Marsannay est l’appellation aux 3 couleurs : rouge, blanc et… rosé, une vraie curiosité en Bourgogne, élaboré en pressurage direct à partir du pinot noir !

Marsannay au sud immédiat de Dijon est la porte d’or de la Côte de Nuits. Ce village viticole entre ville et campagne va fêter en 2017, les 30 ans de son appellation communale et bientôt ses premiers crus (sans doute en 2018). Longtemps délaissée, elle a aujourd’hui le vent en poupe avec des vins dont les prix sont encore très sages, bien en deçà de ses plus proches voisins (Fixin, Gevrey-Chambertin, Morey-Saint-Denis…).  Le vignoble de 220 ha en exploitation s’étend des contreforts de Dijon jusqu’au-dessus de Fixin, sur les communes de Marsannay-la-Côte, Chenôve et Couchey, à la limite nord de la Côte-de-Nuits (kilomètre 0 de la route des Grands Crus). Mais que de combats pour survivre à l’urbanisation galopante de la grande métropole qu’est aujourd’hui Dijon. Il y a quelques mois encore, un plan d’urbanisme prévoyait la ponction de 5 ha pris directement sur des terres de l’appellation. Le classement en 2015 par l’Unesco, des climats de Bourgogne au patrimoine mondial saura-t-il ralentir l’expansion de cette nouvelle capitale qui rassemble désormais Bourgogne et Franche-Comté ?

Marsannay
Marsannay, au sud immédiat de Dijon, Porte d’or de la Côte de Nuits

Le plus bio des villages de la Côte de Nuits

Cyril Audoin, Marsannay
Cyril Audoin, cinquième génération à avoir repris le domaine familial de 14 ha. Il a succédé à ses parents, Charles et Marie-France Audoin. Ici, lors de la Paulée des vignerons de Marsannay, mars 2016 avec un précieux flacon, un Marsannay Clos du Roy 2005. (Photo FC)

Face à une inquiétante  dérive urbaine, l’appellation sans doute la plus bio de la Côte de Nuits, menée par Bernard Bouvier viticulteur et président du syndicat, a quelques sérieux atouts. D’abord un socle très uni de grands vignerons comme Bruno Clair, Philippe Charlopin, Vincent Geantet, Martin Bart… mais surtout Marsannay a sa jeunesse pour elle ; beaucoup de trentenaires (Sylvain Pataille, Cyril Audoin, Laurent Fournier, Bernard Bouvier, Philippe Huguenot), presque tous passés au bio. Les enfants ont repris les exploitations familiales ; d’autre qui n’étaient pas vignerons mais grâce à un foncier encore abordable s’y sont mis. Et puis, preuve de cette réussite, quelques grandes maisons de Fixin, Gevrey-Chambertin, Vosne-Romanée…ont investi à Marsannay à l’instar de Jean-Louis Trapet, fervent défenseur de Marsannay. Sa famille avait acquis quelques vignes dès 1979, notamment sur Les Grasses Têtes (futur Premier Cru) que Jean-Louis conduit en biodynamie.

Marsannay en appellation communale depuis 1986

Ce n’est qu’en 1986 que Marsannay* rejoignait enfin la liste des appellations communales de Bourgogne (44), consacrant le renouveau de ce vignoble replanté essentiellement en pinot sur des sols brun foncé, secs, de composition calcaire-marne-argile, comportant des cailloux et graviers favorables à un bon drainage naturel. Du nord au sud, les vignes s’étendent sur les meilleures parties du coteau et du piémont (entre 255 et 390 m d’altitude) donnant des vins  qui persistent à être plus masculins au nord, plus élégants vers le centre et un brin plus carré au sud.

*Auparavant, les vins de Marsannay étaient vendus comme simple Bourgogne.

Carte de l'AOC Marsennay
Carte de l’appellation Marsannay, sur 220 ha

Le Rosé de Marsannay, une exception en Bourgogne !

Marsannay Rosé
Le Marsannay Rosé 2013 du domaine Bruno Clair

Une exception ici, une de plus sans doute : le Marsannay Rosé, fierté de l’appellation (15 % de la production, autant que les blancs), une robe couleur saumon, des arômes si particuliers de pêche et de feuille de cassis, une bouche de litchi et de pierre à fusil. Il offre à la Bourgogne son meilleur rosé, un vin plutôt corsé, mariant la puissance à une subtile vivacité. Il ne faut pour autant pas dédaigner les vins blancs issus du chardonnay et du pinot blanc, à la finesse toute remarquable, eux aussi, fleurons de cette Côte dijonnaise. Ils sont en pleine progression.

