Sémillon (cépage blanc) : faudrait-il croire la journaliste Jancis Robinson* lorsqu’elle écrit que le sémillon dans la plupart des vignobles est indolent et bougon comme une adolescente trop boulotte et ses vins ont un embonpoint fâcheux ? Elle conclut cependant par une métaphore plus positive en expliquant qu’il peut se transformer tel un laideron dont une bonne fée fait une beauté éblouissante d’un coup de baguette magique. Pour preuve, les grands liquoreux du Sauternais, les blancs secs de la région des Graves ou plus loin, en Australie, le sémillon de la Hunter Valley. Il faut savoir que c’est un cépage productif et rustique qui ne donnera de grands vins que si le viticulteur en limite fortement la vigueur et le rendement et qu’il se plaît surtout sur des terroirs graveleux ou calcaires. Un avantage non négligeable ! Comme ses bourgeons ne débourrent pas tous en même temps, il est plutôt réfractaire aux gelées tardives de printemps.

*Auteur notamment de Vines, Grapes and Wines (le livre des cépages chez Hachette).

Le cépage emblématique de la pourriture noble

Ses grappes au jus abondant dotées d’une saveur légèrement muscatée, prennent à maturité, lorsque l’automne avance avec des matins brumeux et des journées ensoleillées, une belle couleur jaune dorée piquetée de noir, premier signe de la pourriture noble. Il en est en effet par excellence le cépage emblématique grâce notamment à ses baies à la peau suffisamment fine pour permettre à la pourriture noble de se développer. Qu’il soit  vendangé tardivement, passerillés ou botrytisés, il est le garant de vins denses, moelleux ou liquoreux, aux arômes de fruit confit et de miel jusqu’à produire à château d’Yquem notamment, des monuments de puissance et de complexité, à la longévité exceptionnelle.

Originaire de Gironde

Si le sémillon est probablement originaire du Sauternais et présent dans le Bordelais depuis au moins quatre siècles, son nom viendrait-il alors d’une déviation linguistique de Saint-Emilion ?

Sa bonne résistance au mildiou et à l’oïdium lui a valu de subsister et de supplanter le sauvignon lorsque ces maladies ont failli détruire le vignoble, de 1851 à 1885. Il est, souvent associé au sauvignon, incontestablement le roi blanc des grands crus du Sauternais. Il y occupe plus de 80 % du vignoble, et jusqu’à 100 % dans quelques châteaux. Sa déclinaison en vins secs en assemblage avec le sauvignon blanc ou encore la muscadelle donne des vins très intéressants avec beaucoup de gras, manquant peut-être d’acidité mais aptes au vieillissement.

Les appellations du sémillon

Depuis une quarantaine d’années, le sémillon est partout en recul jusqu’à 50 % en France. Il ne couvre plus aujourd’hui que 12 600 ha. Il est également présent dans pratiquement tous les grands pays viticoles et surtout en Californie, Argentine, Chili, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Australie (souvent assemblé avec le sauvignon blanc).

Le sémillon en France

  • Sauternes,
  • Barsac,
  • Sainte-Croix-du-Mont,
  • Loupiac,
  • Cérons,
  • Entre-deux-Mers,
  • Bergerac,
  • Monbazillac,
  • Montravel,
  • Saussignac,
  • Côtes-de-Duras,
  • Buzet,
  • Côtes-de-Provence,
  • Les Baux-de-Provence,
  • Coteaux d’Aix-en-Provence.