Montrachet Côte de Beaune (Bourgogne), appellation Grand Cru, vin blanc : aucun doute n’est possible, entre Meursault au nord et Chassagne au sud, ces deux communes se partagent le plus célèbre, le plus prestigieux, le plus admirable des vins blancs de Bourgogne, donc le plus sublime vin blanc du monde, je veux dire l’incomparable Montrachet (on ne prononce jamais le « t »).

L’incomparable Montrachet

Que n’a-t-on pas dit de Montrachet, petit vignoble d’à peine 8 ha, sauvé in extremis d’un projet d’autoroute en 1962 : un vin puissant et velouté, délicat et tendre, d’un équilibre parfait, raffiné et viril, aux légendaires arômes de miel d’acacia, un vin qu’on qualifie presque de tannique (pour un blanc, quel compliment !). Il est le fruit d’un chardonnay qui n’a jamais été aussi triomphant. A boire à genoux, chapeau bas en disait Alexandre Dumas.

Les 350 hl de production annuelle s’arrachent d’une année sur l’autre. C’est l’équivalent d’à peine 50 000 bouteilles qui se négocient à prix d’or (en moyenne, 300 € le flacon). Boire un authentique Montrachet est un évènement rare et l’un des plus beaux souvenirs d’un connaisseur.

Le vignoble, situé à mi-côte d’une colline en pente douce, se partage entre ses deux communes porteuses, Puligny dont il tire l’élégance et de Chassagne, l’opulence. Ici, le sol est formé d’éboulis calcaire, graveleux et caillouteux, où domine la marne blanche. Ce qui n’est pas couvert par la vigne, que l’on taille court, l’est par de l’herbe rase d’où émerge de temps à autre le sous-sol calcaire. D’ailleurs, mont Rachet, comme on l’appelait autrefois signifie mont Chauve.

18 propriétaires et 26 producteurs

Le morcellement c’est la Bourgogne. Montrachet en est le plus bel exemple. Ce lopin de vignes de 7 hectares, 99 ares et 80 centiares est éclaté en 18 propriétaires et 26 producteurs.

Honneur aux plus gros :

  • le quart appartient à la famille Laguiche, Marquis de Laguiche (sa récolte est vinifié par la maison Drouhin),
  • le domaine du Baron Thénard en possède un peu plus d’un hectare,
  • la maison Bouchard Père & Fils un peu moins d’un,
  • 15 autres propriétaire se partagent la moitié restante dont le Domaine de la Romanée Conti, le Domaine Lafon, le Domaine Leflaive etc.

Dans le secret des transactions immobilières, il en est une, la dernière d’ailleurs dont on se rappelle. Elle remonte à 1993, lorsque que le Crédit Foncier, propriétaire du château de Puligny (aujourd’hui, propriété de la Caisse d’épargne) acheta une ouvrée (428 m2) à Montrachet pour, ce qui se murmure, la somme en équivalent euro de 540 millions.

Autour gravitent d’autres vignobles, presque aussi célèbres. Au dessus, sur sol plus calcaire Chevalier-Montrachet produit des vins qui auraient tendance à être plus raffinés, plus élégants, plus aériens. En dessous et sur sol d’avantage argileux, Bâtard-Montrachet offrirait des vins qualifiés de plus puissants. Des vins qui, avant d’atteindre leur plénitude, se font attendre ; dix ans pour le grand Montrachet, cinq ans pour le Bâtard et trois ans pour le Chevalier.