Les rouges issus du pinot noir sont tanniques sans excès, ils présentent une robe rubis et des arômes de fruits rouges et noir. On y décèle la cerise, la mure et le cassis, avec en vieillissant des arômes de sous bois. S’ils se gardent de 5 à 10 ans (jusqu’à 20 ans les meilleures années), ils peuvent agréablement se boire dès leur troisième année. Sans aucun doute, c’est une appellation qui a le vent en poupe (sacrée appellation de l’année en 2012 par le guide Bettane Desseauve) et dont les vins s’exportent aujourd’hui dans le monde entier.

Bientôt des Marsannay Premiers Crus

La demande date de 2012 auprès de l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité). Elle porte sur treize climats de l’actuelle appellation Marsannay, soit le tiers de son aire, une décision qu’on attend pour 2018. Et ce ne serait que justice puisque certains climats bénéficiaient jusqu’au XIXe siècle, d’un classement équivalent aux grands crus actuels. D’ailleurs Laurent Fournier le dit sans ambages : dans l’esprit de nos clients, nous avons déjà nos premiers crus qui sont placés en tête des meilleures cuvées de la côte comme les grands crus. Laurent Fournier est l’un des vignerons les plus influents de l’appellation. Il fait parti de la génération montante de Marsannay. Ce trentenaire a repris en 2003 le domaine familiale (16 ha sur Marsannay et Gevrey-Chambertin) expérimentant la culture biologique, le retour aux vendanges manuelles, la vinification sans égrappage, le pressurage vertical, de future plantations à plus haute densité, l’utilisation d’engins moins lourds, moins polluant…

Marsannay coupe géologique
Les géologues à l’Université de Bourgogne Françoise et Christophe Petit et Jean-Pierre Garcia ont mené une étude détaillée sur les sols de l’appellation Marsannay qui s’étage de 260 à 390 m d’altitude « …où le substrat est très varié, constitué de calcaires (de Comblanchien, de Prémeaux, les calcaires à entroques ou encore l’oolithe), de marnes (mélange d’argile et de calcaire ou de sédiments composés de galets calcaires et d’argiles ».

Les 13 futurs Premiers Crus de l’appellation Marsannay

Les ducs de Bourgogne s’approvisionnaient déjà en vins à Marsannay. Mais quand en 1936, on délimita les AOC, Marsannay ne jugea pas utile de présenter un dossier à l’INAO pour la classification de ses vins. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils se vendaient très bien ! Vers 1900, Marsannay baignait dans l’opulence. N’étaient-ce pas ses vins qui alimentaient grâce à leur proximité tous les bistrots de Dijon et que par le Canal de Bourgogne, ils étaient expédiés jusqu’à Paris. Mais aujourd’hui, face à la concurrence des grands crus de la Côte de Nuits, cette reconnaissance est jugée indispensable.

  • Marsannay du domaine Bart
    Marsannay du domaine Bart servi lors de la Paulée 2016 des vignerons au château de Marsannay (Photo FC)

    Clos du Roy (Chenôve)*

  • En la Montagne (Marsannay-la-Côte)
  • Les Longeroies (Marsannay-la-Côte)
  • Les Echezots ou Les Echezeaux (Marsannay-la-Côte)
  • La Charme aux Prêtres (Marsannay-la-Côte)
  • Les Boivins (Marsannay-la-Côte)
  • Les Grasses Têtes (Marsannay-la-Côte)
  • Clos de Jeu (Marsannay-la-Côte)
  • Les Favières (Marsannay-la-Côte)
  • Au Champ Salomon (Couchey)
  • Aux Genelières (Marsannay-la-Côte)
  • Les Clos (Couchey)
  • Champ-Perdrix (Couchey)

*Le Clos du Roy, attenant aux Pressoirs des Duc de Bourgogne est sans doute le plus prestigieux climat (cru) de l’appellation Marsannay. Il s’étend sur 27 ha 2 a 88 ca, au sud de la commune depuis Marsannay-la-côte jusqu’au village de Chenôve, sur l’ensemble du coteau, de 268 à 311 m d’altitude. Une  pente faible en bas de coteau (2 %) à forte en haut (13 %). Il est exposé est, sud-est.

