Vente des Hospices de Beaune 2013 : record battu 6,3 millions d’€ soit une hausse de 27,1 % par rapport aux cours historique déjà atteint en 2012 (5,9 millions d’€). Les prix des vins blancs ont enregistré une progression de 20 %, tandis que ceux des rouges ont grimpé de 28 %. Cette hausse des prix n’est pas une surprise dans un contexte de stocks historiquement bas, 2013 affichant la plus modeste récolte depuis 30 ans. Une vente qui en conséquence proposait cette année 443 pièces* (face aux 518 pièces de l’année précédente) : 30 cuvées de vin rouge et 13 cuvées de vin blanc. Ces 443 pièces qui ont été mises en vente en 2013, comprenaient 333 pièces de vin rouge et 110 pièces de vin blanc. Ces Cuvées sont le résultat d’un assemblage de différents climats ce qui contribue à créer l’originalité des vins du domaine des Hospices de Beaune. Ainsi, L’appellation Beaune Premier Cru, se décline-t-elle en 10 cuvées, parmi lesquelles la célèbre cuvée Nicolas Rolin sur 2,65 ha, fruit d’un assemblage de 5 climats (Les Cent Vignes, Les Genêts, Les Bressandes, Les Grèves et Les Teurons). Attention ! Chaque Cuvée porte le nom d’un bienfaiteur des Hospices ou du donateur historique de la vigne.

*Une pièce équivaut à 228 litres soit 300 bouteilles.

Clotilde Coureau, Hospices de Beaune
Clotilde Coureau était la présidente 2013 de la 153e vente des Hospices de Beaune

Clotilde Courau au marteau

Cette 153e vente du dimanche 17 novembre 2013 dernier s’est déroulée sous la présidence de la comédienne Clotilde Courau (Princesse de Savoie) au profit de l’Association Petits Princes et d’un co-président,  Jean-Pierre Castaldi (qui remplaçait l’humoriste Laurent Gerra), pour l’Association Les Papillons Blancs. Si  la pièce des présidents a atteint cette année les 131 000 €, le prix moyen pour une pièce lui, fut de 13 000 € soit une progression de 26,6% par rapport à 2012 (10 278 €).

La pièce des présidents adjugée à une femme d’affaire chinoise

Depuis 1945, les Hospices de Beaune soutiennent des œuvres caritatives en leur versant les profits d’une pièce de vin mise en vente à cette occasion, la fameuse pièce des Présidents (456 litres), cette année un Meursault-Genevrières 1er Cru (cuvée Philippe le Bon), climat : Les Genevrières Dessous et Les Genevrieres-Dessus sur 0,59 ha. Cela faisait bien longtemps que la pièce des présidents n’avait pas été choisie parmi les vins blancs mais cette année, la météo en a décidé autrement, la quantité récoltée en vin rouge étant trop faible devait préciser Rolland Masse, régisseur des Hospices de Beaune (Qu’aurait pu être la surenchère sur un grand cru rouge par exemple un Mazis-Chambertin ou un Clos de la Roche, sans doute le double ?). Autre première dans la longue histoire de ces ventes, ce sont des acheteurs chinois qui ont emporté les enchères de cette pièce hautement symbolique.

L’équivalent de 215 € la bouteille

Ainsi, malgré des enchères soutenues jusqu’au bout par Louis-Fabrice Latour (Maison Louis Latour), la pièce des présidents 2013 fut acquise pour la somme de 131.000 € par le négociant Didier Voland à Beaune. Il agissait pour le compte d’une femme d’affaire chinoise, Madame Yan Hong Cao propriétaire de chaînes de magasins, de mines de Jade et de plantation de thé dans la province du Yunnam (sud-ouest de la Chine et frontalière du Vietnam, du Laos et de la Birmanie). Rapporté à l’unité, on arrive à la somme rondelette de 215 € la bouteille. Une déception sans doute par rapport à 2012 et au 270 000 € qu’avait atteint la pièce des présidents (Corton Charlotte Dumay)*, il est vrai dopé par une présidente particulièrement médiatique, Carla Bruni-Sarkozy (la somme allant à sa fondation et à la Fondation Idée, qui aide les jeunes épileptiques). Un rapide calcul place la bouteille à 580 €, un record ! Mais un petit record face aux 400 000 €  que décrocha la pièce des présidents en 2010. Il s’agissait d’un Beaune 1er Cru (Nicolas Rolin) propulsé il est vrai à cette somme himalayenne (600 € la bouteille si on fait le compte) par un président particulièrement en verve, Fabrice Luchini qui n’hésita pas à déclarer qu’elle donnera à son possesseur toute l’attention des femmes qui se frotteraient bien au tonneau. Et l’heureux possesseur en a été Jacques Boisseaux de la Maison Bourguignonne Patriarche.

*Pour le compte d’un acquéreur Ukrainien par l’intermédiaire de la maison Albert Bichot à Beaune.

Qui sont les acheteurs ?

Les enchérisseurs sur ces 43 cuvées sont venus de plus de 21 pays. D’après Christie’s, la société britannique de ventes aux enchères détenue par le français François Pinault (Artemis), les premiers acheteurs furent en termes de chiffre d’affaire, les français dont Albéric Bichot (Maison Albert Bichot)  premier acheteur de la vente avec en moyenne, une centaine de pièce sur ces dernières années. D’ailleurs pour l’anecdote, c’est lui qui acheta pour le compte d’un Ukrainien la pièce des présidents 2012 si bien nommée puisqu’il attend la venue de Carla Bruni-Sarkosy et de son mari Nicolas, prendre livraison au printemps (avril 2014) de ces bouteilles. Puis viennent les américains suivis des britanniques et à hauteur de 9,5 %, les asiatiques (contre 12 % en 2012), un net recul qui pourrait s’expliquer par le contentieux notamment au sujet des panneaux solaires entre l’Europe et la Chine.

