Château de Tracy, peut-on imaginer endroit plus enchanteur pour produire un vin ? Un de ces lieux où l’histoire pendant 6 siècles, a marqué  de son empreinte le vignoble et la famille qui le travaille. Ici règne un sublime désordre, une  sorte de laisser-aller où s’exprime le bien-être de la vigne entourée de bois, de haies, de prairies sous un soleil d’été (juin 2017) annonçant déjà une saison caniculaire.

Château de Tracy
Le château de Tracy à Pouilly-sur-Loire, un vignoble de 33 ha en appellation Pouilly Fumé (Photo FC)

Juliette d’Assay à la tête du château de Tracy

Château de Tracy
Juliette d’Assay dirige aujourd’hui les 33 ha du vignoble du Château de Tracy. Elle perpétue, après son frère Henry d’Assay, le travail entamé par ses ancêtres 600 ans plus tôt. Ici à Paris en octobre 2017 (Photo FC)

Ce lieu est une entreprise familiale recréée par le comte et la comtesse Alain d’Estutt d’Assay en 1952. Elle est aujourd’hui dirigée par Juliette d’Assay la dernière de leurs quatre enfants. En y insufflant une nouvelle dynamique, elle a su perpétuer, après son frère Henry d’Assay, le travail entamé par ses ancêtres 600 ans plus tôt. Le château de Tracy se situe au nord de l’appellation Pouilly Fumé. Son vignoble couvre 33 ha sur les coteaux dominant la Loire, de la butte de Tracy au plateau de Pouilly-sur-Loire (Champs de Cris).

Le château, un décor de roman 

On  a donc le château (remanié aux XVIe, XVIIe et XIXe siècles) qui sur la Butte de Tracy domine les 33 ha du domaine viticole. Une particularité, il regarde de sa façade sud, Sancerre, le vignoble jumeau, sur l’autre rive. C’est un château à l’allure familiale avec ses toits ardoisés, ses volets fermés ; le charme d’une vieille demeure qu’on croirait abandonner avec des murs lézardés, une glycine tronquée, et des parterres de fleurs redevenues sauvages. Nul doute que Georges Simenon qui y séjourna  de mai 1923 au printemps de 1924 (il avait alors 20 ans) comme secrétaire au service du marquis Raymond d’Estutt de Tracy (propriétaire du Courrier du Centre), y trouva le cadre de plusieurs de ses romans. C’est pourtant le donjon séparé du corps du château qui retient surtout l’intérêt du visiteur. Haut d’une trentaine de mètres et surélevé d’un toit conique, il date du XVsiècle. Son histoire se raconte à coup de boulets de canon dont les impacts ponctuent encore ses murs.

Château de Tracy
Le château de Tracy qui fut remanié aux XVIe, XVIIe et XIXe siècles est le coeur du domaine viticole (Photo FC)

Une histoire venue d’Ecosse

A la fin du XVIe siècle, le château de Tracy tombe dans l‘escarcelle de François Stutt dont les ancêtres, apparentés à la famille royale d’Ecosse, avaient suivi les Stuart lorsqu’ils vinrent au secours du Dauphin pour bouter les Anglais hors de France. Charles VII, pour remercier cette branche écossaise lui avait accordé la seigneurie d’Assay. Après un mariage avec une Dame de Tracy, les Stutt devinrent les d’Estut de Tracy. Au XXe siècle, dans la droite lignée de la famille, Jacqueline de Tracy héritait de la propriété en 1948 et la relança avec le comte Alain d’Assay épousé en 1950.

Georges Simenon au château de Tracy

Georges Simenon
Georges Simenon jeune alors qu’il était secrétaire (1922 et 1923) du marquis Raymond d’Estutt de Tracy

Pendant ses séjours à Tracy de mai 1923 au printemps de 1924, le jeune Georges Simenon, secrétaire du marquis logeait sur l’autre rive de la Loire, à l’Hôtel de l’Etoile à Saint-Thibault (faubourg de Saint-Satur*, le port de Sancerre) aujourd’hui baptisé Hôtel de la Loire. Il y rejoignait sa toute jeune femme, Régine Renchon qu’il avait épousé en mars 1923. Une chambre porte aujourd’hui son nom et dont la vue donne à la fois sur la route et sur la Loire. Dans  le décor de son roman Les sœurs Lacroix (1938), il décrit les environs de Pouilly-sur-Loire. Un autre roman Monsieur Gallet décédé (1931) a pour cadre cet hôtel qu’il baptisa Hôtel de la Loire. On y trouve également une description de Sancerre et de la gare de Tracy.

*Un Quai de Loire Georges-Simenon fut inauguré en 2003, par Guy Poubeau, maire de Saint-Satur.

Un terroir unique, un vignoble historique

Rares sont ces vignobles qui depuis six siècles sont cultivé sous l’impulsion d’une même famille. Ainsi, une archive du château sur un parchemin daté de 1396, fait état de l’achat de la parcelle de Champs de Cris. Elle verra donc en 2017, sa 621e récolte. Aujourdhui, une petite quinzaine de vignerons exploitent ces terroirs de caillottes des Champs de Cris qui se caractérisent par des concentrations élevées en calcaire et une forte présence de caillottes (petit caillou blanc).