Marsannay-la-Côte vers le haut de la Côte
Marsannay, vers le Bois de la Combe du Pré (Photo FC)

L’emblématique château de Marsannay

Le château de Marsannay  qui possède 28 ha en AOC Marsannay sur les villages de Chenôve au nord, Marsannay au centre et Couchey au sud deviendrait le plus important propriétaire de premiers crus de l’appellation avec 14 crus sur 11 ha : Champs Perdrix, Clos du Roy, Les Longeroies, Les Echezots, Les Favières, Clos de Jeu, Les Grandes Vignes, Le Parterre, Les Boivins, Les Grasses Têtes, Les Crais, Au Champ Salomon, Au Ravry, La Plantelle (vigne des Hospices de Dijon). Ce château de création récente doté de 2 niveaux de caves fut construit en à peine un an pour vinifier et élever la production du domaine qui venait de se constituer au début des années 1990.

Les 2 châteaux, Marsannay et Meursault, propriété  d’Olivier Halley

Les 2 châteaux, Marsannay et Meursault, 60 ha pour ce dernier dont près de la moitié de premiers et grands crus, sont dirigés aujourd’hui par Stéphane Follin-Arbelet, ancien responsable de la maison Bouchard Père et Fils. Marsannay avait été rachetés en 2012 à la famille Boisseaux (fondatrice du château de Marsannay mais aussi propriétaire du château de Meursault et du groupe Patriarche) par Olivier Halley* 330e fortune de France, l’héritier du groupe Promodès intégré aujourd’hui à Carrefour. Le prix de la transaction n’a jamais été révélé mais on peut imaginer qu’elle fut l’une des plus grosses de ces dernières années en Bourgogne. A eux deux, Marsannay et Meursault, affichent une production d’environ 500 000 bouteilles ce qui place cette entité parmi les plus importantes de Bourgogne.

* Olivier Halley a également investi dans l’oenotourisme en Bourgogne dont le Marché aux vins, rue de l’Hôtel-Dieu à Beaune dans une démarche pédagogique sur les climats et un parcours initiatique à la dégustation, aux accords mets et vins et aux produits gourmands.

Château de Marsannay
Château de Marsannay (28 ha), le plus important propriétaire de premiers crus de l’appellation (Photo FC)

Chenôve, les pressoirs des ducs de Bourgogne

Les pressoirs des ducs de Bourgogne
Les pressoirs des ducs de Bourgogne

Chenôve grosse commune de 14 000 habitants dans la banlieue immédiate de Dijon, se situe dans l’aire d’appellation de l’AOC Marsannay. Elle possède le symbole même de la Bourgogne viticole, les Pressoirs des Ducs de Bourgogne qui ont arrêté de fonctionner en 1926. Véritable chef d’œuvre de l’architecture médiévale industrielle, ces pressoirs remontent à 1228 sous la régence d’Alix de Vergy, duchesse de Bourgogne, pour son fils Eudes IV. Leurs dimensions imposantes avec une charpente de 18 m de faitage permettaient de presser jusqu’à 100 pièces de vendanges par jour soit environ 23 000 litres de vin. Le plus petit des deux pressoirs pouvait absorber à chaque pressée 40 pièces (12 tonnes de raisins) pour une production de 9 000 litres de jus.  On estime qu’à l’avènement de Philippe II le Hardi (1342-1404), le vignoble ducal couvrait 180 ha. Le Clos du Duc (puis du Roy) à Chenôve, acquis au début du XIIIe siècle, toujours divisés en 3 parcelles, comptait 150 journaux soit de 35 à 50 ha.

Les consommateurs des vins de Chenôve étaient évidemment le Duc, sa famille et sa cours. Ils étaient offerts également à ses cousins du trône de France comme à ses alliés de Flandres, à ses fidèles serviteurs et à ses hôtes de marque.

