L’ampélographie, du mot grec ampelos (la vigne), est l’étude scientifique de la vigne, de ses caractères et de ses variétés (les cépages). L’ampélographie s’intéresse à trois domaines complémentaires :

  1. La description des variétés et des espèces de vigne en vue de leur identification en utilisant des caractères morphologiques ou des caractères internes révélés par des marqueurs biochimiques et moléculaires ;
  2. L’étude de l’évolution et des relations entre cépages ;
  3. L’appréciation des aptitudes et des potentialités des cépages, des porte-greffes et des espèces dont ils sont issus.

Vitis vinifera à l’origine de tous les grands vins du monde

Le terme ampélographie a été utilisé pour la première fois en 1661 par Sachs, docteur en médecine à Leipzig, qui avait donné le nom Ampelographia à son ouvrage sur les variétés de vignes. Dans la famille des ampélidacées (toute plante grimpante ou rampante), seul nous intéresse le genre Vitis dans lequel on dénombre 40 espèces dont vinifera. Vitis vinifera, vigne européenne, baptisée ainsi par le botaniste suédois Linné, est au départ une liane sauvage qui, quelque part au Proche-Orient et plus exactement en Transcaucasie (à la limite de la Géorgie et de l’Arménie), donnait de petites baies acides. L’homme, qui avait pris l’habitude de les cueillir, commença à les cultiver vers 10 000 ans av. J.-C. par semis de pépins ou bouturage. À force de temps et de patience, il sélectionna les plants qui donnaient les plus grosses baies, celles qui avaient le meilleur goût et qui fermentaient le mieux. Et c’est ainsi que, par la suite, Phéniciens, Grecs et Romains répandirent ce Vitis vinifera, d’abord dans tout le Bassin méditerranéen, puis vers des zones de plus en plus septentrionales, en France notamment. L’hybridation (la multiplication sexuée) entre plusieurs espèces permit la création de nouvelles variétés qui purent se répandre dans chaque région viticole.

Une collection de plus de 3900 cépages

Dictionnaire encyclopédique des cépages de Pierre Galet
Dictionnaire encyclopédique des cépages de Pierre Galet

Après tant de grands ampélographes comme Columelle, célèbre agronome romain du milieu du Ier siècle, Alexandre-Pierre Odart (1778-1866), Alexis Millardet ampélographe et botaniste (1838-1902) etc., Pierre Viala fut le premier ampélographe moderne. Il publia de 1901 à 1909, sa monumentale Ampélographie : traité général de viticulture en 7 volumes, un travail essentiel de classification et de description des cépages. A partir des années 1950, la législation viticole française entreprit de classer les cépages. Pour ce faire, il était nécessaire de les répertorier et de les distinguer. Diverses méthodes de reconnaissances virent le jour, mais c’est la méthode élaborée par Pierre Galet* (né en 1921) qui devint la référence. Ce travail va donner naissance à une collection unique au monde qui est considérée comme le temple de l’ampélographie mondiale.

*Il s’impose dès les années 1950 comme un expert en matière d’ampélographie. Son Dictionnaire encyclopédique des cépages, édité chez Hachette en 2000, est l’ouvrage de référence en matière de description des cépages.

Le Domaine de Vassal, temple de l’ampélographie mondiale

 

Domaine de Vassal à Marseillan
Domaine de Vassal à Marseillan, conservatoire des vignes

Cette collection démarrée en 1876 est établie depuis 1949 sur les 27 ha du Domaine de Vassal dans l’Hérault. Le Domaine entre Agde et Sète fait partie du Centre INRA de Montpellier et dépend du Département de Génétique et Amélioration des Plantes dont le but est de valoriser la biodiversité de la vigne. Y sont étudiés et répertoriés plus de 7000 accessions de vigne provenant de plus de 40 pays (une accession étant l’unité comptable d’une collection de ressource génétique. Pour le domaine de Vassal, une accession représente 5 plantes en collection) soit :

  • 2300 variétés de l’espèce Vitis vinifera L des 5 à 7000 cépages cultivés dans le monde (originaires de 40 pays et venant des 5 continents).
  • 800 variétés d’hybrides interspécifiques producteurs.
  • 230 variétés de porte-greffes dont 30 sont utilisées en France.
  • Des espèces sauvages de la famille des Vitacées : 3 genres botaniques et 28 espèces sont représentés par 220 introductions. Ce sont en fait des réservoirs de gènes qu’on utilise pour la sélection variétale.
  • Un millier d’introductions en cours d’identification.
  • Un portefeuille d’obtentions expérimentales (nouveaux cépages, hybrides producteurs, porte-greffes) de plus de 3000 génotypes, en cours de restructuration.