Air China remporte 17 pièces

Malgré ce contentieux et entraînée sans doute par la pièce des Présidents adjugé à 131 000 € à une femme d’affaire chinoise (voir plus haut), la compagnie aérienne Air China s’est à son tour portée acquéreuse de 17 pièces (sur les 443 mises en vente) pour un montant estimé à 221 000 €. Ces vins seront destinés aux passagers de première classe des routes internationales de la compagnie (Amériques et Europe). L’idée pour celle-ci  est de se constituer une véritable cave céleste en misant notamment sur cette vente caritative pour augmenter son prestige.

Le climat des climats

D’abord puisque ces vins sont vendus en primeur, il vaut savoir ce qu’a été le  climat 2013 des climats bourguignons. Les vendanges, rappelons-le ont démarré en Côte de Beaune le 1er octobre, l’une des dates les plus tardives de ces trente dernières années. Que sera donc ce millésime 2013 ? Roland Masse, le régisseur du Domaine des Hospices précise que l’état sanitaire des raisins, aussi bien rouges que blancs, a été bon avec des raisins qui se sont présentés en petites grappes millerandées. L’équilibre sucre/acide, excellent ! Les blancs ont présenté une relative homogénéité, avec de belles maturités et de la fraîcheur aromatique grâce à l’acidité naturelle. Les cuvées de rouges sont moins régulières étant donné que certaines ont subi la grêle de juillet. Conclusion, une belle promesse qualitative pour la Côte de Nuits, la montagne de Corton et même Monthélie, avec d’intéressants potentiels de vieillissement. Au final, un millésime 2013 rare par la quantité mais précieux grâce à quelques pépites.

Les ventes, un baromètre pour fixer les prix

Pour ce millésime 2013, dans un contexte de stocks historiquement bas et des vendanges tardives (les premières dégustations laissent présager une belle réussite), la hausse des prix  (fixés entre les viticulteurs et les négociants) était attendue. Elle a été confirmée par le résultat de cette 153e vente des Hospices de Beaune. Dans une année normale, la récolte de vins de Bourgogne représente de 1,45 à 1,5 million d’hl. Cette année, elle devrait se limiter à 1,2 million d’hl. Moins que les 1,25 million de 2012 déjà l’une des plus petites années depuis 2003 précise Pierre-Henry Gagey qui préside à la fois la destinée de la Maison Louis Jadot et du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB). Mais une hausse trop forte (les prix ont doublé en 2 ans) risque de pénaliser avec en plus un euro fort, les Bourgogne sur les grands marchés d’exportation face aux concurrents américains, australiens ou chiliens.

Top 5 des meilleures enchères (par pièce)

Hospices de Beaune
Hospices de Beaune Clos de la Roche Grand Cru
  • Clos de la Roche Grand Cru (cuvée Cyrot Chaudron) : 66 000 € (contre 50 000 en 2012). Acheteurs : amateur européen, Maison Lucien Lemoine, Maison Louis Latour
  • Clos de la Roche Grand Cru (Georges Kritter) : 66 000 € (contre 67 000). Acheteurs : amateur européen, Maison Boisset
  • Bâtard Montrachet Grand Cru (Dame de Flandres) : 61 000 € (contre 56 000). Acheteurs : amateur russe, Albert Bichot, Lucien Lemoine
  • Mazis Chambertin Grand Cru (Madeleine Collignon) : 55 000 € (contre 44 000)
  • Echézeaux Grand Cru (Jean Luc Bissey) : 43 000 € (contre 50 000).

Les plus fortes progressions  

  • Corton Vergennes (Paul Chanson) : 24 000 € (+85% par rapport à 2012)
  • Corton (Charlotte Dumay) : 16 000 € (+60%)
  • Pommard Epenots (Dom Goblet) : 13 000 € (+53%)
  • Beaune (Guigone de Salins) : 8 000 € (+33%).

Tous les résultats 2013 à retrouver sur le site de Christie’s

Qui peut acheter ?

Autrefois réservée aux professionnels, cette vente depuis 2005 (avec l’arrivée de Christie’s et la mise en place de Christie’s live*) est ouverte aux particuliers. N’importe quel amateur du monde entier peut acheter en ligne (ou par téléphone), les vins en primeur de chaque millésime du domaine des Hospices de Beaune (www.hospices-beaune.com), la livraison s’effectuant après l’élevage. Ainsi la Maison Albert Bichot propose-telle la possibilité aux particuliers la possibilité d’acheter 6 bouteilles parmi une sélection de 5 vins dans une fourchette de prix définie. On peut aussi se regrouper pour acquérir une pièce (300 bouteilles).

*Sous condition de s’enregistrer auprès de Christie’s pour obtenir un numéro d’enchérisseur et un catalogue.

Et après !

Après la vente, le vin peut être confié à un négociant-éleveur bourguignon qui en suivra l’évolution jusqu’au moment choisi pour la mise en bouteille entre 12 et 24 mois après la vente. Le 15 janvier qui suit la vente aux enchères, les pièces de vin vont quitter la cave du Domaine viticole des Hospices et gagner celles des négociants acheteurs pour procèder à l’élevage des vins. Ce sont eux qui mettent ensuite le vin des Hospices en bouteilles. Les étiquettes de vin sont fournies par les Hospices. Ainsi, au prix marteau, s’ajoutera le prix du tonneau et de l’élevage. En prenant l’exemple d’une pièce acquise 4000 €, c’est en réalité 6000 € que l’acheteur devra débourser (chiffre non contractuels évidemment).