Nul doute qu’autour du château, la Butte de Tracy est le terroirs des plus grands blancs issus du sauvignon, un terroir d’argile à silex apportant à la fois cette remarquable minéralité mais aussi une très grande pureté et surtout une magnifique aptitude au vieillissement. Les silex représentent à Tracy plus du tiers du vignoble lui donnant sa cuvée historique Château de Tracy. Pour le reste, c’est un terroir marqué par le calcaire avec notamment certaines marnes  et roches Kimméridgiennes* (truffées de petits huitres fossiles).

*Etage géologique appartenant au Jurassique supérieur et provenant de veines chablisiennes.

Ces étonnantes vignes du château de Tracy

Etonnantes, ces vignes dont la hauteur de feuillage a été modifiée pour atteindre plus de 1,60 m ! Un gros investissement (il a fallu adapter le matériel agricole) mais les résultats sont spectaculaires en terme de maturité (donc des vendanges plus précoces), d’effet sanitaire positif et de résistance de la vigne. Autre sujet de surprise, la densité de plantation qui sur certaines parcelles sont de l’ordre de 17 000 pieds l’hectare. Un record absolu pour le Pouilly Fumé ! Cette densité entraîne un enracinement profond dû à une plus grande compétition entre les souches et un plus grand contact avec la roche. Juliette d’Assay aime à dire que sur sa cuvée Haute Densité, la charge par pied est extrêmement faible (3 grappes) avec un effet terroir considérablement amplifié. A l’instar d’Yquem (Sauternes), ici aussi sur cette cuvée, un pied de vigne ne produit qu’un seul verre de vin.

Vigne château de Tracy
Des vignes autour du château, au feuillage surélevé à plus d’1,60 m et aux inter-rangs enherbés (Photo FC)

Contre les maladies du bois, le curage et le regreffage

Cuvée 101 d château de Tracy
Cette Cuvée 101 Rangs est là pour nous faire goûter à la typicité ancestraledu Pouilly Fumé, c’st aussi déguster l’Histoire (Photo FC)

Enfin, deux pratiques très originales pour pallier aux problèmes des maladies du bois (Esca, Eutypiose) entraînant une forte mortalité des ceps ! La première consiste d’abord à curer les pieds de vigne lorsqu’ils sont attaqués. Si cette opération n’est pas suffisante, on pratique un regreffage avec les bourgeons des baguettes qui ont été prélevées sur des pieds sains lors de la taille d’hiver. La survie des plants (évitant ainsi de les remplacer) se monte à environ 80 % ce qui est un véritable exploit.

Des sélections massales pour déguster l’Histoire

Le château de Tracy pratique ses propres sélections massales (au détriment de la sélection clonale) pour le renouvellement de ses vignes. C’est un investissement gagnant gagnant à tout point de vue : un investissement pour la diversité génétique des vignes du château et pour la diversité aromatique des vins. Cette sélection massale permet aussi d’augmenter le potentiel d’adaptation du vignoble (sa résistance) en prévision de l’avenir (voir l’évolution climatique et les maladies futures que cela implique). Enfin, pour notre plus grand plaisir, ces sélections anciennes de sauvignon offrent la rare opportunité de goûter à la typicité ancestrale du Pouilly Fumé. Comme on aime dire au château : déguster Tracy, c’est aussi déguster l’Histoire.

Le bien-être de la vigne, le bien être des vins

Le mot d’ordre est tout simple : le bien-être de la vigne (laissez la vivre) grâce à une agriculture permanente ayant pour fondement la compréhension des lois naturelles du sol ; l’objectif étant une meilleure expression du terroir de chaque parcelle dans la mouvance de l’Agriculture Alternative. Ainsi, ne s’agit-t-il pas d’exploiter mais de favoriser les mécanismes naturels en privilégiant la vie organique du sol. On met ici tout en oeuvre pour que la vigne soit la plus autonome possible pour atténuer entre autres, les déséquilibres qu’apporte la monoculture.

Des vins sains dans un environnement sain

Les vignes du château de Tracy
Vignes du château de Tracy. Le mot d’ordre est simple : le bien-être de la vigne (laissez la vivre !) grâce à une agriculture permanente ayant pour fondement la compréhension des lois naturelles du sol (Photo FC).

Cette approche, cette éthique de culture (peut-on parler de philosophie !) permet aux équipes de travailler dans un environnement sain ce qui conduit à produire des vins ayant aucune trace de résidu chimique (plus aucun désherbant, plus aucun acaricide, ni anti-pourriture et pour contrôler l’herbe, des labours pratiqués entre les rangs). Tracy a ainsi obtenu en 2014, le niveau 3 de la certification Haute Valeur Environnementale reconnaissant l’usage de pratiques culturales vertueuses depuis plusieurs années. Le château de Tracy produit aujourd’hui 200 000 bouteilles par an sous la responsabilité de Laurent Labaume, son chef de culture et son oenologue.

Les quatre cuvées du Château de Tracy