Château Grillet est l’un des très grands vins de la vallée du Rhône, l’un des plus exceptionnels vins blancs du monde. Un paysage à couper le souffle, une histoire devenue un mythe ! Curnonsky, le prince des gastronomes l’avait classée au troisième rang des plus grands vins blancs, après Yquem et Montrachet et devant la Coulée de Serrant. Cas assez rare dans les appellations françaises, Château Grillet est une appellation monopole, la plus petite de la vallée du Rhône, appartenant à un unique propriétaire. Elle ne concerne donc qu’un seul domaine, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Lyon, rive droite du Rhône.

Carte Château Grillet
Carte Château Grillet, vallée du Rhône

Un vignoble de poche dans un paysage à couper le souffle

Il s’agit d’un minuscule vignoble de 3,5 ha se prolongeant au sud vers Condrieu, à cheval sur les communes de Verin et de Saint-Michel-sur-Rhône dans le département de la Loire. Ce vignoble de poche, enclavé au sein de l’appellation Condrieu est l’un des premiers à avoir été reconnu (dès 1936) par l’INAO, précédant de 4 années celui de Condrieu. Il est remarquable par son microclimat, un coteau abrupt d’arènes granitiques à l’abri dans un coude du Rhône. Il s’étage vertigineusement au-dessus du fleuve sur 90 m de nivelé, entre 160 et 250 m d’altitude. Château Grillet n’est en fait qu’une multitude de petites terrasses bordées de murets formant un cirque, parfaitement exposé au sud, à l’abri des vents du nord.

Château Grillet, 3,5 ha sur un coteau à l'abri dans un coude du Rhône
Château Grillet, 3,5 ha sur un coteau à l’abri dans un coude du Rhône

Un unique cépage, l’élégant viognier

Le viognier
Le viognier, l’unique cépage de l’appellation Château Grillet (Photo Château Grillet)

Cette petite appellation depuis l’acquisition du domaine par François Pinault en 2011, a entamé une conversion en biodynamie. Le viognier, suprêmement élégant est son unique cépage dont château Grillet en est sans doute la plus belle incarnation. Il s’enracine ici dans un sol parfaitement drainé, rouge et léger fait de sable granitique, riche en mica. Il est travaillé, au cheval, au treuil, à la motobineuse ou à la pioche selon l’accessibilité de chaque terrasse. La vigne se dresse sur des échalas de châtaignier et de jonc à une hauteur au minimum d’1,5 m. Pour mieux respecter les flux de sèves et de prévenir les maladies du bois, le mode de conduite de la vigne est passé de la taille Guyot simple en Guyot Poussard*.  Ses rendements ne dépassent pas les 30 hl/ha ce qui donne une production très limitée à 10 000-12 000 bouteilles par an. Un vin excessivement rare, donc très recherché et devenu très cher !

*Pour les spécialistes la taille en Guyot Poussard (du nom d’un viticulteur charentais) est une taille en Guyot simple à deux bras, dont l’un porte un courson, et le deuxième une baguette et un courson de rappel.

violette, aubépine, acacia

Château Grillet
Château Grillet, à peine 12 000 bouteilles produites par an (photo Château Grillet)

Château-Grillet est élevé deux ans au moins en fûts de chêne dans la petite cave creusée à même la roche sous le château. Il arbore une robe jaune or libérant une vaste palette d’arômes : violette, aubépine, acacia, puis avec l’âge, miel, musc, amende, pèche et abricot sec, sans oublier une pointe de minéralité. Un vin qualifié de vif et de violent, un vin très concentré, rond, gras jusqu’à l’onctueux souvent austère dans sa jeunesse car il nécessite un vieillissement bien plus long que ses voisins de Condrieu pour s’exprimer en plénitude.

Pontcin, un second vin !

Un second vin ? Depuis le millésime 2011, le château a voulu renforcer encore plus la sélection qui entraient dans l’assemblage du grand vin. On décida donc de consacrer quelques parcelles pas suffisamment au niveau à un nouveau vin. Il fut baptisé Pontcin, nom d’un lieu-dit inscrit sur le cadastre de la propriété. Pontcin à base de viognier est sous appellation Côtes du Rhône.

Une histoire qui a tout d’un mythe

Nul doute que les romains valorisèrent ce lieu exceptionnel. Pour preuve ces escaliers creusés dans le granit qui aujourd’hui desservent les terrasses et qui permettaient de descendre les amphores de vin  jusqu’aux berges du Rhône ! Au XVIIe siècle, la propriété qui est entre les mains du géomètre et architecte lyonnais Gérard Desargues a la visite de son ami et confrère, le philosophe Blaise Pascal. Il est vrai qu’il partage, outre le vin, une même passion, les mathématiques. Plus tard, à la veille de la Révolution, le domaine déjà fort réputé appartenant alors à la veuve Peyrouse, intéresse l’ambassadeur des tout jeunes Etats-Unis d’Amérique, Thomas Jefferson.

Racheté par François Pinault

Alessandro Noli
Alessandro Noli, l’oenologue depuis 2006 de Château Grillet

Château Grillet fut détenu par la même famille, les Neyret-Gachet à partir de 1820. En 1994, à la mort de son père André Canet, Isabelle Baratier-Canet reprit le flambeau de ce prestigieux domaine. Mais elle dût le céder en mars 2011 pour 12,8 millions d’euros à l’homme d’affaire François Pinault à travers sa holding Artémis. Château-Grillet rejoignait ainsi dans le giron d’Artemis, Château Latour dans le Médoc (Premier Grand Cru Classé), en Bourgogne, le Château Eugénie (ex domaine Engel), un Echézeaux Grand Cru et quelques ouvrées à Puligny-Montrachet et à Bâtard-Montrachet Grand cru auxquels s’est agrégé plus récemment le prestigieux domaine Araujo (162 ha) à Calistoga (Napa Valley, Californie).

Aujourd’hui, Frédéric Engerer, gérant du château Latour et des différentes propriétés viticoles de François Pinault, dirige château Grillet avec une équipe composée de l’ingénieure agronome et œnologue Pénélope Godefroy et  sur place, de l’œnologue franco-italien, Alessandro Noli avec deux vignerons polyvalents.

Château Grillet
Les vignes de Château Grillet se dressent sur des échalas de châtaignier (Photo Château Grillet)