérune,
  •  IGP Coteaux de Peyriac,
  •  IGP Coteaux du Pont du Gard,
  •  IGP Côtes de Thau,
  • IGP Duché d’Uzès ( en attente prochaine d’AOC),
  • IGP Haute Vallée de l’Aude,
  • IGP Le Pays Cathare,
  • IGP Pays d’Oc,
  • IGP Saint-Guilhem-le-Désert,
  • IGP Vallée du Torgan,
  • IGP Cévennes,
  • IGP Côte Vermeille,
  • IGP Coteaux de Narbonne,
  • IGP Coteaux du Libron,
  • IGP Côtes Catalanes,
  • IGP Côtes de Thongue,
  • IGP Gard,
  • IGP Haute Vallée de l’Orb,
  • IGP Pays d’Hérault,
  • IGP Sable de Camargue,
  • IGP Vallée du Paradis,
  • IGP Vicomté d’Aumelas.

Le Languedoc-Roussillon en chiffres

Le Languedoc-Roussillon est l’un des plus vastes vignobles du monde avec 246 000 hectares de vigne représentés par 30 000 vignerons : 230 caves coopératives et 2 500 vignerons en caves particulières élaborent la gamme Sud de France allant des vins tranquilles aux effervescents en passant par les vins doux naturels. Ce vignoble représente 1/3 de la production française soit 12 millions d’hectolitres dont 1.4 millions d’hectolitres d’AOC (AOP).