Un domaine menacé

Le Domaine de Vassal est implanté sur un terrain qui appartient au groupe champenois Vranken-Pommery Monopole. Par mesure d’économie, l’État envisage de déménager la collection sur un autre site de l’INRA, celui de Pech Rouge à Gruissan dans l’Aude. C’est un lieu unique fait pour la vigne, à croire qu’elle pousse directement sur la plage. On est en effet à 1,50 m au dessus-de la mer sur un territoire occupé auparavant par des marais salants, ancienne propriété des Salins du Midi. L’endroit est connu aujourd’hui pour produire le fameux vin de sable. Ces sables sont en effet une bénédiction pour la vigne. Ils contiennent très peu d’argile et de ce fait, servent de protection contre à la fois le terrible phylloxera et les nématodes vecteurs (Xiphinema index) redoutables vers parasites qui provoque le court-noué, maladie virale qui peut conduire à l’arrachage prématuré de la vigne. Ainsi, peut-on ici en toute sécurité cultiver la vigne sans porte-greffe, c’est à dire franc de pied.

Alors, pourquoi déménager ?

Mais au-delà d’une augmentation de loyer conséquente demandée par le propriétaire des lieux (Vranken-Pommery), le réchauffement climatique aurait pour conséquence durant ces prochaines années, une montée des eaux entraînant une augmentation de la salinité des sols nuisible à la vigne. Il faut donc envisager de déménager.

40 cépages seulement sont utilisés

Vassal possède 6000 variétés françaises dont 220 peuvent être cultivées mais 40 seulement sont utilisées. Ce centre est à l’origine de certains clones mais également du renouveau cultural de vieux cépages. Elle représente de fait un exceptionnel patrimoine, source de gènes indispensables pour l’amélioration variétale. Un réservoir unique au monde pour les générations futures face notamment au réchauffement climatique !

Le décryptage du génome de la vigne

Suite à ce travail de reconnaissance des cépages, la génétique va permettre de poursuivre les travaux. L’étude des métissages et le regroupement des cépages selon leur famille d’origine met en valeur l’importance de tous les cépages, car leur rôle dans les métissages passés et futurs peut être déterminant. Après 2 ans de travaux, des scientifiques français et italiens réussissaient en 2007 à décrypter le génome de la vigne. Ce travail facilite aujourd’hui l’étude des gènes intervenant dans l’arôme des vins et peut permettre l’introduction de cépages résistant aux maladies afin de réduire l’usage de pesticides. Le décryptage du génome de la vigne a conduit également à mettre au point des tests ADN. Ils autorisent l’étude de véritables arbres généalogiques de cépages et offrent la possibilité à titre d’exemple de retrouver les cépages dans un assemblage (pour lutter contre la fraude notamment).

Les 10 cépages les plus plantés dans le monde en 2010

(Des chiffres comparés à l’état du vignoble en 2000)

le cabernet sauvignon dans le Médoc
Vignoble de cabernet sauvignon dans le Médoc (Bordeaux)
  • 1/ Cabernet sauvignon noir sur 290 091 ha (+31 % par rapport à l’an 2000), soit 6 % du vignoble mondial.
  • 2/ Merlot noir sur 267 169 ha (+26 %), soit 6 % du vignoble mondial.
  • 3/ Airen blanc sur 252 364 ha (-35 %), soit 5 % du vignoble mondial.
  • 4/ Tempranillo noir sur 232 561 ha (+150 %), soit 5 % du vignoble mondial.
  • 5/ Chardonnay blanc sur 198 793 ha (+37 %), soit 4 % du vignoble mondial.
  • 6/ Syrah noire sur 185 568 ha (+83 %), soit 4 % du vignoble mondial.
  • 7/ Grenache noir sur 184 735 ha (-14 %), soit 4 % du vignoble mondial.
  • 8/ Sauvignon blanc sur 110 138 ha (+70 %), soit 2 % du vignoble mondial.
  • 9/ Trebbiano toscano blanc sur 109 772 ha (-20 %), soit 2 % du vignoble mondial.
  • 10/ Pinot noir sur 86 662 ha (+45 %), soit 2 % du vignoble mondial.