Chenôve
Chenôve, à l’entrée de la Côte de Nuits.
Du Chenôve viticole avalé par l’agglomération dijonnaise, il ne reste que 65 ha de vignes cultivées par une vingtaine de vignerons dont 3 installés à Chenôve. Parmi les nombreux climats autrefois présents sur la commune (aujourd’hui, 14 000 habitants), on en compte encore une petite poignée dont 2 prestigieux : Le Clos du Roy (27 ha) et Le Chapitre (31 ha) et 5 autres : en Valendon, en Seloncourt, en Montbardon, le Clos de l’Etoile et le Clos Monniaux (Photo commune de Chenôve)

Liste des vignerons producteurs de Marsannay

  • Athenaeum de la Vigne et du Vin (Beaune)
  • Domaine Charles Audoin (Marsannay-la-Côte)
  • Domaine Ballorin & Fils (Morey-Saint-Denis)
  • Domaine Bart (Marsannay-la-Côte)

    La famille Bart du domaine éponyme à Marsannay-la-Côte
    Marsannay, le clan du domaine Bart, lors de la Paulée 2016 au château de Marsannay. Au coté de Martin Bart, sa soeur Odile et entre eux, leur neveu, Maxime Bart. Le Domaine possède 21 ha dont 18 ha en rouge ; des vignes de 35 ans d’âge en moyenne sur quelques uns des plus beaux climats de l’appellation (production annuelle : 85 000 bouteilles) Photo FC
  • Domaine Bizot (Vosne-Romanée)
  • Maison Jean-Claude Boisset (Nuits-Saint-Georges)
  • Domaine René Bouvier (Gevrey-Chambertin)

    Bernard Bouvier, président de l'appellation Marsannay
    Bernard Bouvier du domaine René Bouvier est le président de l’appellation lors de la Paulée 2016 des vignerons de Marsannay. Bernard Bouvier est la troisième génération à la tête du domaine (depuis 1992) : 17 ha sur 18 appellations, des vins certifiés bio depuis le millésime 2013 (Photo FC)
  • Domaine Marc Brocot (Marsannay-la-Côte)
  • Domaine Bruno Clair (Marsannay-la-Côte)
  • Maison Camille Giroud (Beaune)
  • Caveau des Vignerons (Morey-Saint-Denis)
  • Domaine Hervé Charlopin (Marsannay-la-Côte)
  • Domaine du Château de Marsannay (Marsannay-la-Côte)
  • Domaine Clavelier & Fils (Comblanchien)
  • Domaine Clemancey (Couchey)
  • Domaine du Clos Saint-Louis (Fixin)
  • Domaine Collotte (Marsannay-la-Côte)
  • Domaine Jean Fournier (Marsannay-la-Côte)
  • Domaine Durand Père & Fille (Fixin)
  • Domaine Fougeray de Beauclair (Marsannay-la-Côte)
  • Domaine Olivier Guyot (Marsannay-la-Côte)
  • Domaine Huguenot Père & Fils (Marsannay-la-Côte)
  • Domaine Alain Jeanniard (Morey-Saint-Denis)
  • Domaine Ghislain Kohut (Couchey)
  • L’Imaginarium – étape Oenodivertissante (Nuits-Saint-Georges)
  • La Table de Pierre Bourée (Gevrey-Chambertin)
  • Louis Latour (Beaune)
  • Maison Leblanc Ruelle & Fils (Beaune)
  • Domaine Georges Lignier & Fils (Morey-Saint-Denis)
  • Domaine Isabelle Lippe (Brochon)
  • Maison Lou Dumont (Gevrey-Chambertin)
  • MlC (Beaune)
  • Domaine Armelle et Jean-Michel Molin (Fixin)
  • Domaine Mongeard-Mugneret (Vosne-Romanée)
  • Domaine Thierry Mortet (Gevrey-Chambertin)
  • Domaine Philippe Naddef (Fixin)
  • Caves Patriarche (Beaune)
  • Domaine Robert Philippe (Couchey)
  • Maison Romane / Oroncio (Vosne-Romanée)
  • Domaine Philippe Rossignol (Gevrey-Chambertin)
  • Domaine Sirugue Père & Fils (Couchey)
  • Domaine Trapet Père & Fils (Gevrey-Chambertin)

La Paulée 2016 des vignerons de l’appellation Marsannay

La Paulée 2016 des vignerons de Marsannay
La Paulée 2016 des vignerons de Marsannay, réunissait le 22 mars 2016, 220 convives au château de Marsannay. Une Paulée sur le thème des 5 continents avec la présence de parrains et marraines venus du monde entier témoigner de la belle renommée des vins de Marsannay (Photo FC)