Abbaye de Lérins, une île, des frères, un grand vin comme signature ! Saint-Honorat dans les eaux turquoises de la Méditerranée est une île aux moines, au large de la baie de Cannes ; 25 minutes de traversée par une desserte maritime directe pour gagner cette oasis de verdure, de paix et de méditation imprégnée de la senteur des pins d’Alep et des eucalyptus.

Abbaye de Lérins
L’abbaye de Lérins, un paradis de 40 ha sur l’île de saint-Honorat, une des deux îles de l’archipel au large de Cannes. Elle recèle un vignoble de 8 ha

Un jardin en Méditerranée

Carte des îles de Lérins
Carte des îles de Lérins

Cette île monastique depuis le Ve siècle est la seule en France à appartenir à une communauté religieuse. Avec ses 40 ha, c’est la plus petite des îles de Lérins. Elle abrite l’abbaye et sa communauté de 22 moines (plus un novice) de plusieurs nationalités sous la conduite de son père abbé, dom Marie Vladimir Gaudrat, 61 ans, ancien médecin, élu en 1992. Elle mène une vie consacrée à la prière, à l’oraison à la lectio divina, à l’hospitalité et… au travail de la vigne (ora et labora), gagne-pain des moines cisterciens de l’Immaculée-Conception. Levée 3 h 55, 4 h 10 en hiver. Mais On célèbre l’office de 8  heures dans les vignes pour les moines au travail, avec une formule simplifiée précise le père abbé.

L’abbaye compte une quinzaine de civils et une hôtellerie qui peut accueillir jusqu’à 40 retraitants (beaucoup de demandes mais peu d’élus).

La tradition des moines vignerons

Voici près de 25 ans que les moines pour gagner leur vie, ont redonné à leur vignoble ses lettres de noblesse. Ils reprenaient ainsi la très longue tradition des moines vignerons de l’ordre de Cîteaux né en Bourgogne au début du XIIe siècle.

Mais pourquoi faire ici un rosé de plus ? En moines avisés, ils choisirent la difficulté, ce qui ne se faisait pas, des cépages incongrus sur des terres plutôt vouées à la lavande. Résultat, une réussite éclatante que vient corroborer (entre autre) cette médaille d’or au concours mondial des Syrah (millésime 2005) ! Certaines cuvées de l’abbaye à la réputation internationale et reconnues par les plus grands chefs étoilés sont régulièrement classées parmi les meilleurs crus de l’hexagone.  D’ailleurs n’était-ce pas deux cuvées de Lérins (Saint Césaire et Saint Solanius) qui furent servis aux 26 chefs d’États réunis à Cannes lors d’un G20 en 2010.

* A la tête de l’activité commerciale de la communauté.

Sur Saint-Honorat, 8 ha de vignes
Sur Saint-Honorat, 8 ha de vignes : une petite superficie pour notre région mais de même taille qu’un domaine en Bourgogne aime à dire Dom Vladimir Gaudrat, le père Abbé.

Un vignoble caché au centre de l’île

La communauté consacre aujourd’hui à son vignoble, 8 ha situés dans la partie centrale de l’île, au milieu des chênes verts, des cyprès et des oliviers plus que centenaires. Le sol y est argilo-calcaire (bon pour le chardonnay), limoneux et sablonneux et particulièrement riche en matière organique végétale. En plus, les influences maritimes offrent aux vins de l’abbaye cette typicité, cette fraîcheur due aux embruns marins qui se retrouvent nulle part ailleurs au point d’atténuer, précise frère Marie, l’impression d’alcool du mourvèdre ou d’apporter ces notes mentholées au chardonnay. Faut-il préciser que même en période de sècheresse, l’île reste verte. Elle a cette chance que la source du Loup qui arrose Cannes réapparait ici en alimentant la nappe phréatique de l’île. Un bénédiction divine  !

Île Saint-Honorat, le plan de l'île et de son vignoble
Île Saint-Honorat, le plan de l’île et de son vignoble

Moitié rouge, moitié blanc

Saint-Césaire (2015) 100 % chardonnay élevé en fûts de chêne (42 euros).

