Vin de messe (ou vin liturgique) : le vin liturgique est aussi appelé vin de messe par les catholiques. L’évangile de l’apôtre Luc nous relate la cène. A l’origine, le mystère de la transsubstantiation, terme qui désigne, pour les chrétiens (les catholiques entre autres), la conversion du pain et du vin en corps et sang du Christ lors de l’Eucharistie :

« L’heure étant venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui. Il leur dit : J’ai désiré vivement manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir ; car, je vous le dis, je ne la mangerai plus, jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume de Dieu. Et, ayant pris une coupe et rendu grâces, il dit : Prenez cette coupe, et distribuez-la entre vous ; car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu… Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant : Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous » (Luc, XXII, 14-20)

Quel vin pour le vin de messe ?

Il n’y a pas de règles précises, ni pour le degré alcoolique ni pour la couleur du vin. Il peut-être rouge ou blanc (sec ou doux). Il doit seulement provenir de raisins fermentés sans ajout de sucre (chaptalisation) et sans suppléments qui ne seraient pas autorisés par la loi : donc, un vin naturel, sans ajout de substances aromatiques, d’alcool ou de conservateurs (toutes les qualités d’un vin bio !). En général, les prêtres choisissent des blancs liquoreux de type Sauternes ou Monbazillac. Certains optent pour des rouges puissants, un Cahors par exemple supportant mieux la dilution à l’eau dans le calice (le vin de messe est toujours mélangé à de l’eau contenue dans des burettes). Producteurs et fournisseurs de vins liturgiques sont en général assermentés. Aujourd’hui, pour des raisons pratiques, le vin blanc dans le cadre de la célébration de l’Eucharistie, est préféré au rouge, il est moins salissant pour les linges d’autels et celui qui sert à essuyer le calice.

Un sourire ! le cardinal de Bernis, ambassadeur de Louis XV auprès du pape au XVIIIe siècle, avait demandé que son vin de messe fût un bon Meursault, affirmant qu’il ne voulait pas que le Créateur le vît faire la grimace au moment de la communion. Enfin, autre clin d’œil, ne dit-on pas que Vinexpo est la grand messe du vin !

Vin de messe chez les orthodoxes…

Les orthodoxes utilisent traditionnellement comme vin de messe, un vin rouge, le Cahors. Depuis le moyen âge, il existait un accord commercial qui prévoyait l’approvisionnement de l’ensemble des églises orthodoxes de Russie en vin de Cahors (encore en usage aujourd’hui avec 1 million de bouteilles pour 18 000 églises russes, importées directement du Lot). En 1917, la révolution bolchevique avait mis un terme à toutes les importations. Les popes durent alors trouver un autre vin de messe. Ils suscitèrent la culture du kagor * dans la région de Messara, près de Yalta. Vin qu’on trouve aujourd’hui non seulement en Crimée mais aussi en Géorgie et en Moldavie.

* Le Kagor n’est autre qu’une réplique du vin de Cahors. Des légendes concordantes assurent que les moines avaient exporté au pays des tsars, le vin tiré de l’auxerrois et qu’il aurait fait souche en Crimée. Une certitude : à partir du XVIIIe siècle, le Kagor est devenu le vin de messe de l’église orthodoxe.

… et chez les protestants

Chez les protestants, le vin peut-être de toute sorte, y compris un vin muté à l’alcool comme le Porto.

Les abbayes qui sauvèrent la viticulture occidentale

Il ne faut pas oublier qu’à l’éclatement de l’Empire romain, on vit l’église sauver la viticulture du chaos. Elle restructura les vignobles ruinés par l’invasion des Alamans et des Francs. C’était l’époque du christianisme triomphant où chaque monastère, chaque évêché, plantait des vignes pour satisfaire aux besoins liturgiques. De même, la plupart des vignobles du Nouveau Monde sont nés du besoin des colons en vins de messe (voir le développement de la vigne par les missionnaires franciscains en Californie).

La production

On n’a pas de chiffre concernant la production de vins de messe en France. En Italie oui ! On estime aujourd’hui la population ecclésiastique italienne à environ 29 000 religieux. Elle consomme annuellement 800 000 litres de vin de messe. En prenant comme standard moyen 35 millilitres (par messe), chaque religieux consomme donc 27,6 litres par an en vin de exclusivement de messe.