Le vignoble a été replanté dans les années 1990, presque à égalité en cépages blancs et en cépages rouges. L’ensemble des vins vinifiés à l’abbaye, portent l’appellation IGP de la Méditerranée (ex vins de Pays).

  • en blanc : la clairette, le viognier (cuvée Saint Cyprien*) et le chardonnay qu’on réserve au sol profond et argileux du centre de l’île (cuvée Saint Césaire* élevée en fûts de chêne). Un chardonnay 2003 de l’abbaye fut d’ailleurs classé  3e derrière… deux Montrachet. Depuis 2017, le rolle (ou vermentino) a été ajouté à la panoplie des cépages de Lérins.
  • en rouge : la syrah occupe les sols caillouteux et drainants (cuvée Saint-Sauveur*) et le mourvèdre (cuvée Saint Lambert*)  bénéficie du bord de mer riche en matière végétale. Un mourvèdre très exceptionnel que certains n’hésitent à placer parmi les meilleurs du monde ! Enfin le pinot noir a été planté plus récemment sur les parcelles les plus pierreuses et dont les très convoitées bouteilles sont à réserver longtemps à l’avance (cuvée Saint Salonius*) : «  une gourmandise de cerise noire et de mûre aux tanins soyeux et vanillés » a-t-on pu dire

* Les cuvées prestiges de l’île.

Père abbé de Lérins
Le père abbé, Vladimir Gaudrat, 61 ans aujourd’hui, a rejoint l’île en tant que novive en 1982. Il a été élu abbé de Lérins en 1992.

Des raisins choyés par les moines

En tant que bons serviteurs de Dieu et de la Terre, les moines pratiquent la culture raisonnée*. Des vignes enherbées un rang sur deux, pas d’engrais chimique ni herbicide, l’ébourgeonnage et les vendanges vertes se font à la main, ainsi que l’effeuillage. Les raisins sont donc choyés et vendangés par les moines de l’abbaye. La vinification s’opère dans la nouvelle cave suffisamment agrandie pour recevoir les vendanges, le pressoir et la cuverie climatisée. L’élevage des vins se fait entre 12 et 15 mois en fûts de chêne français, alors que les fermentations des moûts blancs débutent en cuve inox thermo-régulée et se poursuivent en barrique neuve, avec un élevage de 8 à 11 mois.

*Le millésime 2017 est le premier certifié en bio.

Abbaye de Lérins
Abbaye de Lérins, dans le chai. L’élevage des vins se fait entre 12 et 15 mois en fûts de chêne français

Abbaye de Lérins, le business du vin

Frère Marie, maître de chai qui soigne ses vins avec l’art d’un homme de dieu formé à l’œnologie (il a suivi les cours d’œnologie au lycée agricole de Hyères), supervise la vinification, aidé par deux salariés. J’ai découvert le vin en le faisant aime à dire frère Marie ajoutant : il ne nous restait qu’un hectare et demi de vignes à la fin des années 80 donc la communauté a décidé de relancer le vignoble, mais dans une optique de vin de qualité pour avoir une barre de prix assez convenable pour que cela soit rentable parce qu’on a peu de surface. Il faut dire que quelques bonnes âmes se sont penchées sur les vignes et les vins de ce petit coin de paradis : l’œnologue suisse Jean Michel Novelle ; Eric Verdier, l’un des plus grands dégustateurs au monde ; le bourguignon Jean Lenoir (Le nez du vin) ; Patricia Ortelli, à la tête du château La Calisse, un domaine travaillé en bio à Pontevès dans le Var…

En plus des moines, l’abbaye pour ses nombreuses activités (hôtellerie, restauration, compagnie de transport passagers*, viticulture…) emploie 30 personnes en hiver et 80 en été. L’ensemble des activités  génèrent un chiffre d’affaire de 4 millions d’€ dont 850 000 € pour le vin. La production annuelle tourne autour de 40 000 bouteilles vendues entre 26 et 190 €.

*Il s’agit d’une concession (très contestée) qui laisse aux moines le monopole de la liaison entre le port de Cannes et l’île Saint-Honorat. Six laïcs sont salariés pour transport des visiteurs.

Frère Marie Pâques a quitté l’abbaye de Lérins

Frère Marie Pâques
Frère Marie Pâques fut pendant plus de 25 ans, l’économe de l’abbaye. Il est aussi l’auteur de 2 ouvrages.

On ne peut aborder la vie de cette communauté de Lérins sans évoquer les 32 ans passés à l’abbaye par l’un de ses moines les plus emblématiques, frère Marie Pâques alors qu’il fut tour à tour cuisinier, liquoriste, couvreur, viticulteur, producteur et vendeur de beaux vins. Il occupe aujourd’hui le presbytère du village de Loiras dans le nord de l’Hérault (commune du Bosc, arrondissement de Lodève) : J’ai quitté l’abbaye pour apporter ma pierre de manière plus efficace au vivre ensemble. Il y a fondé l’association des Compagnons du Sens, une communauté virtuelle en quête de fraternité : Seul, nous pouvons peu, ensemble, nous pouvons beaucoup. Marie Pâques est l’auteur de 2 livres, le premier : En quête de sens (Editions Abbaye de Lérins, mars 2012) où il donne sa vision d’entrepreneur, à travers le prisme de l’Evangile. Son deuxième livre : Spiritualité pour pressés et stressés (Editions Les compagnons du sens, décembre 2016) où il nous montre qu’une spiritualité authentique procure paix, joie et repos. Son temps aujourd’hui se partage  entre la prière, la méditation et l’organisation de séminaires et de conférences qu’il donne de Nice à Bordeaux. Mais Singapour l’attend appelé là bas par la communauté des français, bien loin de sa chère île de Lérins.

Il fut pendant plus de 25 ans le cellérier de Lérins

Frère Marie Pâques n’est pas né dans le vin, il voulait être apiculteur. Ses pas l’ont amené à Dieu. Il entre à l’abbaye de Lérins en 1985. En 1995, il est ordonné prêtre. En devenant l’économe de la communauté, il prend en charge la gestion des sociétés de l’abbaye et notamment de la commercialisation des vins de Lérins à travers le monde*. C’est lui qui participe à la création du « Clos de la Charité » permettant une vente aux enchères annuelle de la cuvée éponyme dont les bénéfices profitent à diverses associations caritatives (il y a plus de joie à donner qu’à recevoir). A la demande de ses frères, il crée le restaurant « La Tonnelle » : 50 000 repas sont servis chaque année sur le seul service de midi. Puis, c’est la gestion d’une compagnie de bateaux à laquelle il s’atèle.  Après l’achat d’un premier navire, il développe l’activité de navigation et fait construire deux autres bateaux, dont un adaptable en lieu de réception : Je n’imaginais pas que Dieu me confierait ici, à Lérins, un chiffre d’affaires colossal, cinq sociétés à gérer et jusqu’à soixante-cinq salariés en saison ! Enfin, il est à l’origine du partenariat de l’Abbaye avec la communauté Fondacio (promotion du développement humain et spirituel de la personne) ce qui lui a permis d’œuvrer tout particulièrement auprès des jeunes et des dirigeants d’entreprises.

*Aujourd’hui, ces différentes responsabilités sont entre les mains d’un laïc, Samuel Bouton, directeur commercial de l’abbaye de Lérins.

Le Clos de la charité

Le Clos de la Charité a été inauguré en 2010 avec la plantation de 500 ceps de mourvèdre. Chaque plant est parrainé (1000 €) et dont les bénéfices issus de la production vont aux œuvres caritatives proposées par l’abbaye.

Abbaye de Kérins
Abbaye de Lérins, 7ème vente aux enchères des bouteilles de Mourvèdre du Clos de la Charité réalisée au profit des associations caritatives choisies

 

Lérins sous l’oeil bleu et bienveillant du ciel

L’abbaye de Lérins, c’est une île mais aussi un grand terroir, aussi grand que les plus grands, n’en déplaise à la modestie toute relative des cisterciens. Leurs vins sont tout autant le fruit de la vigne que du travail des moines. Lérins, sous l’œil bleu et bienveillant du ciel a su réunir terroir mythique et terre mystique, une alchimie sans doute unique au monde !

Lérins
Lérins, sous l’œil bleu et bienveillant du ciel a su réunir terroir mythique et terre mystique, une alchimie sans doute unique au monde !